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Amaury Jacquet

Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

Au salon du dessin 2026, la patience du regard

Au Salon du Dessin, il ne s’agit jamais seulement de voir : il faut s’approcher, presque se pencher, consentir à la lenteur du regard. Dans l’écrin ancestral du Palais Brongniart, temple ancien des flux financiers reconverti en sanctuaire du trait, le dessin reprend ses droits — discrets, entêtés, presque clandestins. Ici, rien ne s’impose frontalement. Tout se suggère. Une feuille, un frémissement, une pensée en train de naître.

Nan Goldin au Grand Palais : l’intime à vif

Au Grand Palais, "Nan Goldin This Will Not End Well" ne propose pas une rétrospective : elle recompose un corps. Le sien, celui des autres, celui d’une époque qui n’en finit pas de saigner sous les images. "This Will Not End Well" n’est pas un titre — c’est une promesse tenue, mais tenue à rebours : ici, rien ne se termine, tout persiste, tout insiste, tout revient.

Avec Christophe Honoré la splendeur inquiète d’Emma Bovary

Il fallait oser transposer Gustave Flaubert et son roman éponyme "Madame Bovary" sous un chapiteau. Et Christophe Honoré ne fait pas semblant : il le fait tournoyer, grimacer, suer sous les projecteurs comme une bête trop humaine, et c’est là, dans ce déséquilibre savamment entretenu, que Bovary Madame, son spectacle, trouve sa vibration la plus juste — une instabilité qui tient du numéro de trapèze sans filet.

« Un homme sans titre » : récit contre l’effacement

Adapté du livre de Xavier Le Clerc et porté à la scène par Jean-Louis Martinelli, le spectacle avance comme une adresse sans retour : une lettre au père qui n’a jamais eu droit à l’inscription pleine, à la reconnaissance, au récit officiel. Ici, le théâtre ne représente pas, il répare — ou feint de réparer — ce que l’histoire a méthodiquement effacé.

Au musée Galliera : la mode réinvente le siècle des Lumières

L'exposition "La mode du XVIIIe siècle. Un héritage fantasmé" ne raconte pas une histoire : elle en dissèque la fiction persistante — et c’est précisément là que le vertige commence. Car le XVIIIe siècle ici n’existe pas. Ou plutôt : il n’existe plus que comme une mémoire visuelle, un bruissement de soies recomposées, une archive contaminée par ses propres réinventions.

« À notre place » : une chambre d’échos en résonance sensible et incertaine

vec "À notre place", Arne Lygre poursuit son entreprise de déminage des relations humaines : non pas les raconter, mais les dissoudre lentement dans une langue qui les précède, les déborde, les trahit. Et Stéphane Braunschweig, compagnon fidèle, ne met pas seulement en scène une pièce — il installe un dispositif de révélation clinique où l’intime devient une matière instable, un gouffre.

Catherine Hiegel souveraine et désopilante dans Les Règles du savoir-vivre

Les "règles du savoir-vivre dans la société moderne" est une pièce de Jean-Luc Lagarce l’un des auteurs français les plus importants de la fin du 20e siècle, et l’un des plus joués en France. Il s’agit d’un monologue qui s’appuie sur la réécriture d’un manuel de bonnes conduites de la Baronne Staffe, née en réalité Blanche Soyer et de condition modeste, paru en 1889. Le propos consiste à édicter à destination des aristocrates et grands bourgeois du XIXe siècle, à partir des grands moments de l’existence (naissance, fiançailles, mariage, veuvage) la conduite à tenir et que Lagarce d’un regard corrosif, taille au scalpel pour mieux en faire ressortir toute la parodie sous-jacente.

Le couple, cette maison hantée au Théâtre du Rond-Point

Avec "Scènes d’intérieur", de Mélanie Leray et Édouard Delelis, l’ombre portée de Henrik Ibsen plane sans jamais s’imposer frontalement. La pièce se dit « librement inspirée » d’"Une maison de poupée" — et c’est peut-être dans ce mot, librement, que réside tout l’enjeu : non pas refaire Ibsen, mais sonder ce qu’il reste aujourd’hui de cette maison trop bien rangée pour ne pas être déjà fissurée.

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