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Amaury Jacquet

Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

« L’Ordre du jour », ou la fabrique silencieuse du désastre

Il y a, chez Éric Vuillard, une manière de faire vaciller l’Histoire en la regardant de biais, par la couture impeccable des détails. Et il fallait un orfèvre du souffle collectif pour transposer "L'ordre du jour", cette prose acide au plateau. Jean Bellorini relève le défi avec une gravité joueuse, presque musicale, porté par la troupe de la Comédie-Française.

Calder ou la gravité enchantée à la Fondation Vuitton

Il y a chez Alexander Calder une manière de défier le monde sans jamais le contredire frontalement. À la Fondation Louis Vuitton, l’exposition "Calder. Rêver en équilibre" ne cherche pas à monumentaliser l’artiste, elle le met en apesanteur. Littéralement

Avec « Satyagraha », l’Opéra de Paris ouvre un champ de bataille intérieur

À l’Opéra de Paris, "Satyagraha" de Philip Glass entre enfin au répertoire dans une production qui déplace radicalement ses lignes de force. En confiant la mise en scène et la chorégraphie à Bobbi Jene Smith et Or Schraiber, l’œuvre quitte le territoire du récit pour devenir une expérience physique et sensorielle, où la non-violence se conquiert dans la tension, la répétition et l’épuisement.

Au Grand Palais, Art Paris impose sa singularité avec éclat

Sous la verrière du Grand Palais, la lumière d’avril ne se contente pas d’éclairer, elle ausculte. Elle fouille les œuvres, révèle leurs nerfs, insiste sur leurs silences. Art Paris 2026 s’y déploie comme une cartographie inquiète où le présent, saturé d’images et de secousses, dialogue désormais avec des strates plus anciennes, presque telluriques. Car cette édition ménage une respiration inattendue. Au milieu des tensions contemporaines surgissent des présences qui ne relèvent pas du refuge mais de la persistance.

Chicago le musical : quand l’orchestre mène le jeu au Casino de Paris

Dans cette version française fidèle à la matrice de Bob Fosse, le spectacle choisit la ligne claire plutôt que la démesure : une esthétique noire et blanche, coupante comme un verdict, où chaque geste devient preuve, chaque silence une stratégie. Le minimalisme revendiqué — décors réduits, orchestre exposé, lumière rasante — n’est pas une économie mais une déclaration. Ici, tout repose sur la précision. Et elle est redoutable. Cette sobriété, déjà constitutive du spectacle, trouve au Casino de Paris un écrin presque paradoxal : une salle qui appelle le spectaculaire, mais où triomphe finalement l’art de la découpe.

Les nominations aux Molières 2026 comme autant de regards sur une scène bien vivante

La cérémonie, annoncée aux Folies Bergère et diffusée sur France 2, le 4 mai à 21h, promet une grand-messe entre divertissement et éclairage sur le théâtre vivant Alex Vizorek, de retour en maître de cérémonie, sera l'incarnation de ce fil rouge entre ironie tout aussi maîtrisée que surréaliste. Pour cette nouvelle édition 2026, ce sont 245 spectacles éligibles et 46 retenus.

Au salon du dessin 2026, la patience du regard

Au Salon du Dessin, il ne s’agit jamais seulement de voir : il faut s’approcher, presque se pencher, consentir à la lenteur du regard. Dans l’écrin ancestral du Palais Brongniart, temple ancien des flux financiers reconverti en sanctuaire du trait, le dessin reprend ses droits — discrets, entêtés, presque clandestins. Ici, rien ne s’impose frontalement. Tout se suggère. Une feuille, un frémissement, une pensée en train de naître.

Nan Goldin au Grand Palais : l’intime à vif

Au Grand Palais, "Nan Goldin This Will Not End Well" ne propose pas une rétrospective : elle recompose un corps. Le sien, celui des autres, celui d’une époque qui n’en finit pas de saigner sous les images. "This Will Not End Well" n’est pas un titre — c’est une promesse tenue, mais tenue à rebours : ici, rien ne se termine, tout persiste, tout insiste, tout revient.

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