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« Giselle » de Mats Ek par le Ballet de l’Opéra de Lyon, à Paris

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Théâtre de la Ville jusqu’au 3 janvier 2014

« Giselle » c’est d’abord le grand ballet classique, chorégraphié en 1841 par Jean Coralli sur une musique d’Adolphe Adam et  considéré comme une référence d’interprétation pour les  danseurs du monde entier.

Mais c’est aussi, la relecture contemporaine,  majeure, en 1982 de Mats Ek, le chorégraphe  suédois bien connu de toutes les compagnies  internationales, et dont s’emparent avec force et brio les 16 danseurs du ballet de l’Opéra de Lyon.

De la trame ultra romantique initiale (une jeune paysanne, Giselle, tombe  raide dingue – dans tous les sens du terme – d’un  prince déguisé en villageois, Albrecht, venu la  courtiser : elle en mourra) le chorégraphe en dissèque la dimension transgressive et sociale empreinte d’une lutte intérieure où l’héroïne est en proie à ses pulsions, et de classes.

Ainsi, tout en gardant la structure en 2 actes et la musique originelle,  Mats Ek transpose l’action de la première partie dans un décor de style naïf de Marie-Louise Ekman, évocateur d’une rêverie mentale : une île tropicale dont  les formes montagneuses suggèrent la sensualité du  corps de la femme, ses formes généreuses et voluptueuses, où Giselle s’abandonne à ses émois.

L’occasion pour le suédois d’affirmer sa singularité dès l’ouverture avec cette scène qui voit Gisèlle attachée par une corde car son fiancé, Hilarion, qui l’aime, sans pouvoir  la comprendre, l’attache dès que son amour ne parvient plus, seul, à la retenir. Un lien dont elle se défait énergiquement sous l’impulsion de ses envies dévastatrices.

 […] le chorégraphe en dissèque la dimension transgressive et sociale empreinte d’une lutte intérieure où l’héroïne est en proie à ses pulsions […]

Et d’exacerber une liberté de l’héroïne par une affirmation du corps contre la bienséance ainsi que le jeu des appartenances sociales à l’œuvre dans la pièce avec une gestuelle vive, des mouvements parfois brusques, des sauts nerveux, comme des pas de deux aux allures de duel. Car le romantisme n’est ici pas de mise où la fable se charge d’une tension et d’un affrontement entre les faibles et les puissants, par le combat des forces de la vie et de la mort, qui prennent des allures de tragédie moderne.

Le sens inné du théâtre de Mats Ek lui permet de caractériser chaque personnage, Giselle tout d’abord dont il fait la marginale, trompée et abusée par un séducteur venu passer un bon moment avec ses copains.  Ebranlée, elle en perdra ici la raison.  Mais également Hilarion, son amoureux transi, trahit, ou Albrecht le séducteur falsificateur.

Et à la mort de l’héroïne, Mats Ek substitue au second acte  la plongée dans la folie, prenant pour paysage mental, un asile psychiatrique. Sur les  murs, des morceaux de corps humains sont disposés ça et là : un nez, un doigt,  un sein… une humanité disloquée, fractionnée, enfermée dans un lieu vide et glacial  Où les voiles et les tutus longs des Wilis, fantômes de jeunes femmes trahies avant leur mariage dans la version originale, font place aux blouses d’infirmière  et aux camisoles de force.

La reine des Wilis, Myrtha, s’est métamorphosée – dans cette partition –  en une sœur infirmière, aussi débordante de bonté glacée que d’amour castrateur. Dans ce monde clos, coupé de l’extérieur,  Myrtha fait office de rempart inébranlable contre les attirances et la  menace de la sexualité. Les « malades » sont condamnés à la frustration.  Hilarion rend visite à Giselle, espérant la ramener à la raison. Mais Giselle, désormais, appartient à un autre monde.

Et toute sa fragilité mentale éclate alors dans l’écriture tiraillée de Mats Ek qui sait traduire comme nul autre le déséquilibre et la rédemption du corps.

On assiste ici comme dans la version traditionnelle au douloureux parcours initiatique de la vie d’Albrecht où l’amour de Giselle lui aura fait découvrir la vanité des choses et la vérité des sentiments.

Les trois rôles principaux Dorothée Delable (Gisèle), Randy Castillo (Albrecht), Franck Laizet (Hilarion) sont saisissants d’expressivité et collent parfaitement à la tonalité intense de Mats Ek.

Là où le réalisme chorégraphique de Mats Ek parvient à saisir toutes les nuances de la détresse de Giselle, que l’amour impossible a brisé et dont chaque mouvement est l’incarnation la plus juste et la plus absolue…

Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

2 Commentaires

  1. […] Théâtre de la Ville jusqu’au 3 janvier 2014 « Giselle » c’est d’abord le grand ballet classique, chorégraphié en 1841 par Jean Coralli sur  […]

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