Géométrie du triangle isocèle, pièce diabolique au Théâtre Milhaud

Géométrie du triangle isocèle

Géométrie du triangle isocèle, pièce diabolique au Théâtre Milhaud

La compagnie Les Fées sans elle reprend la pièce Géométrie du triangle isocèle sur les planches du Théâtre Milhaud dans une nouvelle mise en scène. Créée en 2008, la pièce place trois femmes dans un triangle amoureux ambigu et déséquilibré.  Une pièce diabolique aux illustres inspirations.

La particularité géométrique du triangle isocèle est d’avoir deux côtés de même longueur, singularisant ainsi le troisième côté face à leur parfaite égalité. Ce troisième côté est le véritable enjeu de la pièce, interrogeant sur l’identité de la femme qui sera laissée pour compte. Mélanie Journeau invoque Bergman période Scènes de la vie conjugale dans sa mise en scène du texte de Frank d’Ascanio. Deux femmes devisent sur l’avant-scène tandis qu’une troisième est assise à l’arrière, absente physiquement mais au centre des discussions. Lola révèle à Véra son aventure avec Nina. Véra lui avoue qu’elle l’avait deviné et ne s’en offusque pas, commençant à fréquenter l’intruse tout en encourageant sa compagne à prolonger la relation. Si les discussions initiales fleurent bon l’inconséquence et la légèreté, les rapports se tendent d’abord imperceptiblement puis plus brutalement. Les longs palabres dévoilent une toile psychanalytique plus complexe. Le spectateur fasciné assiste à un jeu méthodiquement orchestré par une Véra bien moins bienveillante qu’espéré.

Les trois actrices jouent sur les affects avec charme et délicatesse

Les rapports de force font penser aux Liaisons Dangereuses de Choderlos de LaclosL’agrément bienveillant de Véra cache des intentions sournoises que les tourterelles peinent d’abord à déceler avant de devoir les affronter. Le jeu bavard et intellectuel se transforme en jeu du chat et de la souris, à la limite du sadomasochisme. L’ombre de Pedro Almodovar s’insinue avec une perversion qui donne tout le sel de la pièce. La musique initiale et finale renforce cette impression de personnages qui se percutent comme dans un jeu de billard. Cette Gnossienne envoutante d’Erik Satie exige une interprétation lente et douloureuse, demandant de la retenue et l’absence de tout sentimentalisme. Musique du contrôle de soi, elle se prête à merveille à Véra la manipulatrice.

Le jeu dialectique et rhétorique auquel se prêtent les trois femmes renferme bien des surprises. Les faux semblants guident ce couple face à une pièce rapportée qui privilégie les sentiments francs et directs. Les trois actrices jouent sur les affects avec charme et délicatesse. Jamais un mot plus haut que l’autre pour instiller le malaise ou la commisération. Géométrie du Triangle Isocèle est un vrai moment de subtilité théâtrale à découvrir au plus vite au Théâtre Milhaud.

Dates :  Jusqu’au 27 mai 2016
Lieu Théâtre Milhaud
Metteur en scène : Mélanie Journeau
Avec : Marie Herivan, Mélanie Journeau, Florence Fournier

Note
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu des actrices
Stanislas Claude
Rédacteur ciné, théâtre, musique, BD, expos, parisien de vie, culturaddict de coeur. Fondateur et responsable du site Culturaddict, rédacteur sur le site lifestyle Gentleman moderne. Stanislas a le statut d'érudit sur Publik’Art.

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