Accueil Sélectionné par la rédaction L’élan brisé du canard sauvage d’Henrik Ibsen s’invite chez vous !

L’élan brisé du canard sauvage d’Henrik Ibsen s’invite chez vous !

L’élan brisé du canard sauvage d’Henrik Ibsen s'invite chez vous
Le Canard sauvage d’Henrik Ibsen, mise en scène de Stéphane Braunschweig – Photo © Elizabeth Carecchio

L’élan brisé du canard sauvage d’Henrik Ibsen s’invite chez vous !

Le bonheur peut-il reposer sur le mensonge et son déni ? C’est la question que pose Ibsen dans ce drame troublant qui confronte deux familles à leur passé et à leurs secrets. Le Canard sauvage écrit en 1884 est une pièce intense, étrange reposant sur une série de dédoublements qui en cristallise la dimension fantastique/onirique, bien au-delà d’une portée purement naturaliste. Cette trame complexe où l’on retrouve les contradictions humaines entre aspirations idéalistes et compromissions, un thème cher au théâtre d’Ibsen, est ici rendue limpide par la mise en scène épurée et percutante de Stéphane Braunschweig (futur nouveau directeur de l’Odéon – Théâtre de l’Europe suite au décès de Luc Bondy)   qui réussit à en faire résonner toute l’ambivalence à travers une lecture à la fois moderne, réaliste et mystérieuse.

Dates : du 6 au 14 janvier 2016 – captation du spectacle à la fin de l’article
Lieu La Colline -théâtre national
Metteur en scène : Stephane Braunschweig

[…] Stephane Braunschweig fait entendre remarquablement le texte et ses différents niveaux orchestrés d’une main de maître par le diabolique dramaturge norvégien […]

Le titre de la pièce renvoie de façon énigmatique à un processus d’interprétation que mènent conjointement spectateurs et personnages : à qui appartient exactement ce canard sauvage blessé, puis sauvé et apprivoisé ? Qui ou que représente cet oiseau qui a chuté, qui a sombré et que l’on a remonté à la surface ? Cette figure emblématique (totalement invisible et qui n’existe que dans et par la parole) donne à chaque personnage l’occasion de s’imaginer une autre vie, celle de victime, ou celle de sauveur. Tour à tour, l’animal devient alors l’emblème possible d’une autre destinée, ou à l’inverse l’image d’un secret enfoui que la vérité fait remonter à la surface d’une vie sociale aseptisée.

 

Photo © Elisabeth Carecchio

Le photographe Hjalmar Ekdal (Rodolphe Congé) vit avec sa femme Gina (Chloé Réjon) et leur fille Hedvig (Suzanne Aubert) dans une sous-pente qui fait à la fois office d’appartement et d’atelier, et qui est attenante à un grenier où sont élevés des poules, des lapins et un canard sauvage auquel l’adolescente est très attachée. Le trio cohabite avec le vieux père qui, par le passé, a purgé une peine de prison pour un délit financier dont l’instigateur était le négociant Werle (Jean-Marie Winling). Gina a autrefois été gouvernante chez Werle.

[…] la révélation de ces secrets va exploser l’équilibre fragile […]

Au début de la pièce, Gregers Werle (Claude Duparfait), fils du négociant, revient dîner dans la maison familiale. Il y apprend que Gina Ekdal a été la maîtresse de son père avant d’épouser Hjalmar, et que c’est le négociant lui-même qui a mis au point ce mariage et l’a soutenu financièrement. Gregers estime de son devoir d’apprendre à Hjalmar ce qu’il sait, avec l’idée que le couple puisse bâtir sa vie commune sur cet idéal de vérité. Mais contre ses attentes, la révélation de ces secrets va exploser l’équilibre fragile des protagonistes.

Avec une scénographie inventive et un dispositif vidéo qui permet d’installer Werle en père castrateur, instigateur des névroses qui se font jour, où la maison des Ekdal avec son atmosphère étouffante est un cube en bois pour s’ouvrir sur une forêt de sapins, tel un échappatoire sur l’imaginaire mais aussi les ténèbres, Stephane Braunschweig fait entendre remarquablement le texte et ses différents niveaux orchestrés d’une main de maître par le diabolique dramaturge norvégien.

Et on assiste à l’emballement ainsi qu’à la confrontation de plusieurs logiques : logique de la psychorigidité, logique de la velléité, logique des non-dits où le tout participe à construire, puis à torpiller, l’équilibre précaire d’une famille. L’unité de lieu est elle-même chavirée où lorsque la vérité éclate, la maison des Ekdal se penche en avant, obligeant les acteurs à devoir arpenter le décor avec sévérité.

Les comédiens sont au diapason pour s’inscrire dans cette tragédie claire/obscure aux ressentiments expiatoires.

Captation intégrale du spectacle

NOS NOTES ...
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu des acteurs
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.
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