Angélus des ogres de Laurent Pépin aux éditions Flatland, la suite des pérégrinations psychiatriques d’un psychologue tombé hors de ce monde


Après le premier tome Monstrueuse féérie, voici la suite des turpitudes d’un psychologue au cœur d’un quotidien tourmenté. Toujours proche de la nouvelle augmentée avec ses 101 pages, Angélus des ogres ouvre une lucarne sur un environnement psychiatrique où les patients (les monuments, toujours) ne sont plus poussés à explorer leur folie, la nouvelle méthode plus classique cherche au contraire à les sevrer de leurs penchants très personnels pour chercher à les rapprocher de la norme sociétale. Le narrateur est aux prises avec la même dissociation de la réalité, floutant d’autant la différence entre lui et les fous qui l’entourent…

Une plongée en eaux troubles

Monstrueuse féérie partait du principe que le personnage principal, narrateur psychologue, côtoyait les patients avec un certain recul, nonobstant ses troubles familiaux qui le faisaient dériver dans un univers onirique bien particulier. Angélus des ogres quitte peu à peu le monde féérique pour une plongée plus abrupte dans une réalité où ce narrateur se retrouve de plus en plus piégé, jusqu’au twist final qui en dit encore un peu plus sur la réalité de son état. L’auteur continue à tisser un univers atypique où le lecteur peut larguer les amarres pour se laisser lentement dériver. Les normes habituelles n’ont plus cours avec l’invention de concepts comme les traits unaires, et comme les personnages principaux ressemblent à des membres du personnel médical tombés à la dérive. Comme si les concepts psychiatriques ne suffisaient pas, étaient trop normés pour s’appliquer à chacun et qu’il fallait laisser la parole aux différents pour connaitre (ou reconnaitre) leur univers sans les normer avec trop d’insistance. Le narrateur partage son existence avec une patiente, comme pour bien montrer qu’il embrasse la cause de fous, non pour les soigner et les défigurer psychologiquement, il fait une partie du chemin pour reconnaitre la spécificité de ceux qui vivent dans leur univers. De là à penser que l’univers du narrateur est lui-même singulier, le lecteur a pu le constater depuis la lecture de Monstrueuse Féérie!

Edités dans une petite structure associative, le second ouvrage comme le premier sont des propositions différentes, hors des sentiers battus habituels, il faut lâcher prise pour se familiariser avec un univers fragmenté, entre psychiatrie et poésie.

Synopsis: J’habitais dans le service pour patients volubiles depuis ma décompensation poétique. Au fond, je crois avoir toujours su que cela se terminerait ainsi. Peut-être parce qu’il s’agissait du dernier lieu susceptible d’abriter une humanité qui ne soit pas encore réduite à une pensée filtrée suivant les normes d’hygiène. Ou plus simplement, parce qu’il n’y avait plus de place ailleurs dans le monde pour un personnage de conte de fées. Je dois pourtant reconnaître qu’il n’y avait rien eu de féerique dans les évènements qui avaient présidé à mon admission : ma rencontre amoureuse avec une Elfe avait terriblement mal tourné, et les Monstres de mon enfance en avaient profité pour ressurgir. Je m’étais retrouvé plongé à nouveau dans le désert de ma venue au monde, un monde étranger et dangereux, où je ne savais pas bâtir. Sur ma langue desséchée, les mots mouraient ou devenaient fous. Parfois, même, mon corps se déchirait, sans savoir pourquoi.

Editeur: Flatland éditeur / collection La Tangente

Auteur: Laurent Pépin

Nombre de pages / Prix: 101 pages / 8,50 euros

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