“Eliogabalo” : le pari baroque réussi de Thomas Jolly au Palais Garnier

Eliogabalo : le pari baroque réussi de Thomas Joly au Palais Garnier
Eliogabalo par Thomas Jolly (© Agathe Poupeney)

Eliogabalo : le pari baroque réussi de Thomas Jolly au Palais Garnier

Figure remarquée de la scène contemporaine où avec Shakespeare, il a mis en scène des monstres politiques que nous avions chroniqués : Henry VI marathon théâtral de 18 h (Molière 2015) et Richard III, Thomas Jolly fait ses premiers pas à l’opéra avec “Eliogabalo” de Francesco Cavalli, une œuvre baroque du XVIIe siècle inédite en France et peu jouée dans le monde.

Il poursuit ainsi son exploration de personnages hors normes et troubles dont le destin du jeune empereur Héliogabale se charge d’un pouvoir aussi démoniaque que subversif.

A l’abri d’une esthétique baroque très réussie qui s’appuie sur la lumière (avec son complice plasticien Antoine Travert) en référence au dieu du soleil (Hélios) vénéré par le monarque, Thomas Jolly installe la dramaturgie.

Elle se structure entre un décor sombre, épuré constitué d’un praticable avec un escalier qui descend dans la fosse représentant la Rome instituée et des faisceaux de lumière dynamiques, en lien avec le tempérament de feu du souverain, dont l’empreinte balaye, sculpte, cisèle, découpe l’espace entre clair-obscur et emprise dionysiaque du personnage, offrant des tableaux hypnotiques.

Si le livret de Cavalli (1602 – 1676) est plutôt sage, la “légende noire” sur laquelle s’est appuyée le metteur en scène qui entoure l’historiographie d’Héliogabalo fait état d’un homme beaucoup plus complexe et intrigant : un tribun fondamentalement subversif qui bouscule tous les codes préétablis dans la cité et interroge ainsi notre rapport à la loi, au genre, au sexe, à la norme, à la religion et plus largement à la différence.

Des images fortes égrènent la dramaturgie […]

L’empereur a régné de quatorze à dix-sept ans où sa souveraineté n’est que contradiction, oxymore, et opposition. C’est en effet un adolescent porté au sommet de l’Empire romain. À cet égard, il incarne une jeunesse désinvolte, insolente, anti-conformiste.

Et parce qu’il est originaire de Syrie, il reconnaît d’autres dieux, arbore d’autres mœurs que celles de cette Rome établie qu’il va déstabiliser. Rapide, impulsif, fougueux, incandescent, sa vie est une flamme, son magistère un grand carnaval où la recherche et la satisfaction de ses pulsions sont sa raison d’être.

Des images fortes égrènent la dramaturgie à l’instar du tableau d’ouverture et son soleil déstructuré, sculptural dont la mouvance constitue le fil rouge opératique. Celles aussi des scènes d’orgie avec les hiboux ou encore celles qui plonge Eliogabalo dans un bain d’or ainsi que l’apparition dans le dernier le dernier acte du buste de l’empereur dont l’effigie cristallise l’empreinte mémoriale.

[…] une esthétique baroque très réussie […]

La distribution est au diapason emmenée par la précision du chef argentin Leoanardo Garcià Alarcon et sa maîtrise parfaite du baroque musical où de concert avec les chanteurs dirigés d’une main de maître par Thomas Jolly, s’imprime une théâtralité de bon augure et en osmose avec la tragédie lyrique.

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Dates : Palais Garnier du 16 septembre au 15 octobre 2016 l Lieu Palais Garnier (Paris)
Metteur en scène : Thomas Jolly

Note
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Chant
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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