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Amaury Jacquet

Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

Black Legends, Le Musical possédé par le groove

Black Legends actuellement au Théâtre Bobino, qui joue les prolongation jusqu’en mars, est une fresque musicale hommage à l’histoire et la musique afro-américaine. L'épopée du peuple noir américain sert de fil conducteur aux chansons interprétées par une troupe habitée et accompagnée de musiciens présents sur scène. Depuis la période du Cotton Club vers 1930 jusqu'à la présidence de Barack Obama en 2009, les tableaux s’enchaînent à un rythme fou, dans un tourbillon de 200 costumes flashy et coupe afro.

Denis Lavant et Frédéric Leidgens, deux phénix au bord du vide dans une « Fin de partie » magistrale   

"Rien n'est plus drôle que le malheur, [...] c'est la chose la plus comique [...] mais c'est toujours la même chose [...]. C'est comme la bonne histoire qu'on nous raconte [...] nous la trouvons bonne mais nous n'en rions plus". Voilà, tout est dit, Samuel Beckett transcende sa propre noirceur par l’humour implacable de la dérision inscrite en filigrane dans les plis du langage et une humanité au bord du vide. Clov (Denis Lavant), Hamm (Frédéric Leidgens), Nagg (Peter Bonke) et Nell (Claudine Delvaux) - pauvres rescapés de la vie - continuent à réinventer le jeu de l'humanité. Et ils résistent. Inexorablement. Pour continuer à exister, ils remplissent le temps des mots qui les émeuvent, les font s’insurger ou se taire. Ils vaquent à leurs occupations. Le monde s'est effondré mais eux comme si de rien n'était, ils continuent. “Fin de partie”, pièce mémorable de Samuel Beckett, où la tragédie métaphysique du désespoir est portée à son paroxysme.

« Un mois à la campagne » : l’âme russe en effervescence

Ivan Tourgueniev, fin connaisseur de l’âme russe en effervescence, nous plonge dans les affres de l’amour qui vient, le temps d’un été, semer le trouble puis le désordre, chez des bourgeois paisibles et tranquillement retirés à la campagne. Un jeune homme, engagé comme tuteur du fils de la maison, est convié à entrer dans le salon mais cette irruption soudaine dans un monde de conventions et d’insatisfaction, va faire chavirer les cœurs. Celui de Natalia, la maîtresse des lieux, et de Vera la jeune pupille. Il y a là un ordre social chahuté, plutôt remis en cause d’habitude par des soulèvements ou des mouvements de révolte, et que l’attraction amoureuse ici bouscule jusqu’à révolutionner la maisonnée, chambouler la vie quotidienne, faire vaciller l’équilibre social et familial. Car là où le désir circule, le trio est secoué.

Sylvain Creuzevault possédé par les Frères Karamazov

Sylvain Creuzevault taille dans les 1300 pages les éléments d’une lecture inspirée par Heiner Müller et Jean Genet, selon qui l’ultime roman de Dostoïevsky est avant tout "une farce, une bouffonnerie énorme et mesquine". Le parti pris farcesque devient ici un manifeste sous le regard percutant de Creuzevault qui s’empare avec l’exigence foutraque qu’on lui connait du roman russe, où il traque, sans relâche, le mouvement paradoxal d’une écriture qui ne cesse de se retourner (le rationel devient fou, le croyant quitte le monastère...) et abolit les frontières entre l’innocence et la culpabilité, la pureté et la perversité, la foi et l'impiété, la liberté et la servitude.

Top 10 Théâtre : le meilleur de l’année 2022

Top 10 Théâtre : le meilleur de l'année 2022 Comme pour chaque fin d’année et sa rétrospective, nous nous sommes livrés au classement traditionnel des...

« Le Rêve et la Plainte », Marie-Antoinette en goguette mais pas que ! 

Marie-Antoinette et la Princesse de Lamballe prennent le thé dans le salon du Petit Trianon de Versailles, vêtues de leurs splendides robes roccoco… Et tout de go, la reine déclare : "Alors j’ai commencé un bac STT option puériculture puis j’ai fait BTS-commerce parce que j’avais pas vraiment de choix de carrière". Etonnant non ! Car en fait, nous sommes à Nice, où ceux qui reçoivent sont très satisfaits de leur nouvelle cuisine MOBALPA et dissertent allègrement de son aménagement... Des scènes de la vie quotidienne mais pas que où chacun tient son rôle et sa position pour mieux en singer l’air du temps à travers un télescopage de haut vol entre monarchie à bout de souffle et V République sans foi ni loi !

Bach dans les pas dansés et inspirés de Anne Teresa De Keersmaeker

Anne Teresa De Keersmaeker est de retour à Paris avec sa pièce Les six concertos brandebourgeois chorégraphiée en 2018 et inspirée par la musique de Jean-Sébastien Bach. Un coût de maître. Les six concertos brandebourgeois est le cinquième opus qu’Anne Teresa de Keersmaeker consacre à l’oeuvre du Cantor de Leipzig. Bach y a expérimenté d’une manière inédite la relation entre le ripieno – c’est le terme consacré pour désigner l’orchestre en charge de l’accompagnement – et les solistes ; entre le groupe et l’individu, l’avant-plan et l’arrière-plan.

A Bastille, « La Force du destin » ou l’opéra verdien par excellence

La Force du destin est un des très rares opéras de Verdi dont le titre ne se réfère pas à l’un des personnages. Car le seul acteur de l’œuvre est le destin lui-même : un astre noir qui attire chacun des protagonistes sur des voies contraires, sans lutte possible, les broyant irrémédiablement.

Notre Sélection

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