adieu-au-langage-

Sortie : le 21 mai 2014

Durée : 1h10

Prix du Jury à Cannes (ex-aecquo)

Avec :  Zoé Bruneau, Héloïse Godet, Kamel Abdelli

 

« A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles »

Ce sont là les voyelles d’Arthur Rimbaud. Travail visuel de la lettre, haillons du récit … ce qu’a écrit le jeune poète frappe aussi à la vision d’Adieu au langage, le dernier film du maestro Jean-Luc Godard.

[pull_quote_left] Je cherche de la pauvreté dans le langage. [/pull_quote_left]

Son nom seul est une signature, et vaut le détour. Le vieux de la Vague, l’intello anciennement tendance maoïste, puis l’exilé trublion réalise depuis deux décennies des films coup de poing à l’hermétisme certain (en vrac : Eloge de l’amour, Notre musique, Film Socialisme) quelque peu déroutants pour quiconque n’a qu’en tête Le Mépris ou Pierrot le fou, pourtant eux-aussi porteurs de chaos dans leurs formes et leurs langage.

Dans Adieu au Langage, le propos tient en quelques phrases, écrite par Godard himself :

“Une femme mariée et un homme libre se rencontrent. Ils s’aiment, se disputent, les coups pleuvent. Un chien erre entre ville et campagne. Les saisons passent. L’homme et la femme se retrouvent. Le chien se trouve entre eux. L’autre est dans l’un. L’un est dans l’autre. Et ce sont les trois personnes. L’ancien mari fait tout exploser. Un deuxième film commence. Le même que le premier. Et pourtant pas. De l’espèce humaine on passe à la métaphore. Ca finira par des aboiements. Et des cris de bébé.”

 

adieu au langage

(c) Wild Bunch

Lettre d’un voyant, pamphlet humaniste ou au contraire ultra cynique… délicat d’aborder un film de Godard, comme si aucune interprétation n’était plus valable qu’une autre.

Dans Adieu au langage, la surprise tient des effets et la migration des images mis en oeuvre. Certainement que le film, s’il n’était pas signé JLG, n’aurait pas été distribué. Alors, sans aller dans l’étude pure de ces propositions (ce qui prendrait un siècle), retenons la violence de ces enchainements. Godard brouille toutes les pistes possibles, visuelles et sonores : les multiples références deviennent ses propres mots, les images d’archives et d’anciens films sont à égalité du film lui-même. Plus une oeuvre totale qu’un film, Adieu au langage fait preuve d’un lyrisme anarchique.

De ce film, on retient surtout un chien, Roxi, seul ‘’personnage’’ filmé avec énormément d’amour, comme représentatif d’un être absous de tout, des contraintes et des conventions.

C’est sans doute là la magie du cinéaste : une idée, une image, un son chacun retiendra ce dont il a envie mais surtout Godard fait ce qu’il lui plait. En effet le film est tantôt poétique, philosophique, scatologique, aveuglant et assourdissant.

Finalement ce qui reste après la vision de ce mix étrange, c’est la sensation d’avoir vécu un pur moment de cinéma.

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