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Amaury Jacquet

Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

Au Grand Palais, Art Paris impose sa singularité avec éclat

Sous la verrière du Grand Palais, la lumière d’avril ne se contente pas d’éclairer, elle ausculte. Elle fouille les œuvres, révèle leurs nerfs, insiste sur leurs silences. Art Paris 2026 s’y déploie comme une cartographie inquiète où le présent, saturé d’images et de secousses, dialogue désormais avec des strates plus anciennes, presque telluriques. Car cette édition ménage une respiration inattendue. Au milieu des tensions contemporaines surgissent des présences qui ne relèvent pas du refuge mais de la persistance.

Huit corps pour une seule nuit intérieure

Il y a chez Hofesh Shechter une manière d’ouvrir le corps comme on entrouvre une nuit. "In the Brain", développé à partir de "Cave", en prolonge et en déplace la matière initiale, comme si cette première cavité chorégraphique avait trouvé ici une expansion plus vaste, plus fiévreuse, plus exposée. On y retrouve cette plongée dans une intériorité obscure, mais dilatée à l’échelle du groupe, amplifiée par la jeunesse des interprètes qui en décuple l’impact.

Chicago le musical : quand l’orchestre mène le jeu au Casino de Paris

Dans cette version française fidèle à la matrice de Bob Fosse, le spectacle choisit la ligne claire plutôt que la démesure : une esthétique noire et blanche, coupante comme un verdict, où chaque geste devient preuve, chaque silence une stratégie. Le minimalisme revendiqué — décors réduits, orchestre exposé, lumière rasante — n’est pas une économie mais une déclaration. Ici, tout repose sur la précision. Et elle est redoutable. Cette sobriété, déjà constitutive du spectacle, trouve au Casino de Paris un écrin presque paradoxal : une salle qui appelle le spectaculaire, mais où triomphe finalement l’art de la découpe.

Les nominations aux Molières 2026 comme autant de regards sur une scène bien vivante

La cérémonie, annoncée aux Folies Bergère et diffusée sur France 2, le 4 mai à 21h, promet une grand-messe entre divertissement et éclairage sur le théâtre vivant Alex Vizorek, de retour en maître de cérémonie, sera l'incarnation de ce fil rouge entre ironie tout aussi maîtrisée que surréaliste. Pour cette nouvelle édition 2026, ce sont 245 spectacles éligibles et 46 retenus.

Au salon du dessin 2026, la patience du regard

Au Salon du Dessin, il ne s’agit jamais seulement de voir : il faut s’approcher, presque se pencher, consentir à la lenteur du regard. Dans l’écrin ancestral du Palais Brongniart, temple ancien des flux financiers reconverti en sanctuaire du trait, le dessin reprend ses droits — discrets, entêtés, presque clandestins. Ici, rien ne s’impose frontalement. Tout se suggère. Une feuille, un frémissement, une pensée en train de naître.

Nan Goldin au Grand Palais : l’intime à vif

Au Grand Palais, "Nan Goldin This Will Not End Well" ne propose pas une rétrospective : elle recompose un corps. Le sien, celui des autres, celui d’une époque qui n’en finit pas de saigner sous les images. "This Will Not End Well" n’est pas un titre — c’est une promesse tenue, mais tenue à rebours : ici, rien ne se termine, tout persiste, tout insiste, tout revient.

Avec Christophe Honoré la splendeur inquiète d’Emma Bovary

Il fallait oser transposer Gustave Flaubert et son roman éponyme "Madame Bovary" sous un chapiteau. Et Christophe Honoré ne fait pas semblant : il le fait tournoyer, grimacer, suer sous les projecteurs comme une bête trop humaine, et c’est là, dans ce déséquilibre savamment entretenu, que Bovary Madame, son spectacle, trouve sa vibration la plus juste — une instabilité qui tient du numéro de trapèze sans filet.

« Un homme sans titre » : récit contre l’effacement

Adapté du livre de Xavier Le Clerc et porté à la scène par Jean-Louis Martinelli, le spectacle avance comme une adresse sans retour : une lettre au père qui n’a jamais eu droit à l’inscription pleine, à la reconnaissance, au récit officiel. Ici, le théâtre ne représente pas, il répare — ou feint de réparer — ce que l’histoire a méthodiquement effacé.

Notre Sélection

« I will survive » : rire nerveux et malaise garanti

Avec I Will Survive, Les Chiens de Navarre rappellent une vérité simple : quand la réalité devient trop absurde pour être racontée, il ne reste plus qu’à l’exagérer pour qu’elle redevienne audible. Jean-Christophe Meurisse l’a bien compris : l’outrance n’est pas une facilité, mais un outil — une loupe déformante pour mieux scruter les recoins les plus gênants de la société française. Et c’est justement parce qu’il observe si finement qu’il grossit si fort.

Aux Molières, des récompenses qui dessinent un théâtre fertile

La scène, ce soir-là, avait des allures de carrefour électrique où le théâtre français, dans ses contradictions les plus fécondes, venait se regarder en face. La cérémonie des Molières 2026, portée par l’ironie affûtée d’Alex Vizorek, n’a pas tant cherché à célébrer qu’à révéler toute sa diversité. Sous les ors décomplexés de la tradition, quelque chose vibrait, la nécessité de toujours espérer et un désir renouvelé de brûler les planches autrement