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Amaury Jacquet

Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

« Richard II », un rôle en or pour Micha Lescot

ièce du cycle Histoires (Histories) de William Shakespeare dédié aux rois d'Angleterre, Richard II est une des moins jouées de son répertoire. Elle sert d’introduction à d’autres grandes pièces historiques, Henri IV, Henri V, Henri VI et Richard III qui racontent l’histoire tourmentée de ce XVe siècle anglais marqué par la trahison et l’effusion de sang. Des pièces qui mettent en scène des rois, certes, mais aussi des hommes de chair et de sang, saisis dans les soubresauts d’une histoire pleine de bruit et de fureur, où ils se confrontent sous une pression extrême des situations de crise qui révèlent alors la part d’ombre qui sommeille en eux ainsi que l’enjeu poursuivi entre intérêt royal et vanité personnelle. Avec Richard II, nous sommes plongés, d’entrée de jeu, au cœur d’une guerre familiale aux ramifications complexes et qui révèle, au fur et à mesure, l’objet même de son enjeu. Il y est question de rébellion, de trahison, de manigances, de turpitudes, de cupidité, de pouvoir, de couronne usurpée, d'exil. D'amour et de mélancolie aussi. Les hommes, cousins, frères, parents, nobles se nomment Richard de père en fils, ou Jean, ou Édouard, complotent, assassinent, font la guerre et meurent enfin.

« Le Sacre du Printemps » en majesté à la Villette

La reprise du "Sacre du Printemps", morceau d’anthologie de Pina Bausch (1975) est toujours un évènement. Sous la direction artistique de Josephine Ann Endicott, Jorge Puerta Armenta et Clémentine Deluy, danseurs de longue date du Tanztheater Wuppertal, 30 danseurs de 14 pays africains s’approprient magistralement "Le Sacre" légendaire sur la partition de Stravinsky, chef-d’œuvre pionnier de l’histoire musicale.

« Jours de joie » : le geste enlevé de Stéphane Braunschweig à l’Odéon

Avec "Jours de joie", il interroge le glissement des relations familiales, conjugales, amoureuses, amicales, à travers des groupes de personnes qui, au demeurant, ne se connaissent pas et se trouvent réunis fortuitement. Dans cet opus, comme dans les autres, des gens font face aux difficultés de la vie. Mais la pièce explore ici la façon dont ils vont, les uns et les autres, pouvoir survivre à ces malheurs et les personnages sont ici plus normaux. Le théâtre ne naît plus de la folie, mais de la rencontre entre ces femmes et ces hommes, de l’humour et de l’étrangeté des liens qu’ils peuvent nouer. La mise en scène au cordeau de Stéphane Braunschweig restitue à merveille ce théâtre de mots et de jeu écrit comme une partition de musique, avec des reprises de thèmes qui instaure une rythmique où les thèmes circulent d’un personnage à l’autre, comme dans une pièce de Tchekhov.

Roméo et Juliette sous le regard augmenté de Benjamin Millepied

Dans cette nouvelle version, le duo est chaque soir interprété par une distribution différente : un homme et une femme, deux hommes, deux femmes. Vendredi soir les rôles étaient assurés par Daphne Fernberger (Roméo) et Nayomi Van Brunt (Juliette) dont la prestation s’est révélée remarquable de maîtrise et de facilité. Des variations de combinaisons qui s’affirment comme autant de représentation de la passion et de sa brûlure. Et l’ancien directeur du Ballet de l’Opéra de Paris réussi son pari avec cette relecture du drame de Shakespeare qui se focalise sur une guerre de clans ancrés dans l’aujourd’hui.

« Möbius » : l’envolée chorégraphique de la Compagnie XY 

Que se passe-t-il quand un collectif inventif croise un chorégraphe singulier ? Les uns, la Cie XY, se sont fait connaître par des spectacles comme Le Grand C ou Il n’est pas encore minuit, qui mêlent poésie et prouesses aériennes. L’autre, Rachid Ouramdane, directeur de Chaillot, est une figure atypique de la danse contemporaine, qui aime explorer de nouveaux territoires, géographiques comme imaginaires, intégrer les nouvelles technologies ou encore repousser les limites du chorégraphique. On assiste alors à une succession de variations dont les mouvements continus sont saisissants de fluidité, de légèreté, d’expressivité, où l’action se déroule comme une réaction en chaîne. Un territoire sensoriel empreint de poésie et de prise de risque avec son continuum d’espace-temps qui voit les corps s'entremêler et se défaire dans une synergie parfaite.

L’ Art et la manière d’Alex Vizorek : ad vitam aeternam, à Ramatuelle

e nouveau spectacle d’Alex Vizorek était très attendu puisqu’il a tourné pendant presque 10 ans avec son premier opus « Alex Vizorek est une œuvre d’art ». En discourant sur le monde de l’Art, il avait tout de suite imposé sa marque : une élégance déconcertante et un sens de l’absurde très singulier. Car avec Vizorek, on rit mais on réfléchit aussi. Il fallait donc à nouveau un sujet qui soit matière à son érudition et son espièglerie qui vont de paire.

Joseph Drouet, phénix dans « Le Marteau et la Faucille » 

Quand un metteur en scène surdoué, amateur de défis théâtraux découvre un auteur visionnaire, on obtient des spectacles hors norme. Julien Gosselin, scénographe et metteur en scène, puise son inspiration dans la littérature contemporaine qui raconte, selon lui, tout ce qui saborde notre civilisation. Ecrit en réaction à la crise financière de 2008, « Le Marteau et la faucille » pointe ses délinquants en cols blancs qui ne sont que les avatars d’un monde parfaitement amoral et hautement criminogène. Et c’est là toute la force de la démonstration, qui cite à propos « Le marteau et la faucille » en hommage à tous les travailleurs « niqués » autant qu’aux élites laminées par le système.

Turandot de Puccini : Bob Wilson en majesté, sur France 3

Et qui mieux que Bob Wilson pour mettre en scène cette œuvre orientaliste où son esthétique minimaliste (abstraction du plateau décomposant des espaces géométriques délimités par une scénographie de lumières, des dégradés ou purs aplats, le tout encadré de panneaux noirs et de droits néons) fait naître un nouveau rapport à la scène, déstructurant le temps et l’espace jusqu’à tendre à l’intemporalité.

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