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« Casting Lear » : le théâtre pour réparer les pères

"Casting Lear" : le théâtre pour réparer les pères
Casting Lear – Mise en scène Andrea Jiménez Úrsula Martínez (© Bárbara Sánchez Palomero)

« Casting Lear » : le théâtre pour réparer les pères

Et si l’on pouvait choisir son père ?

C’est, au fond, la question vertigineuse qui traverse « Casting Lear », le spectacle d’Andrea Jiménez librement inspiré du Roi Lear de Shakespeare.

Une question intime, presque enfantine, mais dont la metteuse en scène espagnole tire une expérience théâtrale d’une troublante intensité.

Laurent Poitrenaux, un père dans la tempête

Face à elle, Laurent Poitrenaux. Il est Lear. Ou plutôt il le devient sous nos yeux.

Le dispositif est aussi simple que périlleux : l’acteur avance sans avoir répété le rôle, guidé en direct par Andrea Jiménez.

Il découvre, cherche, hésite. Le théâtre se fabrique à vue, avec ses accidents, ses silences et cette possibilité permanente de la chute. Sur le papier, le procédé pourrait avoir quelque chose du gadget.

Sur scène, il devient une machine à fragiliser les certitudes. Et Laurent Poitrenaux est sans doute l’acteur idéal pour cette traversée.

Il possède cette manière si singulière d’habiter l’incertitude. Chez lui, le doute n’est jamais un défaut de jeu mais une matière vivante. Son Lear n’a rien du souverain monumental.

C’est un homme qui se défait. Un corps qui vacille. Un père qui perd peu à peu le pouvoir, la raison et peut-être jusqu’à la possibilité d’être aimé.

Face à lui, Andrea Jiménez brouille les frontières entre Cordélia et elle-même. Shakespeare devient alors affaire de famille.

Derrière Lear apparaît la figure du père réel, celui auquel on n’a peut-être jamais réussi à poser les bonnes questions.

Comment parler à son père ? Comment lui demander ce qui n’a jamais été dit ? Et surtout, peut-on rejouer l’histoire ? C’est là que « Casting Lear » trouve sa plus belle puissance.

Andrea Jiménez ne modernise pas Shakespeare. Elle l’ouvre comme une blessure ancienne. Chaque soir, l’acteur invité vient occuper la place vacante du père. Un père provisoire, de théâtre, auquel on peut enfin parler.

Laurent Poitrenaux accepte cette place avec une fragilité bouleversante. Il ne cherche jamais à dominer le dispositif.

Il s’y abandonne. Son jeu se nourrit de l’inattendu, des flottements, des silences.

Et dans cette dépossession même surgit une étrange vérité. Le théâtre montre ses coutures, mais n’en devient que plus vivant. « Casting Lear » est ainsi bien davantage qu’une relecture ingénieuse de Shakespeare.

C’est une tentative de réparation. Une tentative fragile, évidemment impossible, mais obstinée. Le théâtre ne guérit pas les blessures. Il permet parfois de les rejouer autrement.

Andrea Jiménez convoque donc Lear, Cordélia et Laurent Poitrenaux pour remettre en scène ce que la vie laisse souvent sans réponse : les silences entre un père et sa fille, les mots que l’on attend, ceux que l’on ne prononce jamais.

Et l’acteur, magnifique dans cette traversée sans filet, devient pour un soir ce père impossible. Un roi sans royaume. Un homme qui vacille. Et peut-être, enfin, quelqu’un à qui parler.

Dates : du 10 au 18 septembre 2026 – Lieu : Les Abbesses – Théâtre de la Ville (Paris)
 Texte et idée originale : Andrea Jiménez

NOS NOTES ...
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu des acteurs
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.
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