Ce film de 1961 est l’avant dernier chef d’œuvre du maitre japonais. Tout son style si caractéristique s’y retrouve avec ces longs plans fixes à hauteur de tatamis, ces paysages montrés langoureusement et puis ce réalisme à toute épreuve, sans esclandres ni dramatisations excessives. Sans pathos ni effets superfétatoires, le réalisateur parvient à instiller dans l’esprit du spectateur les graines d’une tragédie à venir. L’insouciance et le laisser-vivre s’effacent devant l’anxiété croissante des filles d’un vieux propriétaire de brasserie de saké qui agit contre le sens commun, jusqu’à se mettre en danger. Un film à redécouvrir le 5 aout en salles pour une ressortie très attendue.

Du Ozu pur jus

Entre jeunes femmes entreprises par des prétendants compassés et ton pudique à l’ancienne, Dernier Caprice dévoile tout un monde aujourd’hui disparu. Alors que le drame de la seconde guerre mondiale est encore dans tous les esprits, les personnages semblent avant tout légers voire frivoles, au moins dans un premier temps, vissés dans les certitudes d’une époque, avant que les agissements d’un vieux patriarche à la nombreuse progéniture mais allant rencontrer en secret une vieille maitresse ne jette un voile d’inquiétude sur un film qui devient une réflexion sur la fugacité des choses et le temps qui passe irrémédiablement. L’angoisse n’est pas visible proprement dite mais elle transparaît dans tous ces dialogues qui n’évoquent jamais directement les choses mais sont d’autant plus pesants par leur manière de tourner autour du pot. La scène finale de cortège funèbre avec ces corbeaux assistant à la tristesse humaine en dit bien plus long que n’importe quel dialogue finalement inutile. Les fondamentaux de l’existence humaine sont subtilement évoqués par Ozu pour en faire ressortir l’universalité et provoquer une émotion réelle chez les spectateurs. Et comme le maitre réalisateur ne cesse d’opérer avec une économie de moyens n’ayant que d’égal la justesse de sa technique, le bon goût le dispute constamment à la pudeur pour toucher au cœur.

Il faut se rappeler qu’avec 54 films et à presque 60 ans, se sachant malade et usé par une vie d’excès, ce Dernier Caprice fait figure de film testament pour Ozu. Et quand le vieux Banpei voit sa brasserie autrefois prospère décliner sous les assauts de grandes firmes capitalistes inspirées du modèle américain, la métaphore ne fait pas de doute. L’artisanat du cinéma ne fait pas le poids devant la puissance financière des entreprises du divertissement, mais le vieil homme sourit continuellement alors que ses filles font grise mine devant les sombres perspectives du futur. Un film très actuel, finalement.

Synopsis: Manbei Kohayagawa est le patron d’une petite brasserie de saké au bord de la faillite. Le vieil homme est entouré de ses trois filles : l’aînée, Akiko, veuve et mère d’un petit garçon, qu’il souhaite remarier ; la cadette, Fumiko, dont l’époux, gérant de la brasserie, se dévoue corps et âme pour la survie de l’entreprise ; et la benjamine, Noriko, qui refuse tous les prétendants choisis par sa famille. Ces derniers temps, Manbei trouve du réconfort auprès de Tsune Sasaki, son ancienne maîtresse chez qui il se rend en douce. Bientôt, la santé du patriarche commence à décliner…

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