Coup de foudre à Family Piknik 2018

Sunset over Family Piknik. (By Patrick Ortega)

3 jours de fête dédiés à la musique électronique Underground, le tout ponctué par le traditionnel Piknik. Electrisant.

(Chronique réalisée avec Natacha Delafoy & Rajiv Siousarram)

La basse est dodelinante, le rythme tech house est acéré comme on aurait pu le prévoir, Hot Since 82, le britannique originaire de Leeds, fait grimper l’euphorie du crowd de cette 7e édition de Family Piknik, le tout dans une atmosphère orangeâtre de sunset donnant à Grammont des allures de bush directement issu de Mad Max. Nous sommes alors dans un des highlights de la journée. Ce rendez-vous dominical estival prisé de tous les amateurs de musiques électroniques pointues et festives du sud de la France, et qui a su conquérir peu à peu l’Europe et l’étranger. Il faut dire que son créateur Christophe Gimenez, alias Tom Pooks, bien épaulé par le pointu Ludovic Rambaud, ont su exploiter comme il se doit un concept assez unique en France, inspiré des pique-niques électroniques canadiens et allemands, avec une exigence de tous les instants, que ce soit niveau line up ou niveau organisation structurelle. Depuis sa première édition au Parc de la Peyrière, où nous étions déjà, le Festival a su acquérir ses lettres de noblesse par force de travail et abnégation.

Andhim-minue la canicule à coup de basses. (By Patrick Ortega)

Mais revenons à la musique. Cette année, les pontes d’Ibiza sont chez eux à Montpellier. Pas moins que les DJ les plus HOT du moment sont dans la place. Jugez par vous-même : l’Italien Marco Carola, le Chilien helvétique Luciano, ou encore le Sud-Africain Black Coffee, tous hyper rares en France. African House, House filtrée, Tech House latine, l’assaisonnement des plats principaux est typiquement inhérent à la saison. Ajoutons à cela quelques pincées de techno organique avec Michael MayerPatrice Bäumel ou Miss Kittin, le tout saupoudré des excitants AndhimClaude Vonstroke et évidemment Hot Since 82, et vous obtiendrez l’immanquable Piknik estival.

Mais, ça ce n’était que le jour du seigneur, le dimanche !

Vendredi, tout est permis.

Booka Shade sort de l’ombre avec un live puissant. (By Ludovic Orioli)

Affamé de nouveautés que ce soit au niveau organisation ou musique, l’équipe de Family Piknik nous avait préparé tout un week end de festivité. Premier point chaud, un concert gratuit sur le site de Grammont vendredi 3 août 2018. Une sorte d’apéro comme on dit chez nous. Dans la glacière, quelques bouteilles très sympathiques : le live inédit en France des inusables innovateurs Booka Shade, le dj set du plus funky des allemands Purple Disco Machine et le live deep house mélodique et planant de Rodriguez Jr accompagné par Liset Alea. Non, en fait, on parle plus de grands crus, je crois. Et gratuit. Ce concert a permis à Family Piknik de doubler son affluence sur le week-end, en séduisant un large public encore étranger au festival. Sacré coup de tonnerre pour débuter le week-end !

Et comme si ça ne suffisait pas, Marc Romboy, fidèle parmi les fidèles, débarque dès le lendemain à la Pool Party avec ses scuds pour nous balancer son son germanophile si particulier fait de puissance couplée à des mélodies acides et douces à la fois. Sous cette canicule intenable, la bouchée d’air frais ressemble à une clim divine. On adore.

Mais vous avais-je dit que l’échauffement avait débuté dès le mois de juin sur le tarmac de l’aéroport de Montpellier ? &Me, Magdalena, petite perle du label Diynamic du monstrueux Solomun ou encore les Cosmic Boys ont fait danser des milliers de Family’s addict lors la Boarding to Family Piknik party organisée en plein balais aéroportuaire. Totalement fou et inédit. Quand je vous disais que cette team à de la ressource. Nous ne sommes même pas au jour J qu’une pléiade d’artistes de renom ont déjà causé de nombreuses crampes aux mollets de nos fêtards.

Revenons à la messe annuelle.

