
[BD] La Vie Mélodie, de Jérôme Derache & Fabio Lai (Bamboo)

Trente kilomètres. Une demi-heure de voiture, une distance qu’un adulte ne remarque même pas. À l’âge de Mélodie, c’est un exil. Jérôme Derache et Fabio Lai ouvrent La Vie Mélodie sur ce chiffre dérisoire et sur tout ce qu’il emporte : une maison, une chambre, une meilleure amie. Bamboo publie l’album le 26 août 2026 en histoire complète, 72 pages, rangé dans sa collection Humour et vendu comme la romance adolescente de l’été. L’étiquette n’est pas fausse. Elle est étroite. Sous le vernis pastel, il y a un divorce, un déménagement subi, et une gamine qui choisit de tomber amoureuse parce que c’est encore le geste le moins coûteux.
Trente kilomètres et tout le reste
Le scénario ne s’embarrasse pas d’un préambule. Quand on rencontre Mélodie, la séparation a eu lieu, les cartons sont défaits, le mal est fait. Sa meilleure amie Shania est restée de l’autre côté de ces trente kilomètres, ce qui, dans la géographie affective d’une ado, revient à un autre continent — et le téléphone n’y change pas grand-chose. À la maison, le copain de sa mère a pris ses quartiers ; elle l’a surnommé le Scotch, ce qui dit assez sa capacité à se décoller. Le petit frère, Tim, colle lui aussi, avec l’obstination des cadets qui n’ont pas encore compris qu’on peut être de trop. Et la voisine du dessus se croit toujours institutrice.
Derache travaille par touches courtes. Trois répliques plutôt qu’une page d’introspection, un gag pour amortir une scène qui menaçait de peser. C’est son terrain d’origine — Les Cancres, Les Astromômes, Enfin l’école — et il a appris à faire entrer les sujets lourds par la porte de service. Le divorce n’est jamais expliqué. Il se voit dans un carton mal rangé.
Cinq secondes, et le reste est du roman
Puis arrive le skateur. Il s’appelle Arnaud, il est blond, il sourit. Cinq secondes chrono. De ces cinq secondes, Mélodie tire une histoire complète, avec ses épisodes, ses signes à interpréter et ses rebondissements imaginaires — d’autant qu’Arnaud habite l’immeuble d’en face et qu’un balcon suffit à entretenir le feu. C’est là que l’album devient intéressant. Derache et Lai suivent moins une romance que sa fabrication, par quelqu’un qui en a besoin.
Le meilleur arrive à la fin, et tient à un détail posé très tôt : Mélodie dessine. Bien. Elle finit par mettre sa propre histoire en bande dessinée, et le livre se replie sur lui-même sans lourdeur. Les deux chroniques françaises parues à ce jour, chez avoir-alire et Ligne Claire, s’accordent sur ce point : c’est cette trouvaille finale qui fait passer l’album de l’aimable au mémorable. On souscrit.
Fabio Lai, un trait sorti du storyboard
Le dessin est signé Fabio Lai, né à Florence en 1976, passé par Stranemani — le plus gros studio d’animation italien — comme animateur, storyboardeur et character designer avant de venir à la bande dessinée. Depuis 2004, on le trouve surtout du côté de l’humour : Les Guides junior chez Vents d’Ouest, Motards à jamais et Les blagues du rail chez Delcourt. Ça se voit, et c’est tant mieux. Ses personnages ne posent pas. Une case de dépit chez Mélodie vaut trois bulles d’explication.
La couleur, dont il se charge lui-même, joue en sourdine : teintes tièdes pour la nouvelle ville, lumière franchement estivale dès qu’Arnaud entre dans le champ. Le découpage respire et laisse la place aux temps morts — l’essentiel, dans une chronique adolescente.
Où ranger Mélodie dans un rayon encombré
Le segment ado est saturé, et Bamboo y avance depuis des années avec des séries au long cours. La Vie Mélodie tranche par sa forme : 72 pages refermées, sans promesse de suite. Ce choix a un prix. Le Scotch, plus riche qu’il n’en a l’air, aurait mérité vingt planches de plus, et la brouille avec Shania se règle vite. Surtout, l’album vise ses treize ans avec une précision qui laisse peu de marge : un lecteur adulte en fera le tour sans effort et sans surprise.
Reste un album juste, drôle par endroits, qui ne prend jamais ses lecteurs pour des imbéciles. Derache sait faire tout autre chose — il a adapté Gravé dans le sable de Michel Bussi chez Philéas en 2020, avec Cédric Fernandez au dessin, on est loin du même rayon —, et il trouve ici un équilibre qui lui va bien. Une romance d’été, oui. Avec un divorce dedans, et une héroïne qui finit par transformer son chagrin en planches.
📖 Résumé de l’éditeur
La romance adolescente de l’été 2026 ! Depuis le divorce de ses parents, Mélodie a tout perdu : sa maison, sa meilleure amie Shania… et sa bonne humeur. La voilà coincée dans une nouvelle ville à l’autre bout du monde (30 kilomètres, c’est le bout du monde quand on est ado), avec un beau-père collant et un petit frère crampon. Pour Mélodie, tout ça ressemble de plus en plus à l’enfer… jusqu’à cette rencontre. Un skateur, un sourire — et tout bascule. Avec lui, c’est sûr, la vie serait bien plus belle. Pourtant, elle ne l’a vu que cinq secondes. Cinq secondes, c’est pas grand-chose. Mais c’est bien assez pour un coup de foudre.
📚 Fiche éditeur
| Scénario | Jérôme Derache |
| Dessin et couleurs | Fabio Lai |
| Éditeur | Bamboo Édition — collection Humour |
| Date de sortie | 26 août 2026 |
| Prix | 15,90 € |
| EAN | 9791041112111 |
| Pagination | 72 pages |
| Format | Album cartonné, 222 × 298 mm, couleurs — histoire complète |