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« Clair-obscur » — quand l’ombre éclaire le présent à la Bourse de Commerce

« Clair-obscur » — quand l’ombre éclaire le présent à la Bourse de Commerce
Victor Man, Titiriteros, 2023, Pinault Collection © Victor Man © Adagp, Paris, 2026. Photo : def image

« Clair-obscur » — quand l’ombre éclaire le présent à la Bourse de Commerce

À la Bourse de Commerce, l’exposition « Clair-obscur » s’apparente à une étonnante traversée crépusculaire, où une centaines d’oeuvres d’artistes de la Collection Pinault s’y dévoilent.

Pour une traversée d’une matière première presque métaphysique, organique : la lumière. Ou plutôt cette part d’ombre qui la rend visible aux confins perceptibles de l’inconscient.

Sous le commissariat d’Emma Lavigne, la Collection Pinault rassemble une vingtaine d’artistes modernes et contemporains pour éprouver cette illustre technique picturale – née au XVIᵉ siècle et portée à incandescence par le Caravage – comme une méthode pour lire le présent.

Mais ici, pas de leçon d’histoire de l’art. Plutôt une dramaturgie du visible.

Voir dans le noir

Dès la rotonde, le spectateur est happé par Camata (2024) de Pierre Huyghe, film rituel tourné dans le désert d’Atacama : un théâtre cosmique où l’image semble s’enivrer d’elle-même, pilotée par des algorithmes et des capteurs.

L’espace circulaire devient un amphithéâtre archaïque où l’on contemple non pas une œuvre mais une sorte de cérémonie technologique. L’art contemporain, ici, ne représente plus le monde : il l’observe en train de muter.

Cette entrée en matière donne le ton. L’exposition se déploie comme une lente acclimatation de l’œil à l’obscurité.

Chez Bill Viola, les corps surgissent de la nuit comme dans une peinture baroque passée au ralenti : la flamme, l’eau, la chute – autant d’éléments qui confèrent à l’image une gravité presque liturgique.

À l’autre extrémité du spectre, les peintures de Victor Man semblent sorties d’une cave mentale : silhouettes indistinctes, pigments assombris, comme si la toile avait absorbé toute la lumière du monde pour n’en restituer qu’un murmure.

Ce qui frappe surtout, c’est la manière dont l’exposition substitue au spectaculaire une invitation à l’intériorité et y célèbre la pénombre sensorielle.

Les œuvres de Giacometti, Dubuffet ou Richier y deviennent des présences spectrales : l’humain réduit à un fil, à une croûte, à une excroissance fragile dans la nuit du monde.

Les vitrines confiées à Laura Lamiel prolongent ce climat d’intériorité : objets trouvés, surfaces métalliques, tubes fluorescents — une archéologie intime et d’une grande poésie, où la lumière agit moins comme révélation que comme une sensation.

On y lit les traces d’un inconscient contemporain : catalogué, fragmenté, irradié.

Et c’est là que l’exposition trouve sa véritable justesse. Car le clair-obscur n’y apparaît pas seulement comme un procédé esthétique mais comme une métaphore politique de notre époque : un temps saturé d’images où la lumière – médiatique, technologique, spectaculaire – produit paradoxalement toujours plus d’ombre.

Au fond, « Clair-obscur » parle moins de peinture que de contemporanéité. L’exposition reprend presque mot pour mot l’intuition de Giorgio Agamben : « être contemporain, c’est regarder non la lumière de son temps mais son obscurité ». Un regard qui éclaire le monde mais qui n’est visible qu’à la condition d’accepter sa part d’obscurité.

 Dates : jusqu’au 24 août 2026 – Lieu : Bourse de Commerce Pinault Collection (Paris)

NOS NOTES ...
Intérêt
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.
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