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Un « Eugène Onéguine » à hauteur d’âme à l’Opéra Garnier

Un "Eugène Onéguine" à hauteur d’âme à l'Opéra Garnier
Photo Guergana Damianova/OnP

Un « Eugène Onéguine » à hauteur d’âme à l’Opéra Garnier

Il y a, dans l’ « Eugène Onéguine » mis en scène par Ralph Fiennes, une élégance qui frappe d’emblée. Rien ici ne cherche à forcer le sens ni à tordre l’œuvre pour l’actualiser à coups de concepts revisités.

Le metteur en scène avance à pas feutrés, presque en lecteur amoureux, préférant écouter Tchaïkovski et Pouchkine plutôt que leur répondre. Cette modestie apparente est précisément ce qui donne à la proposition sa force.

Le plateau, d’une épure totale, déroule un paysage mental plus qu’un décor narratif : quelques bouleaux, la neige qui tombe comme un souvenir persistant, et cette lumière qui semble venir de la mémoire elle-même.

On pourrait craindre le déjà-vu, mais Fiennes évite le piège du pittoresque en investissant chaque scène d’une tension intérieure et sensorielle.

Son vrai geste de metteur en scène d’une inspiration aussi littéraire que cinématographique, est avant tout humain. Tout se joue dans le sensoriel, les regards, les silences, les corps qui hésitent.

Une mélancolie slave à l’oeuvre

Fiennes y excelle : il filme presque le théâtre, cherchant ce qui affleure entre les mots, ce que la musique seule ne peut dire.

Face à elle, Onéguine n’est ni monstre ni simple dandy cynique. Il est cet homme trop lucide trop tôt, incapable de croire à ce qui lui est offert, et condamné à le comprendre trop tard.

La relation avec Lenski, traitée avec une délicatesse presque douloureuse, donne au duel une violence d’autant plus insoutenable qu’elle paraît absurde. Rien n’est surligné, tout est inexorable.

Dans la fosse, l’orchestre dirigé par Semyon Bychkov est guidé par la scène. La direction musicale épouse à merveille les élans et les replis du drame, laissant la partition se déployer sans lourdeur, avec une ferveur maîtrisée, presque fraternelle.

On sent une écoute mutuelle entre plateau et pupitre, une circulation dense qui donne à l’ensemble une cohérence rare.

La distribution, dépourvue de clinquant inutile, sert l’œuvre avec intelligence. Les voix semblent choisies pour ce qu’elles racontent plus que pour ce qu’elles impressionnent.

Tatiana (Ruzan Mantashyan) lumineuse sans affectation, déploie un soprano finement ciselé, à la ligne souple et à la projection maîtrisée, capable de passer de la ferveur adolescente à la noblesse intérieure sans jamais durcir le timbre.

Son chant semble toujours naître d’une nécessité intérieure, porté par une diction soignée qui rend chaque inflexion expressive.

Lenski (Bogdan Volkov) d’une sensibilité à fleur de peau impressionne, capable de suspendre le temps avant la catastrophe : autant de choix qui renforcent l’émotion sans jamais la forcer.

Bouleversant de sincérité, il offre une incarnation vocale d’une grande intensité poétique : le phrasé est long, habité, et la couleur du timbre, chaleureuse et solaire, enveloppe l’air d’adieu d’une mélancolie presque suspendue.

Quant à Onéguine (Boris Pinkhasovich) loin de toute froideur monolithique, il impose une voix au grain dense, élégamment contenue, où les élans retenus disent plus que les éclats.

Autour de ce trio central, les rôles secondaires se distinguent par leur précision et leur engagement, contribuant à cette impression précieuse d’un ensemble soudé, au service du drame plutôt que de la démonstration vocale.

C’est dans cette haute tenue collective, faite d’écoute et de respiration commune, que la musique de Tchaïkovski trouve ici l’un de ses plus beaux prolongements scéniques.

Les costumes et les mouvements chorégraphiques complètent cet univers avec un sens aigu de la mesure. Rien n’est décoratif pour le plaisir de l’être : tout participe à cette impression de beauté fragile, comme si l’opéra entier était construit sur le fil du souvenir et sa remémoration.

Cet Eugène Onéguine ne cherche pas à réinventer l’œuvre, et c’est précisément ce qui le rend précieux. Ralph Fiennes signe une mise en scène subtile et inspirée, qui croit encore que la sobriété, lorsqu’elle est habitée, se révèle profondément bouleversante.

Dates : du 26 janvier au 27 février 2026 et sur France TV le 9 février à 19h55 en direct en  eb – Lieu : Opéra Garnier (Paris)
Mise en scène : Ralph Fiennes

NOS NOTES ...
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Plateau vocal
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.
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