Le nouveau film de Werner Herzog a tous les atours d’un documentaire tourné au cœur du Japon actuel. Family Romance imagine un personnage entre rêve et réalité, documentaire et fiction, agent d’une agence où les employés sont payés pour jouer des rôles et faire semblant. L’ambiguïté est constamment palpable chez ce professionnel apparemment toujours sincère dans toutes ses prestations, et pourtant… Avec des acteurs tous non-professionnels, Werner Herzog brouille les frontières entre fiction et documentaire en ajoutant à ses 6 heures de rush des images du Japon coincé entre tradition et modernité.

Un film entre fiction et réalité

Cet homme engagé par une société pour se faire passer alternativement pour le père disparu d’une fillette de 12 ans et pour d’autres personnages fantasmés mélange réel et fantasme, improvisation et part de lui-même, jusqu’à faire douter le spectateur sur ses talents d’acteur. N’est-ce pas justement parce qu’il reste toujours lui-même qu’il parvient à convaincre sans mal? Le film n’utilise aucun effet ni artifices visuels, ce qui concourt à sa très grande langueur. Du fait d’un budget riquiqui et qu’il a été tourné de manière artisanale, le film doit s’appuyer sur les acteurs amateurs pour réussir à fonctionner. Le cinéaste allemand de Aguirre la colère de Dieu ou Fitzcarraldo a toujours alterné le tournage de films et de documentaires, il mélange ici les deux pour un résultat surprenant. L’entreprise Family Romance sert de prétexte à une réflexion sur l’apparence dans notre société de plus en plus dématérialisée où n’importe qui peut se passer pour un autre pour peu qu’il s’en donne la peine. Cette location de proches pourrait sembler invraisemblable, elle devient bizarrement crédible au fur et à mesure que le film avance. Que ce soit pour ressembler à un père disparu ou pour obtenir une marque d’affection ou de soutien, les circonstances semblent pleinement justifier la demande de mystificateurs pour combler des vides ou répondre à des problèmes insolubles. Plusieurs histoires s’accumulent en parallèle et décrivent un pays certes moderne mais pourtant en proie à une déshumanisation problématique. Le besoin de reconnaissance se passe de crédibilité et une escouade de photographes loués pour une occasion particulière suffit pour combler n’importe quel besoin de reconnaissance. Comme sur une scène de théâtre, les acteurs jouent un rôle pour le seul plaisir de leur public, aucune différence avec n’importe quel autre spectacle. L’absence d’artifices ou d’effets dans la mise en scène du réalisateur concourt à rendre ultraréalistes les mini-scénettes qui se jouent, instillant un sentiment de malaise chez le spectateur. La fragilité des loueurs apparait dans toute sa nudité, le besoin de ressentir une émotion forte prend le pas sur la crédibilité de la situation.

Le constat lancinant que tout n’est que forfaiture n’empêche pas le spectateur de se prendre au jeu d’acteurs qui rivalisent de talent pour remplir leur tâche. Les bonheurs même pathétiques participent à enjoliver la vie terne des ces humains sans épaisseur, et en cela le film de Werner Herzog parvient à cerner en quoi une société moderne au cœur d’un pays riche se trouve dans une impasse, car rien ne remplace l’amour pour lier les gens. Le film sera en salles le 19 août prochain!

Synopsis: Perdu dans la foule de Tokyo, un homme a rendez-vous avec Mahiro, sa fille de douze ans qu’il n’a pas vue depuis des années. La rencontre est d’abord froide, mais ils promettent de se retrouver. Ce que Mahiro ne sait pas, c’est que son “ père ” est en réalité un acteur de la société Family Romance, engagé par sa mère.

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