Henry VI de William Shakespeare, mis en scène par Thomas Jolly, à Paris

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Aux ateliers Berthier de l’Odéon en 2 cycles de 9 heures indissociables les 2 et 3 mai, 8 et 14 mai, 9 et 10 mai et 16 et 17 mai 2015 avec entractes spécialement aménagés

Thomas Jolly et les siens s’emparent avec un geste rare et total de cette matière théâtrale fleuve et explosive – à la fois poétique et populaire, vorace et légère, noire et tragique, cruelle et épique, où tous les genres de représentations sont convoqués passant sans transition du tragique au bouffon, sur fond de culture pop rock.

Henry VI de Shakespeare – composé de trois pièces publiées en 1592, soit 15 actes, 10 000 vers et 150 personnages, narrant pas moins de cinquante ans d’histoire franco-anglaise opposant les maisons royales de Lancastre et de York sur fond de guerre des Deux-Roses, d’une durée totale de dix-huit heures – n’avait encore jamais été monté en France dans son intégralité et pour cause !.

Spectacle hors normes donc auquel le jeune metteur en scène Thomas Jolly, récompensé dernièrement du Molière de la mise en scène, s’est attelé pendant quatre ans et demi, débutant ce pari fou à 26 ans avec sa jeune compagnie, la Piccola Familia. Il en a 32 aujourd’hui.

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Thomas Jolly et les siens s’emparent avec un geste rare et total de cette matière théâtrale fleuve et explosive – à la fois poétique et populaire, vorace et légère, noire et tragique, cruelle et épique, où tous les genres de représentations sont convoqués passant sans transition du tragique au bouffon, sur fond de culture pop rock.

A la fois baroque, moderne, outrancière, sanglante, cet Henri VI s’inscrit dans le pure du théâtre élisabéthain tout en étant de son époque de par ses références et ses clins d’œil pour une traversée jubilatoire.

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L’histoire commence en Angleterre à la mort d’henry V et à l’avènement de son fils henry VI âgé de neuf mois. Henry V appartient à la légende glorieuse du passé où le grand roi n’est plus qu’un cadavre et le nouveau prétendant qu’un enfant autour de qui les antagonismes se font déjà jour.

Alors que les dissensions désorganisent la cour, les Français chassent l’ennemi Anglais et Henry VI perd les conquêtes françaises de son père. Dans son royaume, le roi Henry est menacé car son titre (transmis par les Lancastre) est contestable.

La mise en scène fait la part belle au théâtre de troupe (21 comédiens) et de plateau dans la pure tradition du théâtre de tréteaux. Avec quelques accessoires, une scénographie ingénieuse, et une esthétique influencée par les jeux vidéos, clips, mangas, elle fait naître tout un univers qui épouse le cours de la théâtralité initié par le texte.

Henry IV, le fondateur de la dynastie Lancastre s’est emparé de la couronne en détrônant le souverain en titre, Richard II. Henry IV et Henry V ont su tenir en respect les différents rivaux à la couronne, mais les descendants de Richard II (famille d’York), spoliés, vont maintenant se révolter contre l’héritier d’henry IV.

La famille d’York va se charger de faire payer à Henry VI la faute de son grand-père.

Henri VI est un roi pieux, sage et raisonnable dont la bonté n’est que faiblesse aux yeux des puissants féodaux se disputant intérêts et fonctions quand ils ne construisent pas pièges et complots.

La tribologie s’achève sur l’assassinant d’Henri VI par le futur Richard III.

Renversement d’alliances, trahisons en tout genre, perfidie à tous les étages, guerres fratricides, sur fond d’opportunisme et de rivalité sans fin pour la légitimité du trône, Shakespeare nous livre le chaos d’un monde en plein bouleversement entre un Moyen Âge finissant et une époque nouvelle qui peine à se révéler. Où l’ordre suprême régi par le divin fait place à un ressort individualiste porteur de toutes les ambitions, les manipulations et de tous les reniements.

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La mise en scène fait la part belle au théâtre de troupe (21 comédiens) et de plateau dans la pure tradition du théâtre de tréteaux. Avec quelques accessoires, une scénographie ingénieuse, et une esthétique influencée par les jeux vidéos, clips, mangas, elle fait naître tout un univers qui épouse le cours de la théâtralité initié par le texte.

Au commencement carnavalesque dans un esprit décalé, la farce médiévale donne à voir l’image d’un royaume ampoulé, à l’abri de vieux matériaux de lin, de bois, de dorures. Puis au fur et à mesure que, avec l’écriture de Shakespeare, on avance dans le siècle -l’invention de l’imprimerie, des armes à feu – le geste scénique évolue.

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A l’abri de projecteurs aux lumières rasantes qui découpent l’espace, de costumes beaucoup plus noirs et silhouettés ainsi qu’une scénographie qui se déploie avec une passerelle et deux tours se séparant, comme un royaume brisé, la mise en scène marque un basculement dans la gravité tragique. Avec une esthétique beaucoup plus baroque, voire renaissance, elle se charge en rebondissements mortifères jusqu’à l’épilogue avec l’anéantissement d’une lignée et l’avènement d’une autre.

Vingt et un comédiens, tous animés du feu sacré, portent avec ferveur et fureur ces personnages, tour à tour héros et traites, glorieux et monstrueux, aux prises avec leurs absolutismes diaboliques et leurs déraisonnables complexités.

Sur une bande son mêlant des musiques du XVIe siècle et de la techno rock, les scènes se succèdent avec rythme et fluidité, dans une énergie communicative, confrontant, entre hier et aujourd’hui, la condition humaine face à sa grandeur et sa noirceur, ses ambiguïtés et ses paradoxes.

La lecture de la pièce est d’une limpidité élémentaire grâce à l’arbre généalogique de la royauté britannique au 15e siècle, commenté à deux reprises sur scène, et à l’apparition d’une narratrice, Manon Thorel, qui vient au cours des 7 actes sur un ton grandiloquent avec beaucoup d’humour et d’esprit, resituer l’action.

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Le jeu souvent frontal donne lieu à des scènes d’anthologie. On citera celle du bûcher de Jeanne d’Arc, au casque de coiffure bleu et harnais de cuir tout droit sortie du film de Luc BessonLe cinquième élément”, constitué d’une montagne de chaises. Mais aussi les scènes de bataille à Orléans et Bordeaux à la chorégraphie aussi inventive que créative où les épées sont remplacées par des rubans GPS pour un effet saisissant, sachant que le sang qui coulera tout au long cours  sera toujours sous la forme d’un ruban rouge déployé.

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Ou encore la nuit de la Saint-Albans, chorégraphiée comme un jeu vidéo à travers trois tunnels rouge, qui voit les protagonistes en transparence apparaître puis disparaître dans une illusion aux lisières du fantastique, aussi étonnante que sidérante.

Vingt et un comédiens, tous animés du feu sacré, portent avec ferveur et fureur ces personnages, tour à tour héros et traites, glorieux et monstrueux, aux prises avec leurs absolutismes diaboliques et leurs déraisonnables complexités.

Un théâtre de troupe qui fait sens et tout à la démesure du grand Will…

Note
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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