[BD] Ohio – La Belle Rivière, T3, de Fred Duval & Brada (Delcourt)
Sur les eaux dangereuses de l’Ohio, Jacques de Lestac escorte la famille La Tour vers la Pennsylvanie sans oser révéler à Marie qu’elle est sa fille. Pourchassée par les Algonquins, Loutre tente de survivre avec les enfants et de rejoindre l’équipage tandis que la guerre fait rage sur les rives ; elle croise le père Lassalle et lui confie les enfants dans l’espoir de les mettre à l’abri. Fred Duval au scénario et Brada au dessin referment ici leur triptyque, avec les couleurs d’Elvire De Cock. Delcourt publie ce troisième tome de 56 pages le 24 septembre 2026 dans sa collection Conquistador.
Ohio T3 : la descente du fleuve et la dispersion des familles
Le dernier volet resserre le récit sur deux trajectoires qui s’éloignent. D’un côté la remontée vers la Pennsylvanie, avec un secret de filiation que Lestac ne parvient pas à dire ; de l’autre la fuite de Loutre, poursuivie, chargée d’enfants, contrainte de s’en séparer pour les sauver. Le fleuve reste le fil du récit depuis le premier tome, et il sert ici à séparer les personnages.
La série a construit son sujet autour des nations iroquoises et de leurs ennemis hurons-wendats et algonquins, prises dans un conflit franco-anglais qui n’est pas le leur. Ce troisième tome en tire la conséquence : ceux qui avaient choisi de se tenir à l’écart n’ont plus nulle part où aller. Duval mène cette conclusion en suivant des gestes concrets, confier un enfant, franchir une rive.
Fred Duval et la guerre de Sept Ans vue depuis les victimes
Le parti pris de la série tient dans son angle. La guerre de Sept Ans est racontée depuis ceux qui la subissent, et la documentation historique sert à restituer une vie quotidienne plutôt qu’à aligner des batailles. Le récit ne cherche pas le spectaculaire.
Cinquante-six pages pour refermer trois fils narratifs, c’est peu, et la conclusion risque l’encombrement. La série a pris l’habitude de faire circuler beaucoup de personnages, et le lecteur qui n’a pas relu les deux premiers tomes peinera à replacer chacun. Ce volume se lit comme la fin d’un ensemble et ne se tient pas seul.
Le père Lassalle occupe dans ce tome une position qui mérite attention. Loutre lui confie les enfants parce qu’elle n’a plus d’autre solution, et l’album place ainsi un religieux européen au point exact où le destin d’enfants iroquois se décide. La série a jusqu’ici évité de distribuer les rôles entre bons et mauvais colons, et cette scène se lit aussi bien comme un sauvetage que comme une dépossession. Duval ne tranche pas à la place du lecteur, et cette retenue fait la valeur de la série.
Le dessin de Brada et les couleurs d’Elvire De Cock
Brada travaille un réalisme encré, avec un trait documenté sur les costumes, les armes et les embarcations. Les couleurs d’Elvire De Cock font le choix fort de l’album : des scènes entières traitées en camaïeu de rouge, où seules les silhouettes se détachent en noir. La couleur signale la violence de la scène avant que le dessin ne la montre.
Faut-il lire Ohio – La Belle Rivière T03 ?
Le triptyque tient ses promesses et mérite d’être lu en entier. La documentation est solide, les personnages ne servent pas de porte-parole et l’angle reste rare en BD historique. Ce troisième tome conclut avec la sécheresse nécessaire et la partie graphique, en particulier le travail de la couleur, porte l’ensemble. On lui reprochera une pagination courte au regard du nombre de fils à refermer, et une lecture qui suppose de connaître les deux premiers volumes. Ceux qui découvrent la série ont intérêt à commencer par le premier tome.
Fred Duval a déjà été chroniqué sur Publik’Art avec Hurlevent T2 et Jour J T42, ce dernier déjà dessiné par Brada, ainsi qu’avec Jeremiah Johnson, autre récit de frontière américaine.
📖 Résumé de l’éditeur
Sur les eaux dangereuses de l’Ohio, Jacques de Lestac escorte la famille La Tour vers la Pennsylvanie, sans oser révéler à Marie qu’elle est sa fille. Pourchassée par les Algonquins, Loutre tente de survivre avec les enfants et de rejoindre l’équipage, tandis que la guerre fait rage sur les rives de l’Ohio. Elle croise le père Lassalle et lui confie les enfants, dans l’espoir de les mettre à l’abri.