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Amaury Jacquet

Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

Marcial Di Fonzo Bo l’acteur monstre fait revivre Richard III

La recréation du Richard III, mis en scène par Matthias Langhoff en 1995 à l’initiative d’une partie de l’équipe initiale, est un événement à plus d’un titre. La pièce conserve le décor d’origine : un plateau mouvant, incliné, auquel s’accrochent pont-levis et escaliers. Sur ces planches branlantes, manipulées à vue par des poulies poussives, pas moins de cinquante personnages gravitent autour du jeune Richard : reines, courtisans, guerriers, traîtres. Marcial Di Fonzo Bo qui s’y révélait ce roi en prise directe avec le mal reprend le rôle et la mise en scène avec Frédérique Loliée. Une récréation à saluer qui permet aux jeunes générations de découvrir un spectacle de référence et à de jeunes acteurs d’y participer. Le plateau qui s’apparente à une machine de guerre est aussi une machine à jouer, périlleusement et furieusement arpentée. Car le monde est un théâtre et, plus encore que Richard, c’est un monde qui boite et témoigne de sa fureur comme de sa folie. Sa propension au chaos et à l’inhumanité est à l’œuvre 3 heures durant et sans aucun répit pour une pièce culte et collector.

Le retour théâtral et triomphal de Mats EK à Garnier

Danseur et chorégraphe suédois, Mats Ek a commencé sa carrière comme metteur en scène de théâtre et n’a opté pour la danse qu’en 1973, lors de son entrée dans le Ballet Cullberg dont il sera le directeur artistique de 1985 à 1993. Il y signera une trentaine de chorégraphies, toutes innovantes. Ses lectures provocantes de Giselle (1982), du Lac des Cygnes (1987), de La Belle au Bois dormant (1996) ou de Carmen (2002) ont fait sa célébrité. De retour au théâtre dans les années 1990, Mats Ek y fera danser les acteurs. Il travaillera également pour la télévision (La Vieille et la Porte, en 1991, un film ayant sa mère pour interprète). Sa danse physique et expressive non dépourvue d’humour, s’imprègne de toute la dimension intime, charnelle, guerrière, jusqu’auboutiste de l’héroïne de Bizet, qui voit les corps exacerber la passion fatale, la provocation et la liberté.

Un « George Dandin » baroque et onirique pour un spectacle total

Fort d’une présence et d’une exigence toujours singulières, Michel Fau, homme de théâtre sans égal, s’empare de cette farce tragi-comique et de son rôle-titre avec la folie baroque, la poésie et l’outrance fantasque qu’on lui connaît. Il y distille à dessein la noirceur qui mine la comédie et le grotesque qui habite le tragédie en osmose parfaite avec l’esprit purement moliéresque de la cruelle satire. Un spectacle total.

Beckett transcendé à l’Opéra de Paris

Győrgy Kurtág sert à merveille le drame existentiel non pas en l’accompagnant mais en l’enrichissant de sa traduction musicale qui imprime la psyché des personnages dont la musique et le chant soulignent la recherche profondément beckettienne du silence et de l’ailleurs. Kurtág s’ appuie aussi sur les résonances créées par le poème "Roundelay", autre œuvre beckettienne placée en prologue de l’opéra. Une musique qui amplifie ou prolonge le texte dans une veine orchestrale aussi puissante que neuve.

« Cendrillon » sous le regard envoûtant de Joël Pommerat

Le théâtre de Pommerat est donc un monde à part qui chemine entre l’ici et l’ailleurs. Un monde d’ambiguïté, de trouble, de profonde humanité où par-delà le visible et son implacable vérité, l’inconscient de nos “je” et les interdits collectifs sont également convoqués. Un monde sans fard lorsqu’il s’attaque au conte en revisitant de sa magie noire Pinocchio, Le Petit Chaperon rouge ou Cendrillon. Un monde désabusé, d’illusions perdues traduisant parfaitement les angoisses de notre époque lorsqu’il narre le capitalisme dans Les Marchands ou La grande et fabuleuse histoire du commerce . Chacune de ses oeuvres est d’une inventivité plastique et théâtrale rares où Pommerat s’affirme comme l’un des auteurs-metteurs en scène majeur de cette dernière décennie.

Lorraine de Sagazan s’empare de « Platonov » dans une version actualisée et fait vibrer le désenchantement d’une génération

Anton Tchekhov a 18 ans quand il écrit Platonov. Pourtant, cette pièce de jeunesse est une œuvre majeure : elle contient, en puissance, tout le théâtre du dramaturge russe du XIXème siècle profondément ancré dans une crise existentialiste face à un monde finissant. Si le paradis de Tchekhov est déjà perdu, la quête d’un destin plus grand que soi en l’absence de père et donc de repères, est au cœur de cette adaptation libre et réussie de Platonov par Lorraine de Sagazan.

Le Revizor, revu et corrigé par Crystal Pite et Jonathon Young

vec Betroffenheit (2015), la chorégraphe Crystal Pite et le dramaturge Jonathon Young jetaient les bases d’un solide procédé faisant se rejoindre danse et théâtre. Transformant le texte dramatique en une véritable matière chorégraphique, les deux créateurs usent des mêmes codes pour Revisor, pièce où neuf danseurs se glissent dans la peau et les costumes des personnages du Revizor de Nicolas Gogol. La pièce met en scène les membres de l’administration d’un petit village russe, terrorisés par la venue prochaine d’un inspecteur envoyé par le gouvernement. Ils croient l’identifier en la personne d’un jeune voyageur nouvellement arrivé. L’homme se rend compte rapidement de l’influence qu’il a sur eux, et décide de tirer profit de la situation. Les habitants vont alors rivaliser de bassesse et d’escroqueries pour s’attirer ses faveurs où chacun sera prêt à conspirer contre les autres pour protéger ses arrières, dissimuler ses propres turpitudes.

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