
[BD] This Is London Calling, de Caryl Férey & Alex Mach (Glénat)

Un cartouche, une date : « 1932, salon d’aviation du Bourget ». Dessous, une vue plongeante sur les hangars alignés, la foule tassée derrière les barrières, quatre biplans qui rasent le terrain en laissant des traînées blanches. Caryl Férey et Alex Mach ouvrent This Is London Calling sur un ciel encombré avant de montrer leur héroïne : une gamine en veste de cirque rouge et casque de cuir, un chiot serré contre elle, le doigt pointé vers un appareil. « Papa, regarde, c’est Jean ! » Jean, c’est Mermoz. Cent soixante-huit pages parues le 10 septembre 2026 chez Glénat, pour raconter comment cette gamine-là finira dans un cockpit de la Royal Air Force sous une identité d’emprunt.
Le Bourget 1932, une promesse et un chiot
Le père de Louise dirige le cirque Kavinsky et porte encore sa veste à brandebourgs sur le champ d’aviation. Quand sa fille jure qu’elle volera, il ne la contredit pas : sa mère domptait les lions, « les chats ne font pas des chiens ». Un père qui encourage, c’est déjà un pas de côté par rapport au synopsis attendu. La gifle vient d’ailleurs. Louise traverse le terrain en courant, rattrape son idole entre deux hangars, lui débite sa vocation d’une traite — et Mermoz, débonnaire, lui répond que pilote est un métier d’homme, « et tu es une fille, non ? ». Puis, mi-figue : « Commence par apprendre la mécanique. » Férey pose là, sans la souligner, la phrase qui organisera tout le livre. Louise a baptisé son chiot Jeannot, en l’honneur du grand homme. Elle retiendra surtout le conseil.
La roulotte, le cambouis, le cirque qui coule
Les meilleures pages de ce début d’album ne volent pas. Une nuit de campement, cadrée en trois cases : un cafard sur les pavés, un éléphant qu’on douche à grande eau, la roulotte du cirque Kavinsky éclairée au pétrole sous les fanions, une grande roue et la tour Eiffel au fond. À l’intérieur, la veste rouge pend à son crochet, des planches d’avions sont punaisées près de la couchette, le portrait de la mère veille sur la table. Le père fait ses comptes en marcel et tranche : l’argent va aux animaux, pas à « ces enfantillages ». Alors Louise démonte une guimbarde rouillée au bord du terrain, puis pousse la porte d’un garage de quartier où l’accueil est à l’avenant — « apprendre la mécanique à une fille ?! Et pourquoi pas à ton chien ?! ». Elle emporte le morceau en proposant de travailler sans être payée. C’est concret, c’est enlevé, et ça installe un personnage autrement mieux que ne le ferait un discours.
Alex Mach, le métal et la lumière
Derrière le pseudonyme, Alejandro Macho Andrès, dessinateur espagnol passé par La Honte et l’oubli et Féroce avec Gregorio Muro Harriet. Son affaire, c’est le réalisme documenté : ses avions sont des machines, capots, haubans, cocardes, pas des silhouettes décoratives. Les foules aussi tiennent debout, ce qui est plus rare. Le vrai travail est ailleurs, dans la couleur de Garluk Aguirre : bleus nocturnes sur le campement, ocres de lampe à pétrole dans la roulotte, gris verdâtre sur le pavé parisien. Le découpage, lui, reste très sage — bandeaux larges, pleines pages d’ouverture, lecture sans accroc. On aimerait parfois que ça cogne davantage.
Le roman avant l’Histoire
Une séquence décale le livre de l’aventure aéronautique : 1934, boulevard des Italiens, les ligues défilent drapeaux en tête, on entend « mort aux voleurs », « halte au péril rouge », un slogan antisémite jeté dans la foule, et un coup de feu part. Férey n’a pas quitté le polar par hasard : ses romans tiennent d’abord à un territoire et à sa violence, de Zulu à Paz, et ses bandes dessinées chez Glénat — Sangoma, Islander — fonctionnaient déjà ainsi. La France des années trente lui offre le même terrain.
Reste la promesse de la quatrième de couverture, « l’histoire vraie d’une génération sacrifiée », qui appelle une nuance. Des femmes ont piloté pendant la guerre, en particulier dans l’Air Transport Auxiliary britannique, mais elles convoyaient les appareils d’une base à l’autre ; le combat leur était fermé. Une Française travestie en garçon dans une escadrille de chasse relève donc du romanesque pur, et l’album n’y perdrait rien à le revendiquer. C’est d’ailleurs sur ce point que les premières chroniques se sont braquées, quand elles s’accordent par ailleurs sur la qualité du trait. On y va pour Louise, pour le cambouis et pour les avions de Mach. Pas pour le cours d’histoire.
📖 Résumé de l’éditeur
Vivre libre ou mourir. En 1940, la trajectoire incandescente d’une acrobate devenue pilote dans la RAF pour assouvir son rêve et venger sa famille. France, 1936. Garçon manqué, acrobate et mécanicienne hors pair, Louise n’a qu’un rêve : devenir aviatrice. Mais voler est un privilège d’hommes et au Cirque Kavinsky où elle grandit, son père tempère ses ardeurs. Suivant les conseils de son héros, Mermoz, Louise parvient à ses fins quand la guerre éclate. Dans le chaos de la débâcle, Louise perd tout, sauf l’envie d’en découdre avec ceux qui ont volé son pays et massacré sa famille. C’est sous les traits d’un jeune homme qu’elle traverse la Manche pour s’engager dans la Royal Air Force.
📚 Fiche éditeur
| Scénario | Caryl Férey |
| Dessin | Alex Mach |
| Couleurs | Garluk Aguirre |
| Éditeur | Glénat |
| Date de sortie | 10 septembre 2026 |
| Prix | 26,00 € |
| EAN | 9782344052044 |
| Pagination | 168 pages |
| Format | Album cartonné, 240 × 320 mm, couleurs |