Azizam dresse un portrait hyper réaliste de l’Iran d’aujourd’hui. 3 enfants se déchirent à la mort de leur mère pour récupérer la meilleur part d’un héritage inespéré. Le père veuf est désemparé par l’attitude belliqueuse de ses enfants. Gelsomino et Valeria Guffanti en profitent pour montrer en arrière plan un pays évolué aux mœurs loin d’être différentes des nôtres, avec surtout les mêmes travers. Rivalités, cupidité, égoïsme, le plus difficile est de sauvegarder des liens familiaux rendus fragiles par les caprices de chacun. Azizam (Charmant, cher en persan) est une BD douce amère entre Comedia del Arte et Santa Barbara pour un moment de lecture entre rire et réflexion.

Une BD loin des stéréotypes

L’Iran est synonyme pour beaucoup d’islamisme radical, de menace géopolitique et d’obscurantisme. Le cinéma montre souvent des facettes méconnues de ce pays où les habitants rencontrent souvent les mêmes problèmes que les occidentaux. Problèmes d’argent, rancœurs familiales, égoïsme, les travers sont universels comme le montre très bien la BD Azizam. La fratrie se déchire à la mort de la matriarche, les complots se trament entre frères pour isoler la sœur pendant que le père ne sait pas comment unir à nouveau les membres de ma famille déchirée. Le script rappelle tant de films italiens des années 50 ou 60 avec des tons de comédie piquante, avec toujours l’espoir que chacun mette finalement de l’eau dans son vin pour réunir tout le monde. C’est ici un peu plus compliqué, la loi islamique donne un droit supérieur à l’ainé en cas d’héritage, pipant les dés et portant les germes de la discorde. La BD évoque aussi le temps ancien où les mollahs n’étaient pas encore au pouvoir, avec les espoirs de libération de la femme et de mœurs progressistes que l’instauration de la charia a annihilé. C’est aussi l’éternelle incompréhension des enfants envers leurs parents qui est pointée du doigt pour une réflexion jamais moralisatrice sur la difficulté d’élever une famille. Les dessins très dynamiques de Valeria Guffanti rappellent certains mangas pour une modernité rafraichissante qui abolit les distances et permet de souligner la grande empathie créée par le scénario de Gelsomino.

Azizam dresse un pont rempli de bienveillance entre orient et occident pour montrer que les familles rencontrent les mêmes problèmes partout dans le monde quels que soient les langues et les cultures. Azizam est un moment de lecture touchant qui vise à souligner le meilleur en chacun de nous pour combattre les rancœurs familiales stériles et inutiles.

Synopsis: Téhéran. A la mort de sa femme, Amir et ses trois enfants : Shirin, Reza et Mohammad découvrent que celle-ci a légué un véritable trésor dont nul n’avait connaissance : un terrain agricole de trois hectares. Si les garçons héritent de la plus grosse part du gâteau, comme le veut la loi iranienne, Shirin découvre quant à elle que sa part contient un trésor inestimable : un noyer. S’ensuit une querelle entre la soeur et ses deux frères jaloux qui n’auront de cesse d’essayer de récupérer cette parcelle de terrain et son arbre tant convoités. Face à cela Amir, se retrouve désemparé face à des enfants qu’il ne reconnait plus. Avec Azizam, Gelsomino et Valeria Guffanti dressent avec sensibilité et humour le tableau d’une famille iranienne, bien loin des éternels stéréotypes. Un récit au croisement des cultures et à la portée universelle.

Editeur: La Boite à Bulles

Auteurs: Valeria Guffanti (dessin) / Gelsomino (scénario)

Nombre de pages / Prix: 96 pages / 17 euros

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