
[MANGA] Smother Me – Tomes 1 & 2, de Hiroshi Shimomoto (Glénat)

Avec Smother Me, Hiroshi Shimomoto propose une duologie courte, brutale et étonnamment sensible, qui prend la forme d’un thriller criminel pour mieux raconter une enfance fracassée. En seulement deux volumes, le manga construit un univers sale, nerveux, tendu, où la violence n’est jamais décorative : elle façonne les êtres, déforme les liens et empêche toute innocence de survivre intacte.
Le point de départ du premier tome impose immédiatement sa dureté. Akio, vendu par sa mère, rebaptisé Serpent, est devenu à treize ans un tueur à gages. Mais derrière cette prémisse radicale, Smother Me ne cherche pas à fabriquer un simple anti-héros spectaculaire. Le manga s’intéresse au contraire à ce qui subsiste chez cet adolescent d’humanité, de culpabilité et de fragilité. Les souvenirs de ses victimes le hantent, et sa rencontre avec Lynne vient déplacer le récit vers autre chose qu’une seule mécanique de survie. Le deuxième tome transforme alors cette tension intime en véritable affrontement final. Les trajectoires se resserrent, les lignes de fracture deviennent plus nettes, et le récit gagne en intensité dramatique. Là où le premier volume installait un climat, le second pousse les personnages au bord de leurs contradictions.
Ce qui rend l’ensemble convaincant, c’est précisément cet équilibre entre noirceur et vulnérabilité. Hiroshi Shimomoto ne romantise jamais complètement son univers. Il met en scène des figures cabossées, parfois monstrueuses, mais laisse toujours filtrer une faille, une hésitation, une possibilité de rédemption ou d’effondrement. C’est cette instabilité morale qui donne au diptyque sa véritable force.
Graphiquement, Smother Me affirme une identité très singulière. Le trait est rugueux, nerveux, expressif, avec une énergie visuelle qui déborde parfois les codes habituels du manga commercial. On y sent une proximité avec certaines sensibilités venues du comics ou du roman graphique, sans que l’œuvre perde pour autant sa grammaire manga. Cette matière graphique participe pleinement au malaise, à la tension et à la singularité du récit.
Le format court joue ici en faveur de la série. En deux tomes, Shimomoto va à l’essentiel, sans dilution ni relance artificielle. Le récit conserve ainsi une densité appréciable et une vraie cohérence d’ensemble. Smother Me n’a pas l’ambition de bâtir une grande fresque criminelle : il préfère frapper vite, fort, et laisser une impression durable.
Au final, ces deux volumes composent un thriller âpre et atypique, porté par une vraie personnalité visuelle et par une tension dramatique constante. Une duologie brève, mais loin d’être mineure, qui confirme l’émergence d’un auteur à suivre de près.
Le jour où Akio a été vendu par sa mère, il a dû abandonner son nom. Aujourd’hui, il s’appelle Serpent, il a treize ans, et il est tueur à gages. Alors que le souvenir de ses victimes hante régulièrement ses rêves, il fait la rencontre de Lynne, une jeune aveugle. Désireux de gagner l’argent nécessaire à l’opération des yeux de celle-ci, il accepte une mission particulièrement dangereuse…
Singe et Moreh ont vu leurs chemins se séparer à la mort du père de ce dernier. Là où la première cherche depuis à mener sa vengeance en s’imposant comme maîtresse absolue de Détroit, le second pense que ce n’est qu’en mettant un terme aux agissements de Singe qu’il permettra à son père de reposer en paix. Impliqué malgré lui dans cette confrontation, Akio se retrouve dans le château de Singe avec un choix crucial à faire, tandis que Moreh recrute Lynne pour mener l’assaut final…
| Date de parution : 22 avril 2026 Auteur : Hiroshi Shimomoto Éditeur : Glénat Collection : Seinen Format / Pages : 202 pages par tome |
Prix indicatif : 10,95 € / tome |