Festen, le repas froid, au théâtre de Ménilmontant les 24 et 25 avril (Paris)

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Quant on parle de repas familial, autour d’une grande table avec du bon vin et des visages que l’on aime, on imagine cette chaleur qui nous envahit, causée d’une part par l’alcool massivement bue et d’autre part par le bonheur que le moment procure. Quant on ne parle pas politique, le repas familial est chaud. Festen bien au contraire, est froid.

Nous voilà non pas sur une table de repas familial, mais plutôt sur une table de dissection où la famille même est la disséquée.

Pour l’anniversaire du patriarche Helge, ses enfants, et quelques amis se retrouvent atablés. La famille paraît soudée, unie. Mais, en grattant les couches apparentes, elle pullule de tourments qui mettront en branle cette “stabilité” familiale. Alors que l’entrée vient d’être servie, Christian, l’ainé, porte un toast. Et quel toast… Ainsi il dévoile une facette inconnue jusque-là du père Helge, celle d’un pédéraste ayant violé l’aîné Christian, et sa sœur Linda, suicidée il y a quelques temps.

Le drame Festen survole un tas de sujets différents: idiotie de l’homme, vérité, racisme, art du langage et drames familiaux.

Laura Bolgheri et Cécile Charbit, metteuses en scène, propose une adaptation du film de Thomas Vinterberg qui a rayonné avec son film en 98 à Cannes. Ce n’est pas une copie conforme au texte du cinéma, la pièce est construite de manière personnelle et s’affirme dans le sillage des mises en scènes modernes. Un invité, à certains moments, utilise sa caméra pour filmer. Les images sont reportées en arrière plan sur une toile, au même moment que l’invité filme. Le spectateur se voit être davantage impliqué, car on lui offre d’une part l’axe visuel classique au théâtre mais d’autre par celui de la caméra, qui l’immerge totalement dans le drame familial. Nos yeux perçoivent les faciès décomposés de certains, et amusés, d’autres. Le décors se limite à une table, des chaises, des assiettes et bouteilles: la fête est l’élément centrale de la pièce, et c’est un choix que les metteuses en scène revendiquent. La cruauté humaine prolifère entre deux chansons d’ivrognes.

Festen te blesse.

On dénombre une quinzaine d’acteurs, tous assez remarquables. Entre Mickael (Jean Thomas Ward), le cadet grande-gueule raciste qu’on hait dès les premières minutes, le patriarche Helge (Erik Chantry) qu’on apprend à haïr au fur et à mesure que les nœuds de la dramaturgie se défont, et Christian (Olivier Kuhn) le fils ainé, celui qui va dynamiter la famille, et bouleverser le public, on perçoit une palette de figures et personnages assez intéressants. Quand Erik Chantry joue parfaitement un personnage à la diction saccadée, Olivier Kuhn incarne et revête la peau de Christian. Ce dernier est convainquant par la sincérité du jeu du comédien, et, Chantry campe un personnage faux et son jeu laisse entrevoir cette fausseté. Tous les comédiens sont bons et crédibles, l’équipe fonctionne. Certains nous amusent, d’autres nous transpercent.

Festen est une affaire qui roule. Le public n’est pas indifférent. Même si les débuts peuvent être moyennement captivant, quand Christian porte son toast et débale cette sombre affaire, on reste schotché dans notre fauteuil, bouche béante et sèche, langue pendue, pendant le reste de la pièce. Le public se tait et rigole quant il faut. Nous sommes absoluement embarqués dans cette histoire de déconstruction et reconstruction familiale, où les souvenirs sont déterrés, et où le père, pour son anniversaire, est enterré. Le repas est froid, le festin nous gèle, mais l’humour et l’amour nous réchauffe, et nous évite, comme le père, de nous conduire six pieds sous terre.

Festen est à consommer le 24 et 25 avril, au Théâtre de Ménilmontant, Paris.

Lodi
Relativement petit, attendant sa grande heure.

1 commentaire

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