« Le Dragon » survolté de Thomas Jolly

"Le Dragon" survolté de Thomas Jolly
« Le Dragon » | © Nicolas Joubard

« Le Dragon » survolté de Thomas Jolly

Figure reconnue de la scène contemporaine, Thomas Jolly aime mettre en scène des monstres politiques assoiffés de pouvoir et de cruauté : « Henri VI » marathon théâtral de 18 h (Molière 2015), « Richard III », « Eliogabalo » donné à l’Opéra Garnier, ou encore « Thyeste », fresque radicale sur fond de haine entre deux frères rivaux, d’infanticide et de cannibalisme.

Aujourd’hui, il s’attaque au texte d’Evgueni Schwartz, « Le Dragon ». Une parabole, éminemment politique, qui utilise le motif du conte et du fantastique pour dénoncer les mécanismes d’un système totalitaire attaché à déconstruire ce qui fait humanité, et interroger les forces de résistance face à une tel pouvoir démoniaque.

Depuis quatre siècles, un dragon à trois têtes règne en despote sur une ville imaginaire. Les autorités locales, complices et serviles, se plient à tous les caprices du monstre dont celui de sacrifier plusieurs têtes de bétail par jour et une vierge chaque année, jusqu’à l’arrivée de Lancelot.

Un jeu survolté

Une oppression à laquelle la population s’est habituée, jusqu’à ce jour de libération où le valeureux chevalier Lancelot, après un combat héroïque, triomphe du monstre dominateur.

« Le Dragon » nous rappelle toutefois que se débarrasser d’un tyran n’est pas abattre une tyrannie. Que l’asservissement d’une société toute entière n’est possible qu’avec son consentement actif, résigné ou inconscient. Car désormais libérée, la cité heureuse mais dépourvue de guide, s’apprête pourtant à basculer de nouveau dans une autre servitude.

Sous une forme féérique mais empreinte de raillerie, la fable noire, aux accents ravageurs, nous plonge au cœur de l’oppression, la soumission, l’affrontement ou encore la fausse illusion de l’homme providentiel.

Thomas Jolly s’empare avec l’univers qu’on lui connait de ce comte fantastique, qu’il habille d’une scénographie mortifère entièrement composée de noir et de blanc, sertie d’un faisceau de lumière qui découpe l’espace.

A l’abri d’une esthétique baroque, de lumières sculptées au laser, d’effets spéciaux et d’une ambiance sonore qui électrise la violence sourde et font leur effet, le dramaturge souligne, à gros traits, le grotesque des personnages, devenus une caricature d’eux-mêmes, dans ce système contrôlé par la peur et la servitude volontaire.

Un parti pris où le jeu appuyé et démonstratif des acteurs qui se font aussi entendre bruyamment, affaiblit la noirceur et la portée politique du propos où les enjeux, toujours actuels, restent toutefois lisibles et percutants.

Les comédiens incarnent à l’unisson ces personnages, tour à tour humains et lâches, glorieux et monstrueux, aux prises avec leurs certitudes et leurs déraisonnables complexités.

Dates : du 14 au 17 avril 2022 – Lieu : Grande Halle – La Villette  (Paris)
 Mise en scène : Thomas Jolly

NOS NOTES ...
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu des acteurs
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.
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