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Amaury Jacquet

Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

Au Reno Sweeney, les oubliées deviennent des icônes

Dans le cabaret spectral imaginé par Pierre Maillet, les fantômes ne reviennent pas hanter les vivants : ils chantent, se maquillent, délirent et transforment leur propre ruine en cérémonie pop. Deux anciennes mondaines new-yorkaises, Edith Bouvier Beale et sa fille « Little Edie », tante et cousine germaine de Jackie Kennedy, vivent recluses dans leur manoir délabré de Grey Gardens. Entre souvenirs aristocratiques, chansons, disputes et rêveries fantasmées, elles transforment leur chute sociale en cabaret halluciné.

Adya et Otto van Rees, l’avant-garde en perpétuel mouvement

Dans les salles du Musée de Montmartre, les couleurs semblent arriver avant les œuvres. Elles flottent, avancent par vagues, par fractures, par éclats successifs, comme si tout le premier XXe siècle européen s’était dissous dans une même vibration picturale. "Adya & Otto van Rees. Au cœur des avant-gardes" ne raconte pas seulement le parcours d’un couple d’artistes ; l’exposition donne à voir un art en état de mutation permanente, un art qui refuse obstinément de se fixer. Ici, chaque toile paraît quitter une esthétique au moment même où elle s'en appart.

Anne Teresa De Keersmaeker et Solal Mariotte sous le ciel battant de Brel

Dans la pénombre nue du plateau, quelque chose d’emblée résiste au musée. Il aurait été si facile de transformer Jacques Brel en relique nationale, en bloc de nostalgie francophone livré aux trémolos convenus. Or, avec "BREL", Anne Teresa De Keersmaeker et Solal Mariotte accomplissent exactement l’inverse. Ils désossent le monument pour retrouver le battement intérieur de la langue, sa nervure physique, son urgence presque animale. Ici, Brel n’est jamais illustré. Il circule dans les corps comme une fièvre rythmique.

« Sèvres, une passion Rothschild » : l’emblème d’un raffinement absolu

À travers les vitrines feutrées de l’exposition « Sèvres, une passion Rothschild. De la Villa Ephrussi à Paris », la porcelaine cesse d’être un art décoratif pour devenir une cartographie d’une histoire en art majeur. Chaque assiette, chaque vase, chaque service semble porter la trace d’une civilisation de l’œil où collectionner relevait moins de la possession que d’une forme de mise en scène du monde.

Une École de danse d’une troublante modernité à la Comédie-Française, sur France 2

Il arrive que le théâtre ressuscite des œuvres qu’on croyait promises à l’oubli. Avec "L’École de danse", Clément Hervieu-Léger réalise précisément cela : redonner souffle à une comédie que Goldoni retira de l’affiche après deux malheureuses représentations. Un naufrage originel, devenu aujourd’hui matière à renaissance.

« Nous les grosses » : ce désordre intérieur

Dans une époque obsédée par le lisse, la maîtrise de soi et la tyrannie des silhouettes calibrées, "Nous les grosses" surgit comme une déflagration tendre et rageuse. Avec ce seul en scène écrit et mis en scène par Guillaume Druez, le théâtre cesse d’être un espace de pure représentation pour redevenir un lieu de friction, de mémoire intime et de réappropriation du corps.

Aux Molières, des récompenses qui dessinent un théâtre fertile

La scène, ce soir-là, avait des allures de carrefour électrique où le théâtre français, dans ses contradictions les plus fécondes, venait se regarder en face. La cérémonie des Molières 2026, portée par l’ironie affûtée d’Alex Vizorek, n’a pas tant cherché à célébrer qu’à révéler toute sa diversité. Sous les ors décomplexés de la tradition, quelque chose vibrait, la nécessité de toujours espérer et un désir renouvelé de brûler les planches autrement

« Potiche » ou l’aria secrète d’une femme que l’on croyait docile

Avec "Potiche", la mécanique boulevardière signée Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy trouve sous la direction de Charles Templon une seconde peau, à la fois lustrée et légèrement fendillée, comme ces porcelaines trop parfaites pour être honnêtes. Le vernis brille, mais quelque chose insiste en dessous, une ligne de fracture à peine visible, et c’est là que la mise en scène devient percutante

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