Chicago le musical : quand l’orchestre mène le jeu au Casino de Paris
Dans cette version française fidèle à la matrice de Bob Fosse, le spectacle choisit la ligne claire plutôt que la démesure : une esthétique noire et blanche, coupante comme un verdict, où chaque geste devient preuve, chaque silence une stratégie.
Le minimalisme revendiqué — décors réduits, orchestre exposé, lumière rasante — n’est pas une économie mais une déclaration. Ici, tout repose sur la précision.
Et elle est redoutable. Cette sobriété, déjà constitutive du spectacle, trouve au Casino de Paris un écrin presque paradoxal : une salle qui appelle le spectaculaire, mais où triomphe finalement l’art de la découpe.
Jazz et astre noir
Le jazz, omniprésent, ne commente pas l’action : il la manipule. Il est le véritable avocat de ces criminelles en strass, celui qui retourne les évidences et maquille la vérité.
La troupe, d’une précision quasi chirurgicale, épouse la grammaire fossienne avec une rigueur qui confine à l’obsession. Les chorégraphies, anguleuses, syncopées, semblent écrire dans l’air une partition morale : tout est affaire de contrôle, de tension, de désir retenu.
Au centre, Roxie et Velma ne sont plus seulement des figures : elles deviennent des surfaces de projection. L’une brûle d’exister, l’autre calcule sa survie — deux formes de célébrité, également toxiques.
La distribution actuelle, dominée par une Roxie nerveuse et une Velma tranchante, joue moins la séduction que l’ambiguïté.
On pourrait croire à un divertissement parfaitement huilé — il l’est. Mais quelque chose grince, volontairement.
Un orchestre en diable
Sous le vernis des numéros iconiques (All That Jazz, Cell Block Tango), perce une satire d’une actualité presque gênante : manipulation médiatique, justice spectacle, fabrique du scandale. L’histoire, née des années 1920, continue de dialoguer avec notre présent comme une chronique judiciaire sans fin.
À cette mécanique s’ajoute un vertige supplémentaire : celui de l’orchestre en live, installé sur scène comme un cœur battant, visible, presque provocant. Il ne se contente pas d’accompagner — il impulse, il contredit, il ironise.
Chaque cuivre tranche comme une lame, chaque percussion relance la tension dramatique, donnant au spectacle une respiration organique, imprévisible, presque dangereuse
Cette présence musicale, d’une précision insolente, redouble la puissance des interprètes principaux. Roxie (Vanessa Cailhol) nerveuse jusqu’à la fébrilité, joue la candeur comme une stratégie de survie ; Velma (Shy’m), elle, impose une autorité glacée, silhouette sculptée dans le cynisme.
Quant à Billy Flynn (Jacques Preiss), il avance en prestidigitateur du verbe, charmeur vénéneux qui transforme le mensonge en numéro de cabaret.
Tous trois ne cherchent pas l’empathie mais la maîtrise — et c’est précisément dans cette distance, tendue à l’extrême, que naît une forme de fascination trouble et équivoque.
Dates : du 3 avril au 17 mai 2026 – Lieu : Casino de Paris (Paris)
Mise en scène : Walter Bobbie
![[BD] Les Griffes du Gévaudan – Tome 02, de Sylvain Runberg & Jean-Charles Poupard (Glénat)](https://publikart.net/wp-content/uploads/2026/04/9782344058251-001-x-218x150.webp)
![[BD] Les Griffes du Gévaudan – Tome 02, de Sylvain Runberg & Jean-Charles Poupard (Glénat)](https://publikart.net/wp-content/uploads/2026/04/9782344058251-001-x-100x70.webp)