
[BD] Le Duel, de Jean-Pierre Pécau & Antonio Marinetti, d’après Joseph Conrad (Soleil)

Strasbourg, 1800. Bonaparte s’apprête à engager la seconde campagne d’Italie, et les troupes du général Treillard chassent l’ennui en se battant en duel. Une altercation oppose deux lieutenants, Armand d’Hubert et Gabriel Féraud ; dix années durant, chaque rencontre les remettra face à face, sans raison apparente, pour venger un honneur bafoué. Jean-Pierre Pécau adapte la nouvelle de Joseph Conrad, Antonio Marinetti la dessine et Hugo Sebastian Facio Garcia la colorise. Soleil publie ce récit complet de 72 pages le 24 septembre 2026 en Hors Collection, au format 233 × 323 mm.
D’Hubert et Féraud, dix ans d’affrontement sans motif
Le point de départ est mince. Deux officiers de hussards se querellent, la querelle appelle réparation, la réparation reste inachevée, et l’affaire recommence à la garnison suivante. La nouvelle de Conrad repose sur ce ressort : un code de l’honneur militaire qui occupe deux existences entières pendant que les campagnes de l’Empire se succèdent.
Pécau reste au plus près de cette logique. Les pages liminaires installent Strasbourg : des rues encombrées, une garnison désœuvrée, un salon où l’on discute devant une cheminée. Elles enchaînent sur la mécanique du cartel, avec un messager, un motif, une heure et un lieu. Le récit montre les intermédiaires, les témoins, les officiers supérieurs qui tentent d’éteindre l’affaire. L’adaptation assume la longueur du temps couvert et découpe le livre en épisodes successifs.
Ce que Pécau fait de la nouvelle de Conrad
Le pari de l’adaptation est de transformer en images un texte dont la force tenait à l’ironie du narrateur. Pécau choisit de la reporter sur les dialogues et sur le contraste entre la gravité des protagonistes et l’insignifiance de leur motif. La formule fonctionne quand les scènes se resserrent sur les deux hommes ; elle s’essouffle quand il faut rappeler le contexte militaire, et l’album recourt alors à des cartouches explicatifs assez denses.
Soixante-douze pages pour dix ans, c’est court. Le livre avance vite, parfois trop, et les ellipses entre les épisodes laissent au lecteur le soin de reconstituer ce qui a changé entre deux rencontres. On aurait aimé plus de place pour l’obsession elle-même, pour ce qui pousse deux hommes intelligents à recommencer. L’album raconte bien le dispositif du duel, il en dit moins sur ce que cette obsession fait à d’Hubert et à Féraud.
Le cadre militaire compte autant que les deux hommes. Le général Treillard, les régiments, l’attente entre deux campagnes, l’ennui de garnison qui pousse des officiers à se battre entre eux : ce décor est la cause du récit. Pécau prend le temps de l’installer, et l’album gagne à chaque fois qu’il montre la hiérarchie tenter d’étouffer l’affaire sans y parvenir. Les pages les plus justes sont celles où des officiers supérieurs comprennent qu’ils sont impuissants devant une règle qu’ils ont eux-mêmes laissée s’installer.
Le dessin d’Antonio Marinetti : uniformes, pierre grise et lumière basse
Marinetti travaille en couleur directe, dans une gamme sombre : verts, gris, bruns, avec peu de lumière, même en plein jour. Cette palette donne au livre une unité de ton et convient à l’époque et au sujet.
Le découpage est serré, avec des planches denses qui laissent peu de place aux grandes cases. Le trait est réaliste et documenté, précis sur les décors de Strasbourg et sur les uniformes. Les visages sont moins convaincants dans les gros plans, où le rendu numérique fige un peu les expressions. Dans l’ensemble, le dessin tient l’album et sert bien un récit de garnison et de rues.
Faut-il lire Le Duel ?
L’album vise juste pour qui aime la BD historique documentée et la reconstitution napoléonienne. La lecture est soignée, le dessin porte le livre, et l’ironie du texte d’origine survit au passage. On regrettera une pagination trop courte pour la durée du récit, et des personnages moins fouillés que leur querelle. Cette adaptation honnête et belle à regarder donne envie de retourner à la nouvelle de Conrad. Sur la même période, on peut lire aussi Braquage à la hussarde chez Glénat, et retrouver le scénariste avec La Couronne de France T4 chez Delcourt.
📖 Résumé de l’éditeur
À Strasbourg, en 1800, alors que Bonaparte est sur le point de s’engager dans la seconde campagne d’Italie, les troupes du général Treillard chassent l’ennui en se battant en duel. Après une vive altercation entre Armand d’Hubert et Gabriel Féraud, une lutte de dix années va mettre aux prises deux des plus valeureux soldats. Les deux hommes chercheront à venger leur honneur bafoué.
📚 Fiche éditeur
| Scénario | Jean-Pierre Pécau, d’après Joseph Conrad |
| Dessin | Antonio Marinetti |
| Couleurs | Hugo Sebastian Facio Garcia |
| Éditeur | Soleil, Hors Collection |
| Date de sortie | 24 septembre 2026 |
| Prix | 16,50 € |
| EAN | 9782302108745 |
| Pagination | 72 pages |
| Format | Album cartonné, 233 × 323 mm, couleurs |