
[BD] Lili, toujours debout, jusqu’au bout ! – De Ravensbrück à Bergen-Belsen, de Lili Leignel & Boris Golzio (Glénat)

Avec Lili, toujours debout, jusqu’au bout ! – De Ravensbrück à Bergen-Belsen, Glénat publie un album d’une intensité rare, fondé sur l’histoire vraie de Lili Keller-Rosenberg, déportée enfant avec sa mère et ses deux frères dans les camps nazis. Le livre s’inscrit dans une démarche de transmission mémorielle essentielle, en redonnant une voix incarnée à une survivante qui, depuis des décennies, ne cesse de témoigner auprès des jeunes générations.
L’album retrace l’arrestation de la famille en 1943, l’internement, la séparation, puis la déportation vers Ravensbrück et Bergen-Belsen. Ce parcours, raconté à hauteur d’enfant, donne au récit une force bouleversante. Il ne s’agit pas seulement de rappeler les faits historiques, mais de faire sentir ce que signifient concrètement la faim, la peur, la maladie, les violences, l’arrachement au père et la lutte acharnée pour survivre dans un système conçu pour détruire.
Ce qui frappe ici, c’est la dignité du projet. L’album ne cherche jamais à dramatiser artificiellement l’horreur : elle s’impose d’elle-même, à travers la précision des faits, la brutalité des situations et la difficulté du retour à la vie après la libération. Car l’un des mérites du livre est aussi de rappeler qu’après les camps, rien ne redevient simple. Il faut réapprendre à vivre, à parler, à habiter le monde, alors même que l’expérience vécue paraît indicible à ceux qui ne l’ont pas traversée.
Le travail de Boris Golzio semble particulièrement juste pour porter une telle parole. Son approche documentaire, déjà remarquée dans d’autres récits liés à la mémoire de la déportation, sert ici un témoignage qui demande à la fois retenue, lisibilité et profondeur humaine. Le dessin paraît guidé par la volonté de transmettre au plus juste, sans spectaculaire inutile, ce qui renforce encore la portée du livre.
Avec Lili, toujours debout, jusqu’au bout !, c’est donc bien plus qu’une bande dessinée historique qui est proposée : c’est une œuvre de mémoire, sobre, nécessaire et profondément émouvante. Un album qui rappelle que derrière l’Histoire se tiennent toujours des visages, des enfances brisées, mais aussi parfois une parole restée debout contre l’oubli.
Extrait de la BD :
Bien que Français car nés en France, mais de parents juifs hongrois, Charlotte Keller et Joseph Rosenberg, Lili (11 ans), Robert (10 ans) et André (3 ans), devenus apatrides suite aux mesures antisémites décrétées par le gouvernement collaborationniste de Vichy, sont arrêtés en octobre 1943, à Roubaix. La famille connaît la prison à Lille, à Bruxelles et une antichambre flamande des camps de concentration nazis, la caserne Dossin. Déportés en Allemagne en décembre 1943, ils sont séparés. Le père, Joseph, est envoyé au camp de Buchenwald, où il sera assassiné ; la mère, Charlotte, et les enfants à celui de Ravensbrück où ils passeront une année de travaux forcés pour la mère, de malnutrition, de maladies et de mauvais traitements pour tous. En février 1944, les Keller-Rosenberg sont envoyés au camp de Bergen-Belsen, un mouroir à ciel ouvert où sévissent les pires violences SS, la famine et une épidémie incontrôlée de typhus. Tous les quatre survivent pourtant. Rentrés seuls en France après la libération du camp par les Britanniques, les enfants passent par le Lutetia, séjournent quelque temps dans une famille d’accueil en région parisienne, puis chez une tante en province. Parce qu’ils sont en très mauvaise santé, ils sont envoyés en préventorium. C’est là que leur mère les retrouve… Brisés, mutiques et absents, il leur faut cependant réapprendre à vivre, mais aussi à se taire, car l’innommable n’est pas compréhensible par ceux qui ne l’ont pas vécu.
| Date de parution : 1 avril 2026 Scénario : Lili Leignel Scénario, dessin, couleurs : Boris Golzio Éditeur : Glénat Collection : 1000 Feuilles Genre : BD Histoire / Roman graphique Format / Pages : 20 x 27,3 cm – 240 pages |
Prix indicatif : 25,00 € EAN : 9782344058800 |