La Terre du Milieu, Mad Max ou Grammont ? (By Ludovic Orioli)

La fièvre du dimanche midi par Luciano.

20 000 festivaliers ont défilé en un week-end, nouveau record d’affluence pour Family Piknik qui  impose définitivement son concept de fête totale.

L’Italien Cioz, Time et Tim Green auront beau chauffer l’atmosphère, qui n’en a guerre besoin étant donné les 40 degrés à l’ombre, impossible de résister à la déflagration Luciano. Inimitable, impayable, le chevelu balance des tracks plus efficaces les uns après les autres. Quand va t-il donner un répit à la FP Stage. Jamais. 3 heures de set ultra maitrisées qui rappellent largement les deux papes de l’Underground, Sven Väth et Richie Hawtin, qui sont passés sur les deux éditions précédentes. Jamais je n’aurais vu un highlight aussi tôt à Family Piknik. La FP Stage souffre du manque d’ombrage contrairement aux toiles déployées sur la Hexis Stage où l’on retrouve le son organique de Patrice Bäumel. Dur dur pour le néerlandais de soutenir la comparaison, mais l’amplitude et la force de sa techno à travers son track Glutes offre une très belle alternative à la tech house made in Ibiza de Luciano. Mais qu’importe le manque d’ombre et le risque d’insolation, la rôtissoire du boss de Cadenza vaut trop le coup. Heureusement que la team Family Piknik nous arrose de temps en temps par côté, et surtout qu’il y a un point d’eau aux multiples robinets où l’attente ne fût jamais délirante.

Luciano impose une Cadenza infernale à midi ! (By Patrick Ortega)

Ce qui revient à tirer mon chapeau bas à l’organisation hors du commun de Christophe, Ludovic, Mélanie, Walid & co, car malgré l’enfer promis par ce brasier incandescent, rare fut les endroits où l’attente fut longue. Système cashless, bars ou restauration, tout a été fait pour que le festivalier perde le moins de temps possible. Précieux quand on préfère perdre quelques litres d’eau en dansant plutôt qu’en position debout comme … un flamant rose. Autre point très positif appréciable malgré le concept pique-nique autorisé avec 2 sorties de l’enceinte, l’éventail de mets à disposition à prix réduit et à qualité exigeante : burger de pata negra, burrito de fruit du jacquier pour les végans, cantine vietnamienne fraicheur ou encore le rafraichissant sorbet coco des Antilles. Le tout avec le plaisir ombragé que procure l’immensité de Grammont où on a jamais eu l’impression de se marcher dessus.

Plaisir des oreilles et des papilles, les armes absolues pour contrer la canicule !

Public bouillant sous 40° à l’ombre. (By Ludovic Orioli)

Carola & patatra !

Le Maestro Marco Carola délivre un set puissant et sans fausse note. Public conquis. (By Patrick Ortega)

Rechargé à bloc, après la pause fraicheur et le coup de fil qui garantit que bébé Raphou va bien, on redémarre avec la techno froide et 90’s de la maîtresse des lieux, Miss Kittin. On le voit clairement que la donzelle possède des centaines d’aficionados qui la suivent depuis des années, vampirisés par son style inimitable et cette voix, ce phrasé si particulier. En face, le big boss, Tom Pooks a relancé le B2B avec Joy Kitikonti qui avait tant enthousiasmé les foules l’an dernier. Il faut dire que l’ancien complice du ponte de la techno italienne, Mauro Picotto, n’a pas son pareil pour envoyer quelques uppercuts qui répondent aux tracks mélodieux de Pooks. Du vrai ping-pong jouissif où l’on reconnait aisément les nouveaux morceaux du duo sur le label tout frais de Family Piknik. Il fallait bien ça pour succéder à Luciano. Mais 16h arrive trop vite et il est temps d'”allumer la musique” !

