Wu-Tang Clan – 8 Diagrams CD+DVD (SRC/2007)

Il y a un peu plus de 15 ans, le Wu-Tang Clan imposait son dogme, ses influences et sonorités. Le 5 years plan du chef de file Rza se révélait être une véritable prophétie. Oui The Abbot avait vu juste, le Wu et ses membres allaient délivrer entre 1993 et 1998 parmi les tous meilleures albums rap de la décennie et cumuler disques d’or et de platine. Cette époque est malheureusement révolue…
Le Wu n’est plus sur le devant de la scène. Ses membres prennent de la bouteille et peinent à décoller dans les charts. Le public change, le jeu aussi, il faut l’accepter. Mais il faut aussi avouer que la qualité des sorties estampillées Wu-Tang n’est plus aussi constante qu’auparavant. A l’aube du passage en 2010, les rares coups d’éclat du groupe le plus influent de la décennie passée se comptent sur les doigts d’une main ; « No Said Date » en 2004, le premier solo de Masta Killa et dans une moindre mesure « Fishscale » (2006), un album bien ficelé de la part de Ghostface Killah sorti en 2006, ainsi que « Protools », le dernier Gza (fidèle à lui-même) sorti en 2008.
Quant au crew réuni, il a fait son come-back fin décembre 2007. Le moins que l’on puisse dire est que ce retour fut (et demeure) controversé. Rza a monopolisé la direction artistique et imposé sa vision. On a donc eu droit concomitamment à la sortie du disque à une querelle par médias interposés, laquelle opposait notamment Ghostface et Raekwon d’une part et le leader (dont le statut était justement contesté), Rza, d’autre part. L’architecte musical du Clan aurait opéré des modifications aux instrumentaux de l’album après les passages en cabine d’enregistrement. D’après les deux emcee suscités, Rza n’aurait pas consulté ses frères d’armes au sujet de ces changements et le reste du groupe n’aurait pas cautionné le résultat pressé sur disque.
Mais que vaut réellement « 8 Diagrams » ? Malgré les différends, la division des fans, est-ce une réussite artistique ? Le maître Rza a toujours eu un temps d’avance. Qu’on se le dise, sa force créative est restée intacte (ex : BO du manga « Afro Samouraï »). Seulement, en 2007, ses récents travaux et « 8 Diagrams » y compris, témoignent d’une évolution dans son approche de la musique. Il s’écarte de plus en plus du boom bap traditionnel et caractéristique du hiphop des années 90 (il y reviendra…). Moins brutes, ses partitions sont plus orchestrées, Rza se fait épauler par d’autres musiciens et leurs instruments. Tout s’explique alors, quand The Abbot décide de faire mûrir sa musique, d’autres membres du clan préfèrent offrir à leurs fans le hiphop qu’ils attendent, un son typique : Wu-Tang.
Pour certains, « 8 Diagrams » est un peu le produit d’une rencontre : wu meets the hippie culture. En l’écoutant avec attention, on ressent clairement l’influence des années 70 : des bribes de culture funk, rock, soul et des extraits de films sont disséminées et mêlées à la patte Wu-Tang tout au long de l’album. La liste des invités en est un parfait exemple. Le Wu collabore avec George Clinton sur « Wolves », Erykah Badu, John Frusciante des Red Hot Chili Peppers et Dhani Harrison, le fils du Beatles George Harrison, sur le single « The Heart Gently Weeps » (qui reprend « While My Guitar Gently Weeps« des Beatles).
Le cinquième album studio du Wu-Tang Clan a donc une âme et n’est pas une simple succession de titres. Après la surprise de retrouver le groupe dans un autre registre (bien que le Wu se soit toujours aventuré dans divers chemins), on découvre un album original, frais et bien entendu, fort bien interprété par une ribambelle de rappeurs toujours en forme malgré l’approche de la quarantaine (quand cette barre fatidique n’a pas déjà été franchie). Certes, on remarquera, comme à l’accoutumée me dire-vous, que certains membres se sont davantage investis que d’autres, je pense à Method Man, Raekwon (étrange quand on lit le paragraphe people un peu plus haut), quasi omniprésents, tandis que d’autres ne posent que quelques couplets. N’oublions pas que le Wu-Tang est amputé de l’un de ses membres, Ol’Dirty Bastard, décédé le 13 novembre 2004, la veille de ses 36 ans. Un hommage lui est d’ailleurs rendu sur « Life Changes ».
La déception d’une partie des fans est compréhensible. On aurait tous rêvé retrouver l’équipe sur des classiques wu bangers. Bien qu’on ne s’esquinte pas la nuque à l’écoute de cette galette, on en prend plein les oreilles et le voyage reste au final bien marqué de l’étiquette Wu. On aurait tort de s’en priver. Après avoir ressorti récemment le cd pour en rédiger sa chronique, je me suis aperçu à quel point il méritait une écoute attentive pour en percevoir toutes les subtilités. Alors, si « 8 Diagrams » n’a pas su s’imposer ni dans le cœur des fans ni dans les charts, il n’en demeure pas moins une pierre importante à l’édifice Wu-Tang, assurément.
-Verbal Kint -




Une super chronique. Ils font chier de se prendre la tête entre eux comme ça. C’est dommage de passer par la presse, surtout pour le monde du Wu. Les gars, on lave son linge sale entre samouraïs !
Perso, ayant énormément évolué niveau son, et après avoir vu les clips que tu proposes, je suis conquis par ce métissage. C’est un beau coup de maître et je trouve ça très bien que RZA garde son cap musical. C’est bienvenu.
Connaissais pas les p’tites schtoss intra-wu… somme toute intéressantes. Peut être faudrait-il que je m’y penche un peu plus car ai passé mon chemin tel un samouraï de la caste insatisfait mais qui sait, p’tet ai pélou chozkédé?!