Le ballet Preljocaj reprend “Blanche Neige” : une lecture endiablée et sexy

Blanche Neige © Jean-Claude Carbonne

Le ballet Preljocaj reprend “Blanche Neige” : une lecture endiablée et sexy

Il y a huit ans, Angelin Preljocaj créait Blanche Neige.

Le succès de ce ballet fut immédiat à sa création et depuis, il s’est imposé en France et à l’étranger. Aujourd’hui, le chorégraphe revient à Paris avec ce spectacle à la Grande Halle de la Villette.

Chorégraphe singulier, Angelin Preljocaj est aussi à l’aise dans le sillage du compositeur d’avant-garde John Cage que dans l’univers néo-classique.

Avec ce ballet, il donne à voir sur le plateau une héroïne moderne, griffée haute couture (Jean-Paul Gaultier), dans un univers scénographique extravagant et baroque à la danse investie où le chorégraphe s’attache à dévoiler la transcendance des corps. Angelin Preljocaj avait annoncé la couleur : “Mon idée est de raconter Blanche-Neige comme un conte de fée, avec le merveilleux et l’enchantement propre au genre. Il est aussi plein de chausse-trapes psychanalytiques. Bettelheim a parlé d’un Œdipe renversé qui me semble très actuel aujourd’hui où les femmes de 45-60 ans sont encore belles, mais souffrent de l’ombre portée de leurs propres filles”.

[…] un spectacle total […]

La rencontre esthétique entre le directeur de ballet et le styliste imaginatif fait puissamment corps avec la dimension narrative assumée et la tonalité fantasmagorique donnée à la légende de Blanche Neige. En prenant le parti pris de suivre pas à pas l’histoire, il en respecte tous les épisode et l’installe très concrètement dans l’espace où les lieux symboliques sont reconstitués au gré de superbes décors évolutifs de Thierry Leproust qui participent et soutiennent l’intrigue.

Les costumes inventifs, à l’instar de personnages de BD de science fiction, inscrivent le conte dans une autre temporalité et offrent aux danseurs une amplitude dynamique.

Avec des tableaux très enlevés et plein d’invention, tels en ouverture la naissance dramatique de Blanche Neige dans une atmosphère apocalyptique, que l’apparition des nains en mineurs avec une petite loupiote sur le front par sept danseurs espiègles qui sortent d’un mur au fond de la scène pour virevolter en verticalité en une danse aérienne époustouflante. Où encore la rivalité entre la reine (Cecilia Torres Morillo qui déploie à merveille toute sa sensualité vénéneuse) et sa belle fille où la méchante marâtre est une séductrice redoutable vêtue de vinyle, il donne à cette version une lecture endiablée et sexy.

Blanche-Neige (parfaite Mirea Delogu à l’innocence ardente) en robe immaculée très échancrée et jambes nues qui rappellent la mort de sa mère, incarne le sortilège de la jeunesse, et traduit toute la naïveté, la pureté, l’insouciance de la quête amoureuse. Le prince est magnifié, porté par une puissance athlétique.

[…] une lecture endiablée et sexy […)

La reine, charismatique, joue de tous les subterfuges, escortée de deux chats noirs, en guêpière, jupe rouge et talons hauts, elle exhorte de sa jalousie maléfique et personnifie à l’envi la malveillance et les forces des ténèbres.

Le chorégraphe compose subtilement avec le corps de ballet et sa diversité en se focalisant sur ce qu’expriment les corps, les énergies, et sur ce que les personnages ressentent et éprouvent grâce à une gestuelle très ample, le tout porté par la synergie fulgurante du mouvement.

Mais aussi avec des séquences très abstraites, telles que le corps inanimée de Blanche Neige sur une plaque de verre minéral, que la danse morbide et érotique du Prince (athlétique Redi Shtylla) sur le célèbre Adagietto de la Symphonie n°5 de Mahler, ou encore la vision aérienne de la mort maternelle qui enlève puis relâche le corps de la jeune fille, il insuffle au drame une force poétique très intense.

La scène de la pomme avec une poursuite entre les deux héroïnes jusqu’à l’absorption forcée et fatale offre un grand moment d’inventivité dramatique.

Par delà le merveilleux que contient pour l’imaginaire Blanche Neige restitué par une chorégraphie incarnée, Preljocaj interroge aussi la symbolique du récit et le rôle de la marâtre, personnage central, dans son désir très narcissique de ne pas renoncer à sa séduction et à sa place de femme, quitte à aller jusqu’au sacrifice de sa belle-fille.

Entre féerie et lutte fratricide à l’éternelle jeunesse et au désir, thèmes très actuels, le reflet du ballet face au miroir magique subjugue et envoute.

INFOS

Dates : du 5 au 8 juillet 2018 l Lieu Grande Halle de la Villette
Chorégraphe : Angelin Preljocaj

Note
Originalité
Scénographie
Chorégraphie
Mise en scène
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

1 commentaire

  1. S,il n’y a rien à dire sur la qualité des danseurs, j mets une très mauvaise note au styliste qui habille Blanche- Neige d’une bambinette qui pendouille de façon inesthétique (en dehors du fait que, par son nom, elle représente la pureté blanche de la neige!) ainsi que les couches culottes roses des danseurs dans la forêt. Les rubans noirs en forme de slips ou de strings sur les danseuses ne sont pas non plus du meilleur effet.Certains se réjouissent de la Reine-Mère sortie du Crazy-Horse…j’ai préféré les chats, et les mineurs, qui ont réjouis notre fils.

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