
[COMICS] <ok– Intégrale, de Jeph Loeb & Jim Lee (Urban Comics)

Park Row sous la pluie, l’enseigne de Gotham City au-dessus d’une ruelle, et une voix qui dit avoir fait un choix sans savoir ce qu’il coûtera quand on l’apprendra. Jeph Loeb et Jim Lee ouvrent là l’un des chapitres de Batman Silence 2, que Urban Comics réunit en intégrale le 18 septembre 2026 dans la collection DC Essentiels : 176 pages, 20,50 €. Plus de vingt ans après le premier Silence, Thomas Elliot reprend sa guerre contre Bruce Wayne, et il vise cette fois la Bat-famille entière.
Crime Alley, Leslie Thompkins et la nuit que Batman recommence
La ruelle où les parents de Bruce Wayne ont été tués s’appelle désormais Crime Alley, et il y revient chaque année. Le récit corrige au passage une légende : ce n’est pas Alfred qui a trouvé l’enfant ce soir-là, c’est Leslie Thompkins, qui travaillait tard, a entendu les coups de feu et a su quoi faire. Elle tient toujours sa clinique sur Park Row, elle l’attend sous la pluie devant sa porte couverte de graffitis, et elle lui parle sur un ton que personne d’autre ne se permet.
Ce qui le tracasse, dit-il, n’est pas seulement la décision qu’il vient de prendre : c’est que Silence l’y ait poussé.
Jason, le Joker et la partie d’échecs de Silence
Ailleurs dans l’album, Batman se réveille dans la Batcave après avoir été assommé par Jason Todd et rejoue les enregistrements de ses propres caméras pour savoir ce qui s’est passé pendant qu’il était inconscient. Il y voit Silence accompagner Jason sous son toit. Le grief est ancien et il est énoncé sans détour : Batman a laissé vivre le Joker qui, lui, avait laissé mourir Jason. Le piège se referme sur une arme sabotée, que Jason est invité à tirer s’il tient à y laisser sa main.
Silence, lui, ne se bat guère : il place. Il tient un Robin sous une lame et laisse Batman proposer l’échange, qu’il refuse en parlant de roque et de tour prise contre un roi. Plus loin, la Bat-famille au complet se dresse dans la pluie face à Batman, et c’est lui qui neutralise Batgirl pour couper court à l’affrontement que Silence cherche. Le principe du livre tient dans ce mouvement : l’adversaire manipule, et la riposte consiste à retourner leurs faiblesses contre les siens.
Le trait de Jim Lee : hachures, bandes larges et caméras de surveillance
Jim Lee construit ses pages sur deux régimes. Le premier est la bande large, quatre registres horizontaux empilés sur toute la largeur, qui fait défiler une scène comme une pellicule. Le second est la verticale : un panneau unique occupe la hauteur entière de la page, Batman debout sous l’averse, ou Leslie Thompkins encadrée par le montant de sa porte. La hachure couvre tout, la pluie, les briques, les affiches lacérées, les tags relevés un par un sur les murs de la clinique, et les noirs de la cape sont posés en masses pleines.
Deux trouvailles sortent du lot. La séquence de la Batcave est montée comme une lecture vidéo : chaque case porte dans un coin l’étiquette de la caméra qui l’a prise, et le lecteur voit la scène dans l’ordre où Batman la reconstitue. Et la case en plongée qui accompagne le dialogue sur le roque dispose les combattants comme des pièces sur un échiquier, au moment précis où le mot est prononcé. Les retours en arrière, eux, sont traités en lavis. Alex Sinclair colore l’album avec une palette resserrée, une teinte dominante par scène.
Les visages résistent moins bien. Le rictus de Batman et celui de Jason reviennent d’une case à l’autre avec peu de variantes, et plusieurs gros plans ont la fixité d’une affiche.
Ce que vaut Batman Silence 2 en intégrale
Le récit s’appuie en permanence sur ce que le lecteur est censé savoir déjà : la mort de Jason, le masque d’Elliot, la nuit de Park Row. Qui arrive sans ce bagage suivra les scènes mais pas leur charge. Le second point faible tient aux récitatifs, presque une case sur deux : quand un gros plan montre un Batman furieux et que l’encart annonce qu’il est furieux, l’image paie deux fois. Les motivations de plusieurs personnages restent peu expliquées, et la Bat-famille réagit presque toujours au plus fort. Les scènes, elles, tiennent debout — la vidéosurveillance, l’arme sabotée, l’échange refusé autour de Robin.
L’intégrale réunit en couleurs les six chapitres parus d’abord un par un en noir et blanc. Elle ne clôt pas l’histoire : le dernier chapitre s’arrête sur une ouverture vers une seconde partie. À 20,50 € pour 176 pages, l’album vise d’abord les lecteurs du premier Silence et ceux qui viennent pour Jim Lee. Il reprend beaucoup des ressorts de son prédécesseur sans en retrouver l’effet de surprise.
📖 Résumé de l’éditeur
Il y a des années, Batman et ses alliés ont soudainement été assaillis par tous leurs ennemis, jusque dans leur vie civile. Derrière cette attaque se cache un mystérieux adversaire masqué se faisant appeler Silence, directement lié à l’enfance de Bruce Wayne et connaissant tous les secrets de la Chauve-Souris. Alors que la menace semblait enterrée, Silence semble pourtant de retour, plus dangereux que jamais et décidé à mener sa guerre contre la bat-famille jusqu’au bout…
📚 Fiche éditeur
| Scénario | Jeph Loeb |
| Dessin | Jim Lee |
| Encrage | Scott Williams |
| Couleurs | Alex Sinclair |
| Traduction | Jérôme Wicky |
| Éditeur | Urban Comics, collection DC Essentiels |
| Date de sortie | 18 septembre 2026 |
| Prix | 20,50 € TTC |
| EAN | 9791026853848 |
| Pagination | 176 pages |
| Format | Volume cartonné, 186 × 282 mm, couleurs |
| Contenu VO | Batman #158-163 · Public 12+ |