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Amaury Jacquet

Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

« Un homme sans titre » : récit contre l’effacement

Adapté du livre de Xavier Le Clerc et porté à la scène par Jean-Louis Martinelli, le spectacle avance comme une adresse sans retour : une lettre au père qui n’a jamais eu droit à l’inscription pleine, à la reconnaissance, au récit officiel. Ici, le théâtre ne représente pas, il répare — ou feint de réparer — ce que l’histoire a méthodiquement effacé.

Au musée Galliera : la mode réinvente le siècle des Lumières

L'exposition "La mode du XVIIIe siècle. Un héritage fantasmé" ne raconte pas une histoire : elle en dissèque la fiction persistante — et c’est précisément là que le vertige commence. Car le XVIIIe siècle ici n’existe pas. Ou plutôt : il n’existe plus que comme une mémoire visuelle, un bruissement de soies recomposées, une archive contaminée par ses propres réinventions.

« À notre place » : une chambre d’échos en résonance sensible et incertaine

vec "À notre place", Arne Lygre poursuit son entreprise de déminage des relations humaines : non pas les raconter, mais les dissoudre lentement dans une langue qui les précède, les déborde, les trahit. Et Stéphane Braunschweig, compagnon fidèle, ne met pas seulement en scène une pièce — il installe un dispositif de révélation clinique où l’intime devient une matière instable, un gouffre.

Catherine Hiegel souveraine et désopilante dans Les Règles du savoir-vivre

Les "règles du savoir-vivre dans la société moderne" est une pièce de Jean-Luc Lagarce l’un des auteurs français les plus importants de la fin du 20e siècle, et l’un des plus joués en France. Il s’agit d’un monologue qui s’appuie sur la réécriture d’un manuel de bonnes conduites de la Baronne Staffe, née en réalité Blanche Soyer et de condition modeste, paru en 1889. Le propos consiste à édicter à destination des aristocrates et grands bourgeois du XIXe siècle, à partir des grands moments de l’existence (naissance, fiançailles, mariage, veuvage) la conduite à tenir et que Lagarce d’un regard corrosif, taille au scalpel pour mieux en faire ressortir toute la parodie sous-jacente.

Le couple, cette maison hantée au Théâtre du Rond-Point

Avec "Scènes d’intérieur", de Mélanie Leray et Édouard Delelis, l’ombre portée de Henrik Ibsen plane sans jamais s’imposer frontalement. La pièce se dit « librement inspirée » d’"Une maison de poupée" — et c’est peut-être dans ce mot, librement, que réside tout l’enjeu : non pas refaire Ibsen, mais sonder ce qu’il reste aujourd’hui de cette maison trop bien rangée pour ne pas être déjà fissurée.

« Clair-obscur » — quand l’ombre éclaire le présent à la Bourse de Commerce

À la Bourse de Commerce, l’exposition « Clair-obscur » s’apparente à une étonnante traversée crépusculaire où une centaines d'oeuvres d'artistes de la Collection Pinault s'y dévoilent. Pour une traversée d’une matière première presque métaphysique, organique : la lumière. Ou plutôt cette part d’ombre qui la rend visible aux confins perceptibles de l’inconscient.

Julie Deliquet s’empare de la Colline

Depuis sa fondation, "La Colline" s’est voulue le bastion des écritures contemporaines — un théâtre qui regarde le présent droit dans les yeux plutôt que de le contempler dans le rétroviseur. Confier l'instituion à Julie Deliquet revient à pousser cette logique un cran plus loin. Car son théâtre n’a jamais été celui du commentaire mais celui de l’immersion : une manière de faire surgir la politique à même les corps, dans la friction des voix, dans la vibration très concrète du collectif

Josef Albers : la patience du visible

Josef Albers : la patience du visible L’exposition "Duets" à la galerie David Zwirner s’inscrit dans une continuation naturelle de l’exploration albersienne à Paris après la...

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[BD] Là où danse le vent, d’Enora Boutle (Glénat)

Premier roman graphique d’Enora Boutle chez Glénat, un récit poétique et lumineux sur la transmission entre une adolescente et son grand-père, dans les Landes bretonnes.

Au Reno Sweeney, les oubliées deviennent des icônes

Dans le cabaret spectral imaginé par Pierre Maillet, les fantômes ne reviennent pas hanter les vivants : ils chantent, se maquillent, délirent et transforment leur propre ruine en cérémonie pop. Deux anciennes mondaines new-yorkaises, Edith Bouvier Beale et sa fille « Little Edie », tante et cousine germaine de Jackie Kennedy, vivent recluses dans leur manoir délabré de Grey Gardens. Entre souvenirs aristocratiques, chansons, disputes et rêveries fantasmées, elles transforment leur chute sociale en cabaret halluciné.