Most recent articles by:

Amaury Jacquet

Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

Romane Bohringer, la magnifique dans les mots d’Annie Ernaux, à Avignon

Annie Ernaux raconte dans "L’occupation" (publié en 2002 aux éditions Gallimard) comment, après avoir rompu avec W. mais continuant de le revoir régulièrement, elle a sombré dans une jalousie maladive lorsqu'il lui a annoncé qu'il allait vivre avec une autre. Une descente aux enfers qui fait vaciller sa raison, mobilise son énergie, et obnubile sa pensée.

“Dieu habite Düsseldorf”, la comédie piquante de Sébastien Thiéry à Avignon

Renaud Danner et Eric Verdun mettent en scène et interprètent avec brio les sept sketches incisifs et sortis de nulle part qui composent la traversée dadaïste et désopilante de Sébastien Thiéry.  Un as en la matière qui n’a pas son pareil pour démasquer et se moquer avec la perfidie qu’on lui connait, de la folie d’une époque, toujours plus déréglée et désincarnée - dont les deux personnages, complètement inadaptés à la vie, en se confrontant jusqu’ à l’absurde à des situations ubuesques - en sont la pathétique et dérisoire incarnation.

« Derniers remords avant l’oubli », le théâtre écrit et universel de Jean-Luc Lagarce 

a notoriété de Jean-Luc Lagarce, metteur en scène et dramaturge, mort prématurément du SIDA à l’âge de 38 ans en 1995, n’a cessé d’augmenter depuis sa disparition. S’il n’a pas été reconnu de son vivant comme un auteur important, c’est que son langage théâtral était trop en avance, trop en décalage sur son époque. Aujourd’hui, c’est un auteur majeur dont la langue singulière, qui creuse en profondeur, l’identifie immédiatement. Une forme stylistique faite de variations et de répétitions où la parole qui bute, trébuche, se reprend, sacralise à elle seule la dramaturgie à travers un dialogue ressassant, qui porte à son paroxysme la difficulté à être et à dire. « Derniers remords avant l’oubli » met en scène un trio qui s’est aimé dans les années 70 avant de se séparer.

« Shazam », le patchwork très accompli de Philippe Decouflé

Philippe Decouflé revient avec une pièce emblématique de son répertoire qui a marqué l’histoire de la compagnie. "Shazam" – abracadabra en anglais – est un précipité chorégraphique et visuel qui convoque sur une musique interprétée en live, tous les arts : mime, danse, magie, cirque, théâtre, et cinéma. Décomposé en 18 tableaux, on assiste à un ballet/cabaret hypnotique et burlesque où les séquences dansés, les illusions optiques et les jeux de miroirs s’enchainent à l’envi et avec brio.

« Faust » le deal parfait de Tobias Kratzer avec le diable !

L’opéra de Gounod revisité par le metteur en scène allemand Tobias Kratzer est une réussite totale. On y retrouve le vieux Faust en quête de jeunesse éternelle, mais celui-ci (le ténor français Benjamin Bernheim) en appelle à Satan (Christian Van Horn) par lassitude de payer des call-girls. Il vend donc son âme au diable dans l’espoir de gagner l’amour d’une Marguerite (la soprano Ermonela Jaho) qui danse en boîte de nuit ou se retrouve dans le métro. Une relecture qui fait écho à la relecture du Faust de Goethe par Charles Gounod, qui ancre les raisons de la vente de son âme au diable dans la recherche de l'amour et de la jeunesse plutôt que dans la volonté de connaissance dans l'esprit faustien allemand.

Une plongée en absurdie : hilarante ! sur C8, le 2 juillet 2022

Sébastien Thiéry, comédien, est aussi auteur de pièces de théâtre où son écriture portée plutôt vers l’absurde et affranchie de toute morale, cohabite avec la comédie de boulevard, n’hésitant pas à déstabiliser le spectateur. C’est à une une crise d’identité aussi kafkaïenne que loufoque que nous convie Sébastien Thiéry avec un couple Jean-Claude et Nicole Bélier qui va devenir à l’insu de son plein gré, Henry et Nadine Schmitt !

Le retour gagnant de la compagnie du Zerep / Sophie Perez, olé ! 

Avec la meringue du souterrain, leur nouvelle création, ils expérimentent le théâtre qui ne se jouerait que dans les salles vides et où la scénographie invasive déborde de toute part pour se répandre dans la salle car il n’y a pas de spectateurs. Un traquenard esthétique et scénique où une représentation, sortie de nulle part, émerge et s’élabore à travers des apartés (chantés parfois) sur un ton vif, subtil, transgressif, créatif, mélancolique et poétique.

Angelin Preljocaj joue avec la gravité : planant

Elle est invisible, impalpable et imma­nente. Qui ? La gravité bien sûr, cette force essentielle que le chorégraphe Angelin Preljocaj questionne avec brio dans son ballet pour treize danseurs.

Notre Sélection