Aubrey Beardsley (1872-1898) et Léon Spilliaert (1881-1946) sont deux artistes aux graphismes remplis d’obscurité et de lumière. Le premier disparait à seulement 25 ans en laissant derrière lui plus de 1000 dessins et une période dans les années 1890 à Londres intitulée Beardsley Period. Le second est appelé l’homme des solitudes inquiétantes, des perspectives infinies, entre interrogations métaphysiques et culture flamande, ses peintures déroutent avec des œuvres inclassables, inventant un symbolisme de la nuit intérieure qui marque l’art belge. Les deux expositions sont à découvrir au Musée d’Orsay à partir du 13 octobre 2020 jusqu’au 10 janvier 2021.

Aubrey Beardsley, des dessins toujours modernes

Aubrey Beardsley a tout de suite su qu’il disparaitrait tôt du fait d’une maladie diagnostiquée dès son jeune âge. Quand il décède à l’âge de vingt-cinq ans, il est en pleine ascension et ses œuvres sont largement diffusées de son vivant, très présent sur la scène londonienne des années 1890. Cette exposition est la première en France consacrée à cet artiste original, d’une folle modernité, beaucoup y sentiront notamment son indéniable influence sur les auteurs de BD actuels. La dernière exposition d’importance à son sujet en Europe remonte à 1966 au Victoria & Albert Museum. L’illustration de La Mort d’Arthur de Thomas Malory est sa première commande d’importance, il la réalise à 20 ans. Il produit ensuite des œuvres pour des revues, des recueils, de la poésie et des romans jusqu’à collaborer avec Oscar Wilde pour son œuvre Salomé, d’où quelques problèmes lorsque le 25 mai 1895, l’auteur se vit condamné à deux ans de travaux forcés et emprisonné le soir même, cette affaire juridique posera par ricochet quelques soucis au dessinateur. L’univers de Beardsley est étrange et à la limite de l’ésotérique, de l’érotique aussi, il marque l’époque fin de siècle londonienne avec ses dessins audacieux et anticonformistes. Son style est très reconnaissable et reste d’une surprenante modernité aujourd’hui. De ses premières réalisations publiées en 1891 jusqu’à ses dernières œuvres en 1898, l’exposition brosse un portrait très large en reprenant un parcours qui également présenté à la Tate Britain.

Leaon Spilliaert, entre symbolisme et inquiétude

Léon Spilliaert s’est nourri des œuvres d’Odilon Redon ou James Ensor ainsi que des écrits d’Emile Verhaeren et Maurice Maeterlinck. Ses visages hallucinés en font un des maitres de l’expressionnisme alors que ses paysages épurés sont précurseurs du minimalisme. L’artiste belge a fréquenté le milieu du symbolisme belge et ses influences vont de Edvard Munch à Fernand Khnopff. L’exposition est la première en France depuis près de 40 ans à se concentre sur les années 1900 à 1919, les plus foisonnantes de Spilliaert, avec quelques unes de ses œuvres les plus radicales. Sa peinture est caractérisée par une mélancolie omniprésente, même dans les larges paysages qu’il immortalise, notamment les nombreuses plages et étendues maritimes. Ses autoportraits jouent avec les ombres et une lumière en clair-obscur qui accentue encore un peu plus les traits. Certaines de ses œuvres se rapprochent de l’abstraction avec des structures géométriques qui visent à l’épure et à la simplification. Né à Ostende, la ville lui a fournit un inépuisable terreau pour son inspiration. La cité balnéaire compte de nombreuses plages où il a pu trainer son spleen pour une ambiance cauchemardesque ressentie à la vision de certaines des peintures.

Ces deux expositions débutent le 13 octobre au Musée d’Orsay pour une plongée dans une époque en noir et blanc, pas si colorée que ça et surtout ultra mélancolique. Les deux artistes ne sont pas si connus que ça mais méritent le détour pour des variations qui interpellent.

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