Mozart en état de grâce, dans les pas d’Anne Teresa De Keersmaeker

Mozart en état de grâce, dans les pas de d'Anne Teresa De Keersmaeker
Cosi fan tutte au Palais Garnier © Christophe Pelé / OnP

Mozart en état de grâce, dans les pas d’Anne Teresa De Keersmaeker

Avant de débuter, le Directeur général de l’Opéra de Paris, Stéphane Lissner, rend hommage à Pierre Berger ancien Directeur de la maison, décédé le 8 septembre 2017.

Il rappelle que ce dernier n’a jamais cessé de soutenir l’institution et qu’il avait aimé l’inspiration d’Anne Teresa De Keersmaeker pour cet opéra et sa direction par Philippe Jordan dont les nouvelles représentations lui sont dédiées.      

Après les précédentes collaborations entre Anne Teresa De Keersmaeker et le Ballet de l’Opéra de Paris, qui compte désormais à son répertoire inscrit deux de ses spectacles que nous avions chroniqués (Rain et la soirée de répertoire Bartók/Beethoven/Schönberg ), c’est en tant que metteur en scène qu’elle signe cette production de Cosi fan tutte de Mozart avec sa compagnie Rosas, reprise pour cette nouvelle saison.

Elle associe un danseur de la compagnie Rosas à chaque chanteur où cette duplication à partir d’un geste sûr et si particulier, révèle l’essence même de l’œuvre. Et donne à voir la géométrie de la musique porteuse de multiples résonances, corporelles, émotionnelles, qui sont ainsi dansées où s’inscrivent également les non-dits.

Ferrando et Guglielmo sont fiancés à deux sœurs, Dorabella et Fiordiligi. Afin de démontrer à un philosophe que leurs fiancées sont fidèles, ils font semblant de partir à la guerre, puis reviennent déguisés en étrangers où sous ces fausses identités, courtisent les deux femmes. Mais  voilà que leur plan déraille : chacun se retrouve à poursuivre la fiancée de l’autre. Les couples d’origine sortiront-ils indemnes de ce jeu de l’amour et de la cruauté ?

Entre énergie et mélancolie

La chorégraphe s’empare avec finesse de cette question qui explore l’appel à la transgression entre ces personnages gouvernés par leur désir. Le tout au diapason de la partition claire-obscure de ce Mozart si proche de Marivaux. Et qui n’a cesse de jouer les funambules entre opera buffo et opera seria, soit entre légèreté et profondeur.

Sur un plateau nu, totalement repeint en blanc, avec seulement de chaque coté des panneaux de plexiglass transparents, Anne Teresa De Keersmaeker scrute entre variation géométrique et dynamique pulsative propres à son style, les jeux de la séduction et du désir.

Le vocabulaire fluide, jamais narratif, fait corps avec la musique dont l’élan, tantôt immobile, tantôt volcanique, transfigure la tension des corps et leur rapprochement.

Une distribution épatante

Et l’écriture sur le thème du livret sans jamais le surcharger dessine des motifs qui recomposent l’espace d’où les corps interagissent entre énergie et mélancolie.

La distribution d’une belle homogénéité – en accord parfait avec les rôles/pas distribués où les voix des chanteurs, les lignes chorégraphiques des danseurs en binôme, apportent leur expressivité (Ida Falk-Winland/Cynthia Loemij, Stephanie Lauricella/Samantha van Wissen, Cyrille Dubois/Julien Monty, Edwin Crossley-Mercer/Michaël Pomero, Simone Del Savio/Bostjan Antoncic, Maria Celeng/Yuika Hashimoto) – est à saluer.

INFOS

Date : 12 septembre au 21 octobre 2017 au Palais Garnier
Metteur en scène : Anne Teresa De Keersmaeker

Note
Originalité
Scénographie
Chanteurs
Chorégraphie
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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