Un dernier baiser de Mozart enlevé et machiavélique

Le dernier baiser de Mozart
Le dernier baiser de Mozart, Petit Montparnasse

Un dernier baiser de Mozart enlevé et machiavélique

Le baiser de Mozart prend place aux lendemains de la disparition du génial compositeur autrichien. Une avalanche de dettes accable sa veuve Constance bien démunie pour faire vivre dignement leur enfant. La gloire n’a pas rendu le couple riche et il reste ce Requiem inachevé que le commanditaire exige sous peine de remboursement des sommes déjà versées. Quand le disciple Franz-Xaver Süssmayer vient prendre des nouvelles, un échange à bâtons rompus s’installe entre passion et récriminations pour un passionnant moment de théâtre.

Wolfgang Amadeus Mozart disparait en 1791 à l’âge de 35 ans. Si son oeuvre s’est inscrite pour l’éternité dans le patrimoine musical universel, Constance Mozart n’a que 200 florins pour subsister chichement. Dépensier, volage, extravagant, Mozart attendait la maturité pour faire fortune. Parti trop tôt, il n’a pas eu le temps de faire fructifier ses compositions. Mais sa veuve compte bien grappiller chaque sou possible. La pièce se joue en huit clos dans l’appartement des Mozart entre Constance et Franz. Un clavecin trône au milieu de partitions éparpillées sur le modeste mobilier. La déférence de l’élève pour la femme du maitre laisse place à des révélations et la surprise le dispute à l’incompréhension. Le besoin d’argent de la survivante rivalise avec le besoin de reconnaissance du compositeur amateur, conscient de ses limites par rapport à l’illustre disparu.

La pièce fait alterner douceurs sucrées et ton plus belliqueux entre les deux survivants éplorés. Dans l’ombre du génie, ils n’ont jamais pu se réaliser pleinement et leurs limites s’imposent à eux comme une évidence. L’air du Concerto 23 se fait entendre tandis qu’un débat sur la pertinence de finaliser le Requiem les oppose. Il clame avoir reçu des directives de Mozart, elle hésite à lui confier le travail. Le Requiem devient un enjeu de chantage, d’autant plus douloureux que la pièce atteint des sommets d’émotion et de complexité. La tristesse laisse place à des révélations fracassantes qui transforment les 1h30 de la pièce en moment d’histoire secrète. La pièce fait perdurer la magie du film Amadeus tant l’ombre du génie semble planer sur la scène. Mozart fut-il le plus grand ? Il n’eut en tout cas pas la vie la moins intéressante.

Delphine Depardieu et Guillaume Marquet incarnent avec conviction les personnages historiques. La badine de la première tranche avec le maladresse du second et il faut bien des palabres pour voir apparaitre l’assurance du disciple et la duplicité de la veuve. Loin d’être figés dans une seule et même posture tout du long, ils alternent avec conviction pour faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. La mise en scène de Raphaëlle Cambray fait honneur au texte d’Alain Teulié pour une pièce qui tient en haleine comme un thriller historique. Si quelques réflexions assez loin du XVIIIe siècle font quelque peu douter de la valeur historique des échanges, les faciès sont suffisamment convaincus pour ne pas en prêter ombrage.

L’enthousiasme est bel et bien présent dans cet hommage à la postérité du compositeur autrichien. Toute occasion d’évoquer son oeuvre est immanquablement un plaisir, la preuve en est faite une fois de plus. Et quand en plus on peut écouter ses oeuvres en assistant à une belle pièce de théâtre, c’est Byzance!

Dates :  à partir du 7 septembre 2016
Lieu : Théâtre Petit Montparnasse (Paris)
Metteur en scène : Raphaëlle CAMBRAY
Avec : Delphine Depardieu, Guillaume Marquet

Note
Originalité
Mise en scène
Jeu des acteurs
Texte
Stanislas Claude
Rédacteur ciné, théâtre, musique, BD, expos, parisien de vie, culturaddict de coeur. Fondateur et responsable du site Culturaddict, rédacteur sur le site lifestyle Gentleman moderne. Stanislas a le statut d'érudit sur Publik’Art.

1 commentaire

LAISSEZ UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here