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Amaury Jacquet

Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

« Cendrillon » sous le regard envoûtant de Joël Pommerat

Le théâtre de Pommerat est donc un monde à part qui chemine entre l’ici et l’ailleurs. Un monde d’ambiguïté, de trouble, de profonde humanité où par-delà le visible et son implacable vérité, l’inconscient de nos “je” et les interdits collectifs sont également convoqués. Un monde sans fard lorsqu’il s’attaque au conte en revisitant de sa magie noire Pinocchio, Le Petit Chaperon rouge ou Cendrillon. Un monde désabusé, d’illusions perdues traduisant parfaitement les angoisses de notre époque lorsqu’il narre le capitalisme dans Les Marchands ou La grande et fabuleuse histoire du commerce . Chacune de ses oeuvres est d’une inventivité plastique et théâtrale rares où Pommerat s’affirme comme l’un des auteurs-metteurs en scène majeur de cette dernière décennie.

Le Revizor, revu et corrigé par Crystal Pite et Jonathon Young

vec Betroffenheit (2015), la chorégraphe Crystal Pite et le dramaturge Jonathon Young jetaient les bases d’un solide procédé faisant se rejoindre danse et théâtre. Transformant le texte dramatique en une véritable matière chorégraphique, les deux créateurs usent des mêmes codes pour Revisor, pièce où neuf danseurs se glissent dans la peau et les costumes des personnages du Revizor de Nicolas Gogol. La pièce met en scène les membres de l’administration d’un petit village russe, terrorisés par la venue prochaine d’un inspecteur envoyé par le gouvernement. Ils croient l’identifier en la personne d’un jeune voyageur nouvellement arrivé. L’homme se rend compte rapidement de l’influence qu’il a sur eux, et décide de tirer profit de la situation. Les habitants vont alors rivaliser de bassesse et d’escroqueries pour s’attirer ses faveurs où chacun sera prêt à conspirer contre les autres pour protéger ses arrières, dissimuler ses propres turpitudes.

« Le Dragon » survolté de Thomas Jolly

Figure reconnue de la scène contemporaine, Thomas Jolly aime mettre en scène des monstres politiques assoiffés de pouvoir et de cruauté : "Henri VI" marathon théâtral de 18 h (Molière 2015), "Richard III", "Eliogabalo" donné à l’Opéra Garnier, ou encore "Thyeste", fresque radicale sur fond de haine entre deux frères rivaux, d’infanticide et de cannibalisme. Aujourd’hui, il s’attaque au texte d’Evgueni Schwartz, "Le Dragon". Une parabole, éminemment politique, qui utilise le motif du conte et du fantastique pour dénoncer les mécanismes d’un système totalitaire attaché à déconstruire ce qui fait humanité, et interroger les forces de résistance face à une tel pouvoir démoniaque.

« Contemporary Dance 2.0 », la danse volcanique et enivrante d’Hofesh Shechter

Soudainement et d’entrée de jeu, le clubbing déchainé de "Contemporary Dance 2.0" déferle sur le plateau et ne nous lâchera plus durant tout le spectacle. Le chorégraphe et compositeur Hofesh Shechter d'origine israélienne fait monter une transe tellurique et tribale empreinte d'urbanité et de couleurs métissées.  Contemporary Dance a été créée en 2019 pour le Ballet de l'Opéra de Göteborg. Une pièce ardente et en miroir avec notre époque qui ironise aussi sur le monde de la danse tel que représenté dans les vidéoclips et la pop culture. Chaos, chutes, recommencements, affrontements et regroupements font écho à la confusion du monde.

La « Pastorale » de Beethoven dans les pas de Thierry Malandain, à (re)voir sur Mezzo

Thierry Malandain embarque pas moins de vingt-deux danseurs dans cette traversée aux aires d’odyssée enivrante. Alliant habilement le vocabulaire classique et les compositions contemporaines, il nous offre un ballet aussi enlevé que saisissant.

« Une cérémonie » ou quand le Raoul Collectif n’en fait qu’à sa fête ! Jubilatoire

Pour son troisième spectacle, le Raoul collectif repart à la conquête du plateau pour interroger la force expiatoire d’un groupe qui se bat contre les périls capitalistes et tout ce qui pourrait entraver ses pulsions de vie. Mais sur un ton jubilatoire - c’est là toute sa force et sa singularité - à la fois festif et baroque, débridé et inspiré, cultivé et foutraque, politique et rebelle. Un manifeste tout droit sorti de nulle part qu’ils transcendent d’un soleil noir, adressé aux héros d’aujourd’hui, aux anticonformistes et chevaliers errants, qui n’ont pas peur des chemins de traverses, de l’ivresse poétique, des idéaux, et de la sacralisation de la pensée.

Une famille intranquille selon Krzysztof Warlikowski, à l’Opéra Garnier

A Quiet Place est créé en 1983 par Leonard Bernstein. Il s’agit de la dernière composition scénique du compositeur américain, pensée comme la suite de l’opéra Trouble in Tahiti, où l’on retrouve le personnage de Sam trois décennies plus tard. Contrairement à son intitulé, A Quiet Place résonne du fracas d’une famille dysfonctionnelle et constitutif de la rupture entre Sam, le père, et ses enfants.

L’art et la manière de Christophe Honoré sous Le Ciel de Nantes 

Il y a 20 ans déjà, Christophe Honoré s’était lancé dans l’écriture d’un long-métrage sur sa famille, qui n’avait pas abouti. Trop vampirique sans doute cette branche maternelle issue de la classe populaire. Aujourd’hui, dans une salle de cinéma d’une autre époque, là où la scène devient le lieu magnifique d’un film impossible, porté par un art scénique et une désinvolture qui n’appartiennent qu’à lui, Christophe Honoré convoque les siens pour raconter et chanter leur histoire. Il mêle théâtre et cinéma qui focalisent l’emprise du temps et sa distanciation entre réel et fiction, offrant une voix décomplexée et intense à sept membres emblématiques de cette lignée (sur trois générations) que les drames personnels mais aussi l’Histoire n’ont pas épargnée.

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