Most recent articles by:

Amaury Jacquet

Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

Brecht sans aspérités au Théâtre de la Ville

Il y a chez Emmanuel Demarcy-Mota une foi sincère dans le théâtre. Le paradoxe, c’est qu’il y croit parfois un peu trop. "Le Cercle de craie caucasien" en est ici une illustration : un spectacle dense, esthétique, surchargé de signes — comme si Brecht, pour être entendu aujourd’hui, devait être souligné au stabilo.

« Une heure à t’attendre » ou une rencontre qui défie les codes

À première vue, "Une heure à t’attendre" raconte l’histoire banale d’un mari et d’un amant qui attendent une femme. Mais cette simplicité est pour le moins trompeuse. Car sous la plume de Sylvain Meyniac, le dispositif se transforme rapidement en une tragi-comédie aussi ambiguë que subtile. Pour un huis clos à la fois sensible et imprévisible.

« Dans le couloir » : rester là, parler, pour ne pas tomber, pas encore

"Dans le couloir" est une pièce qui commence là où, d’habitude, le théâtre hésite à s’attarder : dans l’attente. Pas l’attente spectaculaire, non — l’autre. Celle qui dure trop longtemps. Celle qui grince. Celle où l’on parle pour éviter d’écouter ce qui s’y passe derrière les murs. Jean-Claude Grumberg ne raconte pas une histoire, il installe une situation, puis il la regarde s’user sous nos yeux. Et c’est précisément cette usure qui fait œuvre.

« Contre » : John Cassavetes et Gena Rowlands, un couple en toute indépendance

Couple emblématique du cinéma américain indépendant, John Cassavetes et Gena Rowlands, disparue en août dernier, sont mis en scène au Vieux-Colombier avec les acteurs et actrices, producteurs et critiques qui les entouraient. "Contre" raconte la fabrication d’une œuvre sous l’angle du film "Une femme sous influence", en rupture avec l’industrie hollywoodienne, par un groupe d’artistes qui s’acharnent à rester libre et créatifs envers et contre tout.

« Un Bal masqué » à Bastille et Anna Netrebko pour traverser la nuit

À l’Opéra Bastille, "Un Bal masqué" s’impose comme une lecture volontairement épurée du drame verdien, où la mise en scène de Gilbert Deflo laisse la primauté à la musique et aux voix. Portée par une direction attentive aux équilibres et une distribution dominée par l’Amelia d’Anna Netrebko, la production explore les tensions entre pouvoir, désir et fatalité sans surcharge illustrative, faisant du chant le véritable moteur dramaturgique de la soirée.

« Marie Stuart » de Chloé Dabert : la violence politique au scalpel

En s’attaquant à "Marie Stuart" de Schiller, Chloé Dabert livre une lecture radicalement contemporaine de la tragédie politique. Dépouillée de tout romantisme, sa mise en scène observe avec une précision chirurgicale la manière dont le pouvoir moderne neutralise ses figures gênantes : non par la brutalité, mais par la procédure, le report et l’effacement de la responsabilité. Une relecture glaçante, qui fait de la décapitation moins un acte qu’un protocole.

Ivo van Hove dissèque « Hamlet » jusqu’au vertige à l’Odéon

Entre Shakespeare, Queen et Bob Dylan, Ivo van Hove compose un "Hamlet" sous haute tension, où la musique devient langage intérieur et où la tragédie se joue autant dans la tête que sur le plateau. Ce "Hamlet" d’Ivo van Hove ne cherche pas à raconter une histoire : il s'attache à scruter un esprit mortifère. Et en radiographier les méandres. À l’Odéon, le Danemark n’existe plus vraiment. Ce qui compte, c’est l’intérieur. L’intérieur d’un homme trop lucide pour survivre tel quel. L’intérieur d’un esprit qui cogne contre ses propres murs.

Nicolas Barry : une déclaration, sa déclaration

On pourrait croire que tout a déjà été dit sur l’amour — et puis on rencontre une pièce comme "La déclaration d’amour de Louis Hee à John Ah-Oui" et l’on comprend que ce n’est pas l’amour qui manque de mots, mais peut-être notre capacité à entendre leurs fractures. Sur le plateau du Théâtre de l’Athénée Louis-Jouvet, dans l’intimité presque confessionnelle de la salle Christian-Bérard, Nicolas Barry installe une scène d’un dépouillement radical qui, paradoxalement, en dit plus que mille décors.

Notre Sélection

[BD] Là où danse le vent, d’Enora Boutle (Glénat)

Premier roman graphique d’Enora Boutle chez Glénat, un récit poétique et lumineux sur la transmission entre une adolescente et son grand-père, dans les Landes bretonnes.

Au Reno Sweeney, les oubliées deviennent des icônes

Dans le cabaret spectral imaginé par Pierre Maillet, les fantômes ne reviennent pas hanter les vivants : ils chantent, se maquillent, délirent et transforment leur propre ruine en cérémonie pop. Deux anciennes mondaines new-yorkaises, Edith Bouvier Beale et sa fille « Little Edie », tante et cousine germaine de Jackie Kennedy, vivent recluses dans leur manoir délabré de Grey Gardens. Entre souvenirs aristocratiques, chansons, disputes et rêveries fantasmées, elles transforment leur chute sociale en cabaret halluciné.