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Amaury Jacquet

Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

L’amour sous emprise, la famille en héritage

Avec sa nouvelle mise en scène, Jean-Robert Charrier dépasse la simple comédie familiale pour sonder la transmission silencieuse des rapports de domination. Portée par Josiane Balasko, Marilou Berry et Riad Gahmi, la pièce "Ça, c'est l'amour" explore comment l’amour peut devenir un terrain miné — et comment les schémas affectifs se répètent d’une génération à l’autre.

Le monde brûle, la glace fond mais le buffet reste ouvert… dans la focale de Martin Parr

Le monde brûle, la glace fond, mais le buffet reste ouvert...dans la focale de Martin Parr Avec l'exposition "Global Warning", Martin Parr poursuit son inventaire...

« Le Suicidé » : Bellorini rallume la satire d’Erdman

l y a, dans ce "Suicidé", quelque chose qui ressemble à un carnaval au bord du gouffre. On rit, mais d’un rire qui tangue. On applaudit, mais avec l’impression d’avoir traversé un rêve trop lucide. La pièce de Nicolaï Erdman est déjà une bombe : satire féroce, mécanique du désespoir collectif, farce métaphysique où un homme ordinaire devient soudain l’objet de toutes les récupérations idéologiques.

« La Jalousie » : le vertige bourgeois selon Michel Fau (succès, prolongations !)

Il y a chez Michel Fau un goût rare, presque aristocratique, pour la cruauté polie. Avec "La Jalousie" de Sacha Guitry, qu’il met en scène et interprète à la Michodière, il ne ressuscite pas le boulevard — il le transfigure. Là où d’autres n’auraient vu qu’un vaudeville poudré, Fau découvre une tragédie miniature, sertie dans un écrin d’or et de satin, où chaque sourire cache un gouffre.

La tragédie sans alibi par Eddy d’arango au théâtre de l’Odéon

Il faut d’abord accepter d’être déplacé. Non pas spécialement ému – l’émotion est trop simple, trop disponible –, mais déplacé, désaxé, presque délogé de sa place confortable de spectateur venu se replonger dans un classique. Car l’Œdipe Roi d’Eddy D’aranjo, présenté à l’Odéon, ne cherche pas à revisiter Sophocle. Il l’utilise comme une faille. Un point de rupture dans l’histoire du théâtre occidental, par lequel remonte, comme une eau noire, ce que la tragédie a toujours montré sans jamais vraiment le regarder : l’inceste, non comme mythe, mais comme système.

Un « Eugène Onéguine » à hauteur d’âme à l’Opéra Garnier

Un "Eugène Onéguine" à hauteur d’âme à l'Opéra Garnier Il y a, dans l’"Eugène Onéguine" mis en scène par Ralph Fiennes, une élégance de retenue qui frappe d’emblée. Rien ici ne cherche à forcer le sens ni à tordre l’œuvre pour l’actualiser à coups de concepts revisités. Le metteur en scène avance à pas feutrés, presque en lecteur amoureux, préférant écouter Tchaïkovski et Pouchkine plutôt que leur répondre. Cette modestie apparente est précisément ce qui donne à la proposition sa force et son inspiration.

Brecht sans aspérités au Théâtre de la Ville

Il y a chez Emmanuel Demarcy-Mota une foi sincère dans le théâtre. Le paradoxe, c’est qu’il y croit parfois un peu trop. "Le Cercle de craie caucasien" en est ici une illustration : un spectacle dense, esthétique, surchargé de signes — comme si Brecht, pour être entendu aujourd’hui, devait être souligné au stabilo.

« Une heure à t’attendre » ou une rencontre qui défie les codes

À première vue, "Une heure à t’attendre" raconte l’histoire banale d’un mari et d’un amant qui attendent une femme. Mais cette simplicité est pour le moins trompeuse. Car sous la plume de Sylvain Meyniac, le dispositif se transforme rapidement en une tragi-comédie aussi ambiguë que subtile. Pour un huis clos à la fois sensible et imprévisible.

Notre Sélection

Avec « Satyagraha », l’Opéra de Paris ouvre un champ de bataille intérieur

À l’Opéra de Paris, "Satyagraha" de Philip Glass entre enfin au répertoire dans une production qui déplace radicalement ses lignes de force. En confiant la mise en scène et la chorégraphie à Bobbi Jene Smith et Or Schraiber, l’œuvre quitte le territoire du récit pour devenir une expérience physique et sensorielle, où la non-violence se conquiert dans la tension, la répétition et l’épuisement.