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« La Fin du courage » ou l’art de rester debout quand tout vacille

"La Fin du courage" ou l’art de rester debout quand tout vacille
Isabelle ADJANI et Laure CALAMY © Simon Gosselin

« La Fin du courage » ou l’art de rester debout quand tout vacille

Il faut du courage, justement, pour intituler un spectacle « La Fin du courage » et confier ce vertige à deux actrices dont la simple présence impose le silence. Isabelle Adjani et Laure Calamy n’ont pas besoin de convaincre : elles arrivent déjà chargées d’histoire, de corps, de contradictions. Le spectacle le sait, et joue avec cette attente.

Le spectacle n’est ni une leçon ni un manifeste. Sur scène, les deux actrices donnent corps à une parole fragile, traversée par le doute et la lucidité. Entre fatigue du monde et désir de rester debout, le spectacle interroge ce que signifie encore le courage lorsqu’il ne promet plus ni victoire ni consolation.

Ce n’est pas une pièce au sens strict, ni un simple débat philosophique mis en espace : c’est une rencontre intime avec nos propres hésitations.

Cynthia Fleury n’a pas voulu livrer une leçon de courage, elle nous tend un miroir — un miroir où on voit nos renoncements, nos « je le ferais bien » inachevés, et ces larges zones grises entre l’engagement et l’abandon.

Isabelle Adjani et Laure Calamy, réunies donc dans ce duo inaugural, incarnent cette pensée comme on respire une vérité qui dérange. Adjani, avec une intensité presque vulnérable, ne joue pas la philosophe : elle la vit.

Calamy, elle, est l’énergie vivante du doute qui persiste et qui ne lâche rien. Là où Adjani sculpte le sens, Calamy l’interroge, le déplace, le retourne comme une pierre trouvée sur le chemin.

Leur dialogue n’est pas un échange académique : c’est une danse de pensées, d’ironie, de sincérité crue et de rires qui déverrouillent la peur d’être philosophiquement soi-même ridicule.

Il n’est pas non plus un objet théâtral qui cherche à séduire : c’est une traversée. Une parole qui s’avance à découvert, sans décor protecteur, sans filet. Et sur scène deux manières d’affronter ce mot usé jusqu’à la corde : le courage.

Eloge fragile du courage ordinaire 

Isabelle Adjani entre comme on entre dans un souvenir. Quelque chose en elle semble déjà avoir vécu trop longtemps, trop intensément. Elle ne surjoue rien : elle laisse advenir.

Sa voix, parfois presque absente, parfois brûlante, donne l’impression qu’elle parle depuis un endroit intérieur où les certitudes ont cessé d’être utiles. Elle n’incarne pas une figure d’autorité ; elle incarne le doute noble, celui qui sait ce qu’il a coûté.

Face à elle, Laure Calamy ne se place pas dans l’opposition mais dans la friction. Elle est l’élan, la nervosité, la pensée qui ne se satisfait pas du vertige et continue de chercher une prise.

Son corps parle autant que ses mots : elle avance, recule, relance, comme si penser était un acte physique, presque sportif. Elle remet du mouvement là où tout pourrait s’effondrer dans la gravité.

Ce qui se joue entre elles n’est pas un dialogue classique. C’est une conversation intérieure rendue visible, une oscillation permanente entre fatigue et sursaut, lucidité et désir d’y croire encore.

On n’assiste pas à une démonstration, mais à une mise à nu. Le texte ne cherche pas à convaincre ; il expose. Il accepte les failles, les silences, les zones d’ombre où le courage ne ressemble plus à une vertu héroïque mais à une obstination fragile.

La mise en scène de Jacques Vincey, volontairement épurée, agit comme un révélateur. Rien ne détourne l’attention : pas d’effets, pas de soulignement inutile. Juste la parole, le temps, et cette sensation troublante que le théâtre est devenu un lieu où l’on pense à voix haute.

Il y a dans « La Fin du courage » quelque chose de profondément mélancolique, mais jamais désespéré. Une conscience aiguë de l’épuisement collectif, de la tentation du renoncement, et en même temps cette idée tenace que le courage n’est peut-être pas mort — qu’il a simplement changé de visage.

Qu’il réside désormais dans le fait de ne pas détourner le regard, de rester présent quand tout incite à se retirer. On sort du spectacle un peu plus questionné, un peu plus attentif. « La Fin du courage » ne dit pas comment être courageux. Elle pose une question plus vertigineuse encore : qu’est-ce que cela coûte de ne plus l’être ?

 Dates : du 17 janvier au 8 mars 2026 – Lieu : Théâtre de l’Atelier (Paris)
Mise en scène : Jacques Vincey

NOS NOTES ...
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu des actrices
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.
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