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Et jamais nous ne serons séparés, une pièce de Jon Foss, mise en scène par Marc Paquien, à Paris

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Théâtre de l’œuvre jusqu’au 3 novembre 2013



[pull_quote_left]L’absence, la perte, la solitude, sont au coeur de cette pièce troublante et énigmatique.[/pull_quote_left]

Il y a dans l’oeuvre du dramaturge Jon Fosse une vision métaphysique et abstraite qui embrasse ses personnages avec une essence singulière et une acuité particulière. Portée par une écriture minimaliste faite de répétitions, de variations, de temps suspendu où les silences, les non-dits et une tension diffuse sont plus importants que les mots exprimés.

Dans ce théâtre introspectif et de l’intime au bord du vide, Ludmila Mikaël habite virtuosement cette vérité humaine torturée et empêchée. (paradoxale et insaisissable. Une femme attend un homme qui ne viendra pas. Est-il mort ? Est-il parti avec une autre ? On ne saura pas. Pourtant elle l’attend et l’espère de tout son être. Il va venir, oui, il va venir, il faut qu’il vienne, sa vie en dépend. Elle y croit, elle le souhaite, elle le veut. Tellement fort qu’elle fini par le convoquer à côté d’elle sur le canapé solitaire, telle une ombre entre deux perceptions du temps et de la réalité où une autre femme plus jeune se fait jour.

Et l’échange, loin de progresser, s’enlise dans un ressassement continuel et obsessionnel avec des mots qui agissent comme des instruments d’incommunicabilité et de perdition. Les constantes reprises, à la manière de formules incantatoires, créent un rythme lancinant et instaure un climat d’angoisse où le malaise grandissant entre le couple à la fois ancien et nouveau confronté à l’attente de l’autre, renvoie à l’impossibilité de vivre à deux.[pull_quote_right]Un regard singulier et fébrile qui dévoile les tréfonds de l’âme[/pull_quote_right]

Une mélancolie envahit l’espace où la mise en scène de Marc Paquien, illustrées des chants sublimes de Cat Power, cristallise au plus près ce huis clos et le temps qui se suspend, se tend et se distend, là où la condition d’être se débat entre volonté de revivre et désespoir avec le manque et la solitude.

La parole et les déplacements sont au cœur du dispositif et impriment les incertitudes et les contradictions de ceux qui désirent tant mais qui ne savent pas aimer. Ludmila Mikaël excelle dans le rôle de cette femme paradoxale qui refuse de se rendre à l’évidence dont elle restitue à merveille toutes les ambivalences, passant du rire aux larmes, de l’autorité à la fragilité, de l’espoir à la détresse. Et face aux brisures du réel Patrick Catalifo et Agathe Dronne sont des spectres justes et mystérieux.

Un regard singulier et fébrile qui dévoile les tréfonds de l’âme…

Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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