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[BD] Hannibal Meriadec, T5 – L’Île des brumes, de Jean-Luc Istin & Augustin Popescu (Soleil)

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Douze ans. C’est le temps qu’il aura fallu pour retrouver Hannibal Meriadec sur le pont du Mac Lir. La série imaginée en 2009 par Jean-Luc Istin et Stéphane Créty s’était arrêtée en 2014 sur un quatrième tome sans conclusion, laissant les lecteurs avec un manuscrit, un capitaine hanté et beaucoup de questions. L’Île des brumes, paru le 2 juillet 2026 chez Soleil dans la collection Soleil Celtic, referme enfin ce récit — mais avec un dessinateur nouveau, Augustin Popescu, épaulé par Silvia Fabris aux couleurs. Retour sur ce cinquième et dernier tome, qui promet une conclusion à la préquelle du Sang du dragon.

Douze ans plus tard, Hannibal remet le cap

Refermer proprement une série laissée en suspens depuis plus d’une décennie est en soi un petit exploit éditorial. Le tome 4, Alamendez, chasseur et cannibale, sorti en avril 2014, s’achevait sans clôture réelle : plusieurs lecteurs de la Bédéthèque témoignent encore de leur perplexité à l’époque, se demandant si la fin ne s’était pas glissée dans les tomes du Sang du dragon, autre saga signée Istin dont Hannibal Meriadec constitue la préquelle. Le pari du tome 5 est donc double : clore la quête des sept Larmes d’Odin — ces diamants d’immortalité tirés de la mythologie nordique — et le faire assez proprement pour justifier une relecture intégrale.

Istin, qui multiplie depuis dix ans les titres au sein du continent d’Arran (Elfes, Nains, Guerres d’Arran, Terres d’Ogon), revient là à un projet plus intime, presque sentimental. Hannibal, capitaine breton hanté par la perte de Sélina, n’a plus rien à voir avec les héros de fresque qu’anime le scénariste ailleurs. Ici, la quête reste égoïste : rendre à celle qu’il aime « sa chair », quitte à faire basculer l’ordre du monde. Belle ligne dramatique.

L’île des Brumes, Vikings immortels et vieux démon

Le titre annonce le décor. Après l’Essaouira du tome 1, la Venise du tome 3 ou les Caraïbes cannibales du tome 4, Istin bascule cette fois vers un imaginaire clairement nordique. L’île des Brumes — que le résumé éditeur laisse deviner comme un Avalon païen — abrite des Vikings immortels prisonniers d’une malédiction, autrement dit tout ce qu’il faut pour convoquer les grandes figures scandinaves : sagas, sortilèges runiques, guerriers-morts. Un vieux démon du passé y attend aussi Hannibal, sans que la promotion en précise l’identité. Le silence est de bonne guerre pour un final.

Ce qui frappe dans le pitch officiel, c’est la formule qui le clôt : « ramener l’être aimé n’est pas le plus grand des miracles, mais le pire des blasphèmes ». Un renversement moral qui promet une résolution amère, à rebours du happy end de flibuste. Reste à voir si Istin s’y tient jusqu’au bout, ou s’il ménage une porte de sortie pour raccrocher son récit à l’univers du Sang du dragon. Les huit planches de la preview publiée par BDGest laissent en tout cas augurer un décorum brumeux, forestier et pluvieux, plus proche des rives d’Uppsala que des Antilles.

Popescu prend les pinceaux, Créty en filigrane

L’événement graphique du tome est ailleurs. Ce n’est plus Stéphane Créty qui dessine mais Augustin Popescu, illustrateur roumain déjà croisé chez Soleil sur La Rose et la Croix, Les Maîtres Inquisiteurs ou Elfes T15 – Noir comme le sang. Un choix loin d’être neutre. Là où Créty imposait un trait dynamique, un peu caricatural sur les gueules et parfaitement raccord avec Le Sang du dragon, Popescu propose une ligne plus posée, plus classique dans la construction des visages, plus douce dans les postures. Les planches de preview montrent des mers plombées, une cabine de capitaine tout en clair-obscur, des figures moins expressives peut-être, mais plus incarnées.

Silvia Fabris aux couleurs — elle remplace Sandrine Cordurié, présente sur les quatre premiers tomes — achève de basculer l’album dans un registre chromatique différent : plus mat, plus terreux, quand Cordurié tirait vers des teintes chaudes de flibuste. La couverture, signée cette fois Sébastien Grenier et non plus Joël Mouclier, plonge le capitaine dans une brume vert-bleu qui ne trompe personne : on n’est plus dans les mêmes eaux. Ces changements sont assumés, mais ils bousculent la mémoire visuelle des lecteurs. Un peu comme retrouver un vieux camarade avec une nouvelle coupe.

Une clôture pour la série, un pont vers Le Sang du dragon

Reste à mesurer l’objet dans le paysage. En 2026, boucler une préquelle démarrée en 2009 sans avoir totalement perdu ses lecteurs relève d’un pari commercial rare. La proximité avec la sortie récente de l’intégrale du Sang du dragon (juin 2026, six tomes) n’est évidemment pas fortuite : Soleil pousse à la relecture, la fin d’Hannibal Meriadec devenant la porte d’entrée idéale vers son grand cycle. Pour ceux qui voudraient réviser, la chronique des quatre premiers tomes existe déjà sur Publik’Art.

L’album est donc un objet double : final de série pour ceux qui suivaient depuis 2009, invitation à découvrir tout un univers pour les autres. On referme la preview avec une curiosité teintée d’appréhension — le tome 5 tiendra-t-il la promesse noire de son pitch ? Rien n’est moins sûr. Mais on l’espère.

📖 Résumé de l’éditeur

Sept Larmes d’Odin, un talisman d’âme et le rêve insensé d’Hannibal Meriadec : rendre à Sélina sa chair. Hanté par la perte de Sélina, Hannibal Meriadec poursuit la légende des Larmes d’Odin : 7 diamants capables de rendre la vie éternelle. Sur l’île des Brumes, il affronte des Vikings immortels, prisonniers d’une malédiction, et un vieux démon de son passé. Entre amours impossibles, trahisons et magie nordique, le capitaine pirate découvre que ramener l’être aimé n’est pas le plus grand des miracles, mais le pire des blasphèmes.

📚 Fiche éditeur

Scénario Jean-Luc Istin
Dessin Augustin Popescu
Couleurs Silvia Fabris
Couverture Sébastien Grenier
Lettrage Studio Charon
Série Hannibal Meriadec et les larmes d’Odin – tome 5
Éditeur Soleil (collection Soleil Celtic)
Date de sortie 2 juillet 2026
Prix 15,95 €
EAN 9782302093768
Pagination 54 pages
Format Album cartonné, 235 × 324 mm, couleurs
NOS NOTES ...
Originalité
Scénario
Dessin
Plaisir de lecture
Gaël a créé Publik'Art en 2009. Notaire de formation, il est responsable de la rubrique BD et gère l'administration du site (webmaster). Il vit dans le sud de la France d'où il anime le webzine avec les membres de la rédaction, présente sur la majeure partie de l'hexagone : Paris, Bayonne, Montpellier, Lille, Lyon.
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