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[BD] Pour seul cortège, d’Alfred, d’après Laurent Gaudé (Delcourt)

Couverture Pour seul cortège Alfred Laurent Gaudé Delcourt [BD] Pour seul cortège, d’Alfred, d’après Laurent Gaudé (Delcourt)

Alexandre s’écroule à Babylone, terrassé par la fièvre, et ses généraux se disputent déjà l’héritage autour de son lit. Un messager remonte des confins de l’Inde vers la ville. Une jeune femme de sang royal, cachée dans un temple, est ramenée auprès de l’homme qui a vaincu son père. Alfred signe seul — scénario, dessin et couleurs — l’adaptation du roman de Laurent Gaudé, 280 pages qui paraissent chez Delcourt dans la collection Mirages le 22 octobre 2026.

Pour seul cortège : la mort d’Alexandre et la curée

Le roman de Gaudé, paru en 2013, n’est pas un roman historique et l’album ne le traite pas comme tel. Le point de départ est un fait attesté — Ptolémée attaque le cortège funéraire d’Alexandre pour s’emparer de sa dépouille et la ramener en Égypte — mais le livre s’installe ailleurs, dans le temps suspendu de l’agonie et dans la trajectoire de ceux qui gravitent autour.

Trois lignes courent en parallèle : le mourant, le messager qui traverse l’espace, la captive qu’on tire de sa retraite. Elles ne se rejoignent pas de la manière qu’on attendrait, et c’est ce décalage qui fait la structure. L’album avance par voix plutôt que par scènes, et il demande au lecteur d’accepter ce régime dès les premières pages.

Deux cent quatre-vingts pages pour une épopée

Le format est exceptionnel pour Alfred, et le livre en tire le meilleur parti. Le roman de Gaudé est court mais porte des durées longues, des marches, des plaines, des silences ; il fallait de la place pour les traduire en images sans les résumer. L’album se donne cette place et n’a pas peur des pages qui ne font qu’installer.

C’est aussi ce qui le rend exigeant. Ce n’est pas un livre qu’on lit distraitement : le récit privilégie la sensation et la voix sur l’action, les repères chronologiques sont lâches, et plusieurs séquences demandent à être relues pour situer qui parle. Le lecteur qui cherche une biographie d’Alexandre se trompera de livre. Celui qui accepte l’épopée y trouvera l’un des ouvrages les plus ambitieux de cette rentrée.

Le dessin d’Alfred : un trait libre et l’aquarelle

Alfred travaille ici plus librement que dans aucun de ses albums précédents. Le trait est nerveux, presque tremblé, cerné d’un encrage épais et volontairement irrégulier ; la couleur est transparente et déborde les contours sans chercher à les respecter. On est du côté de la peinture et de l’esquisse, très loin du réalisme de bande dessinée historique.

La gamme est restreinte et construite sur une opposition simple entre un bleu profond et un orangé chaud, avec beaucoup de blanc laissé en réserve. Ce blanc a une fonction narrative autant que plastique : il isole, il ralentit, il donne aux figures l’espace scénique que le livre revendique. La mise en page est très variable, alternant les pleines pages sans case et les planches en gaufrier serré. C’est superbe, et c’est parfois difficile : la lisibilité passe après l’atmosphère, et quelques séquences se paient d’un moment d’hésitation.

Faut-il lire Pour seul cortège ?

Oui. C’est l’un des plus beaux albums de cette rentrée et un coup de cœur de la rédaction. Il s’adresse aux lecteurs de roman graphique adulte, à ceux qui suivent Alfred depuis Castelmaure, et aux lecteurs de Gaudé curieux de voir son texte passer à l’image. Le récit refuse la narration linéaire et le dessin met l’atmosphère avant la lisibilité, mais l’effort demandé est largement récompensé. Vingt-neuf euros quatre-vingt-quinze pour deux cent quatre-vingts pages dans ce format et avec ce travail : le prix est cohérent.

📖 Résumé de l’éditeur

Alexandre se meurt et son empire se fracasse. Alfred adapte Gaudé et le résultat est flamboyant. Ensemble, ils embrassent le mythe dans un livre fiévreux, épique, inoubliable. Soudain, Alexandre s’écroule, terrassé par la fièvre. Ses généraux se pressent autour de lui et, déjà, se disputent l’héritage. Des confins de l’Inde, un étrange messager se hâte vers Babylone. Et d’un temple éloigné où elle s’est cachée du monde, on tire une jeune femme de sang royal, que le destin appelle auprès de celui qui a vaincu son père.

📚 Fiche éditeur

Scénario, dessin et couleurs Alfred
D’après le roman de Laurent Gaudé
Éditeur Delcourt, collection Mirages
Date de sortie 22 octobre 2026
Prix 29,95 €
EAN 9782413040095
Pagination 280 pages
Format Album cartonné, 220 × 290 mm, couleurs
NOS NOTES ...
Originalité
Scénario
Dessin
Plaisir de lecture
Gaël a créé Publik'Art en 2009. Notaire de formation, il est responsable de la rubrique BD et gère l'administration du site (webmaster). Il vit dans le sud de la France d'où il anime le webzine avec les membres de la rédaction, présente sur la majeure partie de l'hexagone : Paris, Bayonne, Montpellier, Lille, Lyon.
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