
[JEUNESSE] Aux douceurs enchantées, 7 – Le roulé-jeunesse, d’Aurélie Gerlach & Maud Begon (Gallimard Jeunesse)

Sept volumes en quatre ans, et un dernier gâteau. Aux douceurs enchantées s’achève le 20 août 2026 avec Le roulé-jeunesse, septième et ultime titre de la série qu’Aurélie Gerlach et Maud Begon tiennent depuis septembre 2022 dans la série Cadet de Gallimard Jeunesse. Soixante-quatre pages, 7,90 €, dès 8 ans : le format n’a pas bougé d’un millimètre depuis Les sablés de métamorphose. La recette non plus. Ce qui a changé, c’est ce qu’on y met.
Une pâtisserie pour faire reculer les adultes
Pour ceux qui arriveraient en cours de route : la série suit Candy Ladouceur, héritière d’une lignée de « pâtissiens », pâtissiers-magiciens dont les gâteaux produisent des effets peu réglementaires. Sablés de métamorphose, gâteau miroir, bonbons de bonne aventure, madeleines du temps retrouvé — le clin d’œil à Proust n’était pas passé inaperçu —, fleurs des souvenirs perdus : chaque tome tourne autour d’une préparation et de ses conséquences.
Le roulé-jeunesse, lui, ne rajeunit pas les corps : il rend aux adultes l’enfant qu’ils ont été. Gerlach s’en sert sur deux cibles bien choisies, mamie Madeleine et tonton Forastero, qui se détestent poliment depuis les premiers volumes sans que personne n’ait jamais su pourquoi. La pâtisserie sert de machine à remonter le temps, et le lecteur découvre en même temps que les enfants ce que ces deux-là fabriquaient à dix ans. Des bêtises, essentiellement. Beaucoup de bêtises.
Ce que les grands ne racontent jamais
Le vrai sujet du volume est là, et il est plus solide que son emballage sucré. Candy et Pistachio partagent le même constat : leurs aînés leur cachent des choses. Pas de grands secrets tragiques — juste des pans entiers de vie qu’on ne transmet pas, par pudeur, par paresse, ou parce qu’on a fini par les oublier soi-même. Combien d’enfants de huit ans sauraient dire à quoi ressemblaient les journées de leurs grands-parents ?
Gerlach, qui a signé trois romans pour adolescents dans la collection Scripto — les deux Lola Frizmuth et La Légende de Lee-Roy Gordon — avant de venir aux premières lectures, sait faire tenir une idée pareille en quelques répliques. Le texte est court, dialogué, calibré pour des lecteurs qui n’en sont pas encore aux gros pavés. Il ne s’appesantit pas. C’est justement pour ça que la brouille des deux vieux, expliquée sans dramatisation, atteint son but : elle ressemble à ce que les enfants observent chez eux.
Maud Begon, le trait qui donne faim
Les illustrations sont signées Maud Begon, née à Toulouse en 1987, dont la double casquette n’est pas anodine : elle est aussi autrice complète de bande dessinée, et son adaptation du Jardin secret de Frances Hodgson Burnett, chez Dargaud, avait montré ce qu’elle savait faire d’une histoire d’enfance et de lieux clos. Ça se retrouve ici, à échelle réduite.
Son dessin habite les marges, cerne les débuts de chapitre, s’invite en pleine page quand la scène le demande. Les pâtisseries sont détaillées comme des personnages — glaçages, spirales, miettes — et les visages ont cette rondeur expressive qui fonctionne aussi bien sur un enfant que sur une grand-mère redevenue chipie. La séquence de retour en arrière, où deux gamins courent dans un quartier disparu, est la plus jolie du volume. Elle ne dure que quelques images. Elle suffit.
Fin de service à la boutique
Terminer une série jeunesse à succès est un exercice délicat : il faut refermer sans donner l’impression de fermer boutique. Gerlach s’en tire en choisissant la réconciliation plutôt que le grand final magique, ce qui est plus doux et nettement moins spectaculaire. Les lecteurs les plus friands de sortilèges trouveront ce dernier tome sage — et ils n’auront pas tort, la magie y est réduite à un déclencheur. Les autres apprécieront qu’on ne les quitte pas sur un feu d’artifice.
La série, elle, a trouvé son public : plus de cent avis et une moyenne de 4,2 sur 5 pour le seul premier tome sur Babelio, et une rotation solide en bibliothèque. Il faut dire qu’elle occupe un créneau confortable : assez courte pour les lecteurs qui se lancent, assez illustrée pour ne pas décourager, assez maligne pour ne pas ennuyer l’adulte qui lit à voix haute. On refermera Le roulé-jeunesse avec une envie précise : appeler sa grand-mère et lui demander ce qu’elle fabriquait à huit ans.
📖 Résumé de l’éditeur
Les héros du monde enchanté nous régalent de bien des surprises dans cette dernière aventure pleine de magie et d’amour. « Quand j’ai organisé cette fête, j’avais un plan. Pour leur faire oublier leurs querelles, j’ai pensé qu’il fallait replonger mamie Madeleine et tonton Forastero dans la joie et l’insouciance de l’enfance. Alors, je leur ai servi un “roulé-jeunesse”, une pâtisserie magique créée spécialement pour eux. »
📚 Fiche éditeur
| Texte | Aurélie Gerlach |
| Illustrations | Maud Begon |
| Éditeur | Gallimard Jeunesse — série Cadet |
| Date de parution | 20 août 2026 |
| Prix | 7,90 € |
| EAN | 9782075242844 |
| Pagination | 64 pages |
| Format | 140 × 190 mm — roman illustré, dès 8 ans |