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« Le Faiseur » d’Honoré de Balzac, mise en scène par Emmanuel Demarcy-Mota, à Paris

Le-faiseur

Théâtre des Abbesses jusqu’au 12 avril 2014

Emmanuel Demarcy-Mota, directeur du Théâtre 
de la Ville, ressuscite une pièce d’Honoré de Balzac, « le Faiseur », écrite en 1848 sous le règne de Louis-Philippe mais furieusement contemporaine. Elle met à l’œuvre Auguste Mercadet (Serge Maggiani), un spéculateur aux abois qui n’en demeure pas moins affairiste, à l’imagination débordante, vivant continuellement d’expédients, où l’illusion du gain et son pouvoir spéculatif capable de tourner à vide font allègrement la fortune des uns et la ruine des autres.

[pull_quote_center]Les comédiens sont à l’unisson dans un jeu nerveux et surréaliste où tels des pantins aux prises avec la comédie humaine, ils aspirent à sauver leur peau dans une fuite en avant sans foi ni loi[/pull_quote_center]

Dans son essai « Vouloir nous brûle », Barthes analysait très justement ce Faiseur comme « un créateur absolu », un ­alchimiste capable de tirer quelque chose du néant, du vide, c’est-à-dire de la dette. Et de ce vertigineux vaudeville financier, Demarcy-Mota en livre une version endiablée et décalée où sur le titre « Money » des Pink Floyd repris en boucle se scrutent implacablement les affres du bonimenteur, tricheur.

Mercadet est un homme d’affaires ruiné qui s’emploie à rassurer ses créanciers de plus en plus pressants par des conseils financiers aussi trompeurs qu’hasardeux. Pour les faire patienter, il invoque aussi un ancien associé, Godeau (comme l’autre de Samuel Beckett également attendu et qui ne viendra jamais !), parti faire fortune aux Indes et sur le point de revenir pour rembourser ses dettes.

[pull_quote_left]Et de ce vertigineux vaudeville financier, Demarcy-Mota en livre une version endiablée et décalée où sur le titre « Money » des Pink Floyd repris en boucle se scrutent implacablement les affres du bonimenteur, tricheur[/pull_quote_left]

Alors qu’il est sur le point d’être saisi de tous ses biens et expulé de son appartement, Mercadet décide de monnayer sa fille Julie, amoureuse d’un homme sans fortune, pour la marier à un riche parti : monsieur de la Brive. Cependant, le prétendant qui cultive deux identités, est encore plus endetté que son futur beau-père. Heureusement, le salut viendra du premier soupirant écarté qui se révèlera richissime grâce à une filiation révélée…

© Jean-Louis Fernandez

A travers le prisme de ­Mercadet, Balzac décortique avec un ton et une ironie mordante les mœurs affairistes de son époque où règnent la tromperie, le mensonge et la manipulation pour spéculer sur de fausses informations et créer artificiellement de fausses valeurs à l’instar des produits structurés toxiques d’aujourd’hui !.

Lesquelles sont source de fluctuation et de déséquilibre entre les aguerris et les naïfs, les pays pauvres et les pays riches, la dette privée et la dette souveraine, à l’instar du plateau mouvant en chausse-trapes qui tangue à l’abri des coups de semonce des marchés financiers et des ombrages humains collatéraux.

Les comédiens sont à l’unisson dans un jeu nerveux et surréaliste où tels des pantins aux prises avec la comédie humaine, ils aspirent à sauver leur peau dans une fuite en avant sans foi ni loi.

Serge Maggiani est impressionnant en ce Faiseur désincarné par le pouvoir de l’argent et son irrépressible illusion…

Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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