Music On, du nom du label de Marco Carola, qui arrive entouré comme le pape François sur la Hexis Stage. Pas de surprise, le son est puissant, vibrant, excité, et la foule, sans ambiguïté aucune, se masse pour recevoir sa bénédiction. Le thermostat est a son maximum pour la journée, l’italien enfile les tracks hypnotiques. C’est tout

Elles s’envoient toute en l’air pour Marco ! (By Ludovic Orioli)

un océan de zombies qui balancent de droite à gauche sous les coups de BPM et sous les confettis. Les premières quintes de toux remontent aussi. Grammont et la canicule soulèvent des nuages de poussières épisodiquement. La douche sera réparatrice. On ne pensait pas qu’elle arriverait si tôt cela dit. En face de la tech house envoutante de l’italien, Michael Mayer n’a d’autres choix que de balancer un set de serial killer. Le boss de Kompakt, affublé de ses meilleurs armes, lâche une playlist énervée sous laquelle se dandinent langoureusement des créatures tout droit sortie du Seigneurs des Anneaux, un show artistique à l’imagerie surprenante sur la plaine clairsemée et brûlée de la scène FP. Un moment hors du temps qui nous rappelera que Mayer avait clôt la première édition du festival dans une atmosphère spatiale et glaciale à l’opposée totale de celle-ci.

Puis, nous revoilà au début de notre reportage. Coucher de soleil estival magnifique, Andhim d’un côté, Hot Since 82 de l’autre. La fraicheur relative due a la perte d’intensité du soleil à retonnifié les festivaliers. Les deux sets en parallèle envoie une énergie communicative avec le public.

Hot Since 82, le feu avant la tempête ! (By Patrick Ortega)

Puis un coup de foudre, puis, deux, puis trois, puis des dizaines eurent soudain raison de l’édition 2018 de Family Piknik.

Pluies torrentielles dignes d’une tempête tropicale, bourrasques dantesques qui ont démâté les poteaux centraux, tonnerre assourdissant à rendre jaloux Len Faki, la malédiction de Grammont frappe soudain aux alentours de 20h30 ! Petit retour en arrière pour les plus jeunes : 2009, le festival Electromind entame tout juste ses premiers kilowatts de son quand, sur le lieu où avait déjà vécu le festival Boréalis, un orage estival s’abat avec une violence inouïe comparable à celui de ce dimanche. Scènes non protégées, le déluge a vite raison du festival provoquant la colère noire des milliers de personnes venues de partout pour assisté à cet événement. S’en suit une bataille rangée entre pillards et mécontents dans laquelle vos reporters de chez PublikArt furent pris pour cible à l’époque (Un en service presse, les 2 autres au bar) ! Quand Tom Pooks et les organisateurs de Family Piknik prennent le micro pour arrêter la fête, ne voit-on pas le spectre de Grammont ressurgir.

La malédiction de Grammont frappe à nouveau obligeant les organisateurs à stopper le festival. (By Patrick Ortega)

Heureusement que non. Il y aura bien de la frustration de ne pas prendre son shot de Black Coffee, sa dose de psyché avec Vonstroke ou de planer avec Cristoph, le protégé de Eric Prydz qui promettait un final époustouflant, mais impossible d’en vouloir à quelqu’un en particulier quand les éléments de Dame Nature vous ramènent soudain à votre simple condition de mortel.

Une électrocution ? Une branche qui se décroche ? Un poteau qui tombe ? Point de tout cela, la décision d’arrêter à contre-coeur et les larmes aux yeux de Tom Pooks était la bonne. Le public, sans doute plus mature qu’avant, ne pestera pas une seconde, regagnant, épaules mouillées et sourire au coin, la sortie du festival, songeant sans doute déjà aux nombreuses surprises que leur concocteront la Family pour l’année prochaine. Car, oui, vous vous devez de continuer à perpétuer cette culture de la musique Underground festive et universelle dont Montpellier a toujours été une ville pionnière en la matière avec ses nombreux clubs légendaires.

Et quelque chose me dit que cela continuera avec une jolie surprise de la Family comme un retour prochain d’un certain Black Coffee à Montpellier …

Note
Originalité
Cohérence
Plaisir de l'écoute
Jean-Marie Siousarram
Manipulateur de mots pour la presse web depuis quelques années. Cinéphage compulsif, féru de culture en tout genre, de voyages, de musique électronique, de foot. Rejeton de Chaplin, Hitchcock et Fincher.

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