Il n’y a pas d’Indochine, un livre de Charles Dantzig

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Publié en 1995 et réédité en octobre 2013 aux Editions Grasset

396 pages – 20 €

J’ai terminé Il n’y a pas d’Indochine dans l’avion qui m’a ramenée chez moi, à l’autre bout du monde. L’album ’68 Comeback Special du King dans les oreilles. Au moment où j’en achevais les dernières pages, Elvis s’époumonait de sa voix de velours. « Tell me why Oh why Oh why Can’t my dream come true ». If I can dream. L’une des plus belles chansons qui lui ait été donnée d’interpréter. J’ai refermé le livre, ai plongé les yeux à travers le hublot, me suis concentrée sur la nuit noire au dehors et me suis dit qu’il n’aurait pu y avoir de meilleure lecture pour clore l’année 2013 qu’un livre du grand, du prodigieux, du fantastique et fabuleux Charles Dantzig. Le destin est bien fait, après tout.

Si Dieu existe, je prie pour qu’il me dote – ne serait-ce que – du quart du talent littéraire de Charles Dantzig. Qu’il m’accorde le quart, et il m’en verra la plus heureuse. Car mon héros littéraire écrit de cette plume que je fantasme mienne. Une plume à l’origine de mon abonnement au Magazine Littéraire, où il tient sa chronique mensuelle. Le feuilleton de Charles Dantzig.

Alors, vous allez dire : là voilà qui commente un livre dont elle vénère l’auteur tel un dieu littéraire. Oui, mais non. Car si c’est avec subjectivité que j’ai lu  Il n’y a pas d’Indochine, c’est en toute impartialité que je le dis : j’ai aimé.

Il n’y a pas d’Indochine se compose d’une vingtaine d’histoires courtes mais farfelues qui retracent les escapades dantzigiennes aux quatre coins du globe. Amsterdam, Singapour, Paris, Stockholm. Et d’autres. Plein d’autres. Plus que des visites guidées, les nouvelles sont ce que l’éditeur appelle très justement des visites d’idées. Chaque ville visitée est prétexte au déchaînement de l’imagination débordante de Dantzig. Ces idées s’entrecroisent avec des lieux et des compagnons de fortune, connus et reconnus. L’art, le génie, la peinture ; Wilde, Chateaubriand, Van Gogh. Et tant d’autres. Il fallait y songer. On échappe à l’ennui car on échappe à la banalité. Tout est lié. Dans l’excentricité. Mais une excentricité intelligemment ficelée. On rit des évènements sur lesquels l’auteur s’attarde et on jouit des mots avec lesquels il jongle pour les narrer. Du grand, très grand – de l’immensément grand – Charles Dantzig.

Un exemple – un seul. Lorsqu’il visite la ville de New York, Dantzig – de son œil avisé – revient sur la célèbre inscription gravée sur le marbre du Rockefeller Center. « I believe in the supreme worth of the individual etc. » Il en rit, se moque et nous entraîne dans l’hilarité. Jubilatoire. D’une justesse inattaquable. « La poursuite du bonheur. Les milliardaires de ce pays sont stendhaliens, ma parole. Ils l’étaient ; de nos jours, quand ils écrivent, ils publient les mémoires de leur compte en banque. Faire graver ses croyances comme si c’étaient des pensées ! Ce sont des pensées. Du moment qu’un homme a réussi, on l’écoute. La force crée la philosophie. » (Charles Dantzig, Il n’y a pas d’Indochine, Paris, Grasset, 2013, p.193)

Eh ! Vous en connaissez beaucoup des auteurs qui possèdent le talent qu’il faut pour accoucher de telles séquences littéraires, vous ?

En dépit de l’apologie que j’en fais, il me faut le reconnaître toutefois : ce livre n’est pas à mettre entre toutes les mains. Je n’ai pu m’empêcher de le penser en le parcourant. Si vous n’adhérez pas particulièrement à l’humour de Charles Dantzig, il y a des risques que vous trouviez le livre long. Long, mais pas ennuyeux. Ennuyeux, ça, jamais.

Présentation du livre par l’auteur lui-même, Charles Dantzig :

Charles Dantzig – Il n’y a pas d’Indochine par Librairie_Mollat

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Mehtap a créé A Book to Kill en août 2013, sur un coup de tête, par passion des livres et pour passer le temps. Elle y publie une chronique littéraire chaque mardi sur un style personnel et concis. L'une de ses plumes préférées est celle de l'écrivain français Charles Dantzig. Son blog littéraire est accessible via l’adresse suivante : http://abooktokill.wordpress.com/

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