Une Dorothy Parker tour à tour mélancolique et truculente au Lucernaire

Dorothy Parker

Une Dorothy Parker tour à tour mélancolique et truculente au Lucernaire

Le Théâtre Lucernaire laisse carte blanche à Natalia Dontcheva pour ressusciter Dorothy Parker dans un spectacle truculent et enlevé. Poète, scénariste et grande gueule en chef de la haute société new yorkaise des années 30 à bien plus tard, Dorothy Parker est rentrée dans la légende pour sa morgue et son humour caustique. La pièce nous fait découvrir un personnage haut en couleur, souvent révoltée mais également bien seule.

La pièce Dorothy Parker se concentre sur les pierres angulaires de l’existence d’une prêtresse de la critique littéraire. Sa vie romanesque est racontée par le menu via le texte de Jean-Luc Seigle. Saillies vengeresses, monologues enflammés, les principaux faits d’arme d’une éternelle révoltée sont amplement évoqués. Sa relation tumultueuse avec Alan Campbell sert de fil rouge à une vie partagée entre New York et Hollywood, avec toujours cette éternelle bouteille de whisky à ses côtés. Si la passionaria n’hésite pas à égratigner tout azimut, elle est également la cible du maccarthysme triomphant des années 50. Son inscription sur les fameuses listes noires achève de la blacklister pour une fin de vie solitaire et aigrie. Car loin de se laisser déstabiliser, elle se bat de toutes ses forces pur dénoncer l’abus de pouvoir du sénateur vindicatif, jusqu’à léguer ses maigres biens à Martin Luther King comme un dernier pied de nez.

Si Dorothy Parker ne s’est jamais déjugée, la pièce amène à se poser la question de l’intérêt d’une telle posture. Ses interlocuteurs téléphoniques préférés sont le concierge de l’hôtel où elle vit, une amie fortunée aux crochets de laquelle elle survit et son mari/ex-mari irrésistiblement aimanté par elle. L’actrice multiplie les postures outrées pour signifier l’ego surdimensionné d’une diva placée bien au delà des contingences matérielles. Vison, robe Dior et talons hauts forment son quotidien, l’argent n’est qu’une chose vulgaire qui ne doit pas occuper l’esprit. Les monologues de l’actrice n’amènent aucune réponse, ses questions restent sans réponse et le jeu d’actrice est délibérément à sens unique. La mise en scène d’Arnaud Selignac ne fait intervenir aucune autre voix que celle de Natalia Dontcheva, prêtresse omnipotente de son petit univers.

Une pièce pittoresque toute tournée vers la personnalité démesurée d’une mondaine américaine. L’humour subtil ne déclenche pas de salves de rires mais amène à se poser la question. La solitude est-elle le prix à payer pour conserver intacte son intégrité ?

Dates :  du 4 mai au 25 juin à 19h du mardi au samedi
Lieu Théâtre Lucernaire
Metteur en scène : Arnaud Selignac
Avec : Natalia Dontcheva

Note
Originalité
Mise en scène
Texte
Jeu de l'atroce
Stanislas Claude
Rédacteur ciné, théâtre, musique, BD, expos, parisien de vie, culturaddict de coeur. Fondateur et responsable du site Culturaddict, rédacteur sur le site lifestyle Gentleman moderne. Stanislas a le statut d'érudit sur Publik’Art.

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