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Daho, L’homme qui chante, une BD de David Chauvel et Alfred (Delcourt)

Daho, L’homme qui chante est une petite lucarne ouverte sur l’intimité d’Etienne Daho. Le chanteur raccourcit son habituelle distance protectrice pour se livrer pudiquement à travers la plume de David Chauvel (Alexandre, L’épopée, Black Mary, Le Poisson-clown, Soul Man, WW2.2) et d’Alfred. La réalisation de son dernier album Les chansons de l’innocence retrouvée sert de fil rouge à un récit introspectif où les réflexions personnelles se mêlent aux commentaires éclairants de ses collaborateurs proches et moins proches. Pas d’avalanche inconsidérée de détails, juste des confidences délicatement distillées et soulignées par un dessin finement elliptique.

Figure de la scène Pop française depuis son premier album Mythomane en 1981, Etienne Daho a sorti pas moins de 13 albums gorgés d’hymnes de la chanson française. 35 ans de carrière méritent bien un petit clin d’oeil, surtout quand ce laps de temps correspond presque exactement à la durée de ma vie martienne. Né le 14 janvier 1956 (bon anniversaire avec un peu de retard!), Daho émerge au milieu de la scène rock rennaise à la fin des années 70. Le filet de voix fragile, la tessiture grave, les délicates harmonies et la poésie des textes l’imposent rapidement à un public devenu passionné et fidèle. Un récent concert à Rock en Seine toute fin aout 2015 m’a confirmé l’évidence. Etienne Daho donne sans compter quand il s’agit de partager des émotions pures. Réarrangements des classiques, ajout de morceaux plus récents, le concert fut un moment phare du festival. Je me souviens d’une pelouse diskönoir de monde et de chansons reprises à tue tête par une foule conquise.

La composition et l’enregistrement des chansons de l’innocence retrouvée sont analysés pas à pas par ceux qui l’ont fait. Musiciens, équipe de production, équipe technique, tous sont mis à contribution pour donner des accents de vérité au récit. Les petites habitudes, la magie du tâtonnement, l’immédiate convivialité que le chanteur installe avec ses collaborateurs, des détails habituellement éludés sont ici livrés et dévoilent des pans entiers de sa personnalité. Les attractions (désastres?) avec Londres, la vie en tournée monacale et l’année écoulée entre l’édition du disque et la tournée promotionnelle sont les grandes étapes d’un récit apaisé et mélancolique. Presque content de ne pas m’être plongé plus tôt dans le dernier album, j’ai pu mêler écoute et lecture pour découvrir sa substance. Il est des rendez vous, pas de coïncidences…

“[Un] récit […] d’une limpidité étonnante”

D’aucuns analyseront cette volonté d’épanchement comme une élégante manière de confesser les raisons de cette tournée Diskönoir décalée de plusieurs mois. L’intense fatigue physique ressentie suite à une longue convalescence s’exprime avec des dessins simples et des explications directes. Dans un monde réévolué, Etienne Daho a pris le soin de ne pas tricher et de rencontrer son public en pleine possession de ses moyens. Comme libéré d’un poids pesant, il semble en complète adéquation avec son intemporelle sincérité. S’il revient aussi peu que possible sur cette abracadabrante rumeur de sa mort en 1996, il égrène surtout le fil de ses albums et leur place dans sa vie. De La Notte La Notte à L’invitation en passant par Paris Ailleurs, la BD donne envie de découvrir (ou redécouvrir) sa discographie.

Une fois les 140 pages avalées me vient cette réflexion. David Chauvel et Alfred semblent laisser la plume à un chanteur qui se livre à un récit quasi autobiographique. A qui s’adresse Etienne Daho ? Ses fans boiront ses commentaires aussi religieusement qu’ils écoutent chacun de ses nouveaux albums. Les débutants en Etienne Daho préfèreront passer par la case écoute des albums avant de côtoyer de si près un chanteur encore inconnu. Les contempteurs ne se donneront pas la peine de creuser le sillon d’un chanteur qu’ils méprisent. J’en oublie que ce n’est pas Daho qui guide l’ouvrage, c’est une BD sur Daho avec quelques incursions du chanteur. Les frontières sont floutées et il faut de nombreux passages sur les innombrables qualités du chanteur pour se souvenir. Les hommages continuels sont autant de rappels que le discours ne peut être que très policé pour faire le tour sans encombres de sa personnalité publique. Mais le Daho privé reste insondable et insondé. Toujours ce besoin d’auto-protection… Si les auteurs semblent se départir de tout recul, cela touche vraisemblablement à leurs visées. Il s’approchent si près du chanteur qu’ils sont comme fascinés et oublient le regard critique.

Un petit mot, justement, sur les auteurs, je ne voudrais pas donner l’impression de m’échouer avec plaisir sur les cotes Dahoiennes tel un Ulysse irrésistiblement attiré par son chant de sirène. Le récit est d’une limpidité étonnante, simplifiant au maximum l’élaboration somme toute fastidieuse d’un album pour n’en laisser qu’une impression persistante de fluidité. Le dessin me rappelle les bulles de Berberian, avec une ligne claire et une économie de détails. Si ce sont les auteurs qui ont d’abord approché le chanteur, la rencontre ne semble pas du tout fortuite. Le naturel de ce bel équipage enchante le lecteur fan de Daho. Comme tous les ouvrages quasi hagiographiques, la connaissance préalable du sujet est un atout mais non pas une nécessité. Laissez vous guider pour mieux redécouvrir et apprécier le chanteur.

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« Nous souhaitons faire un livre atypique, passionné, différent, beau, tout simplement, autour d’un artiste qui nous émeut et nous passionne. » Ainsi se termine le mail envoyé par les auteurs, en septembre 2012, au manager d’Étienne Daho. Ils ignorent alors que de Londres à Paris puis sur les routes de France, ils vont suivre l’artiste pendant deux ans et demi et raconter comment on fait un disque, depuis son écriture jusqu’à la fin de la tournée.

Date de parution : le 21 octobre 2015
Auteurs : David Chauvel (scénario) et Alfred (scénario et dessin)
Genre : Biopic
Editeur : Delcourt
Prix : 18,95 € (140 pages)
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