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Amaury Jacquet

Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

« L’Ordre du jour », ou la fabrique silencieuse du désastre

Il y a, chez Éric Vuillard, une manière de faire vaciller l’Histoire en la regardant de biais, par la couture impeccable des détails. Et il fallait un orfèvre du souffle collectif pour transposer "L'ordre du jour", cette prose acide au plateau. Jean Bellorini relève le défi avec une gravité joueuse, presque musicale, porté par la troupe de la Comédie-Française.

Calder ou la gravité enchantée à la Fondation Vuitton

Il y a chez Alexander Calder une manière de défier le monde sans jamais le contredire frontalement. À la Fondation Louis Vuitton, l’exposition "Calder. Rêver en équilibre" ne cherche pas à monumentaliser l’artiste, elle le met en apesanteur. Littéralement

Avec « Satyagraha », l’Opéra de Paris ouvre un champ de bataille intérieur

À l’Opéra de Paris, "Satyagraha" de Philip Glass entre enfin au répertoire dans une production qui déplace radicalement ses lignes de force. En confiant la mise en scène et la chorégraphie à Bobbi Jene Smith et Or Schraiber, l’œuvre quitte le territoire du récit pour devenir une expérience physique et sensorielle, où la non-violence se conquiert dans la tension, la répétition et l’épuisement.

Matisse 1941 – 1954 au Grand Palais : l’ultime métamorphose

Il y a chez Henri Matisse, dans ces années tardives, quelque chose qui ressemble moins à un crépuscule qu’à une insurrection lente de la lumière. L’exposition présentée au Grand Palais ne raconte pas une fin mais un recommencement, une seconde naissance arrachée à la maladie, au retrait, à l’immobilité forcée.

Au Grand Palais, Art Paris impose sa singularité avec éclat

Sous la verrière du Grand Palais, la lumière d’avril ne se contente pas d’éclairer, elle ausculte. Elle fouille les œuvres, révèle leurs nerfs, insiste sur leurs silences. Art Paris 2026 s’y déploie comme une cartographie inquiète où le présent, saturé d’images et de secousses, dialogue désormais avec des strates plus anciennes, presque telluriques. Car cette édition ménage une respiration inattendue. Au milieu des tensions contemporaines surgissent des présences qui ne relèvent pas du refuge mais de la persistance.

Huit corps pour une seule nuit intérieure

Il y a chez Hofesh Shechter une manière d’ouvrir le corps comme on entrouvre une nuit. "In the Brain", développé à partir de "Cave", en prolonge et en déplace la matière initiale, comme si cette première cavité chorégraphique avait trouvé ici une expansion plus vaste, plus fiévreuse, plus exposée. On y retrouve cette plongée dans une intériorité obscure, mais dilatée à l’échelle du groupe, amplifiée par la jeunesse des interprètes qui en décuple l’impact.

Chicago le musical : quand l’orchestre mène le jeu au Casino de Paris

Dans cette version française fidèle à la matrice de Bob Fosse, le spectacle choisit la ligne claire plutôt que la démesure : une esthétique noire et blanche, coupante comme un verdict, où chaque geste devient preuve, chaque silence une stratégie. Le minimalisme revendiqué — décors réduits, orchestre exposé, lumière rasante — n’est pas une économie mais une déclaration. Ici, tout repose sur la précision. Et elle est redoutable. Cette sobriété, déjà constitutive du spectacle, trouve au Casino de Paris un écrin presque paradoxal : une salle qui appelle le spectaculaire, mais où triomphe finalement l’art de la découpe.

Les nominations aux Molières 2026 comme autant de regards sur une scène bien vivante

La cérémonie, annoncée aux Folies Bergère et diffusée sur France 2, le 4 mai à 21h, promet une grand-messe entre divertissement et éclairage sur le théâtre vivant Alex Vizorek, de retour en maître de cérémonie, sera l'incarnation de ce fil rouge entre ironie tout aussi maîtrisée que surréaliste. Pour cette nouvelle édition 2026, ce sont 245 spectacles éligibles et 46 retenus.

Notre Sélection

[BD] Goldfish, de Brian Michael Bendis (Delcourt Contrebande)

Classique du roman graphique indépendant américain, Goldfish de Brian Michael Bendis arrive enfin en France chez Delcourt Contrebande. Un récit noir et bouleversant : David Gold, alias Goldfish, revient dans sa ville natale pour retrouver son fils, mais son passé criminel et ses vieilles alliances le rattrapent inexorablement.

Le Petit Mouton de Ménilmontant, d’Aurélie Castex & Sharon Amanda Massey (Gautier-Languereau)

Sur le chemin de l'école, Léo rencontre un petit mouton qui danse différemment et l'invite à s'exprimer librement. Aurélie Castex et Sharon Amanda Massey signent chez Gautier-Languereau un album jeunesse poétique et aquarellé, une balade fantaisiste dans les rues de Ménilmontant pour apprendre à oser être soi-même.

[BD] La Tour – Tome 3, de Jan Kounen, Omar Ladgham & Salvo (Glénat / Comix-Buro)

La Tour conclut son triptyque dystopique avec ce troisième tome signé Jan Kounen, Omar Ladgham et Salvo. En 2072, au cœur d'une forêt consciente, un Intra immunisé contre la bactérie dévastatrice incarne l'ultime espoir d'une humanité au bord du gouffre. Un dénouement tendu pour l'une des séries SF françaises les plus audacieuses.