La comédienne arrive sur scène et la ressemblance est troublante avec l’actrice Renée Falconetti dans la Jeanne d’Arc du film réalisé par Carl Theodor Dreyer et sorti en 1928, classique d’entre les classiques. Mêmes cheveux courts, même regard habité, même présence troublante. La comédienne Séverine Cojannot offre une déclinaison moderne de l’existence courte mais intense d’une figure de l’histoire de France. De la révélation à l’âge de 13 ans jusqu’au bucher à 19 ans, la jeune fille issue de Domrémy en Lorraine a convaincu le roi Charles VII de lui confier son armée pour bouter les anglais hors du Royaume. En tenue d’homme, le drapeau à la main, elle a repris Orléans et insufflé une vitalité à un pays proche de se désagréger. La pièce est d’une intensité rare, la comédienne se révèle complètement dans un texte des plus intenses et la mise en scène de Monica Guerritore parfaite pour mettre la comédienne en valeur. Un moment rare de théâtre où les artifices sont superflus pour colporter des idées humanistes toujours autant d’actualité.

Une Jeanne d’Arc d’aujourd’hui et d’hier

La comédienne arrive sur scène en T-Shirt et treillis noirs avant de se revêtir de pièces d’armure pour déclamer son texte avec talent, sans hésitations ni écorchures. Jeanne d’Arc est déjà emprisonnée à Rouen et jugée avec pour seule issue cet inévitable bûcher. Elle revient sur sa vie de bergère et les voix entendues maintes et maintes fois pour l’enjoindre d’embrasser son destin et de bouter les armées anglaises hors de France. Pour accompagner son monologue toujours autant habité que volontaire, des musiques fort à-propos se font entendre, Carmina Burana de Carl Off, l’Adagio de Samuel Barber, The Show must go on de Queen et le requiem de Mozart. L’émotion n’en est que plus décuplée pour rendre très réel ce récit rentré dans la légende. Des voix, un destin, un symbole, la jeune fille a accompli un parcours hors normes devenu un exemple pour la République. Le message parait simple, et pourtant. En proclamant que chacun de nous peut combattre les injustices et changer le cours de l’Histoire, elle parle surtout de montagnes à déplacer et de miracles à accomplir, de ceux auxquels se sont attaqués Martin Luther King, Che Guevara ou Greta Thunberg, dont les images apparaissent sur le rideau à l’arrière plan. Cette Jeanne d’Arc a tout d’une jeune fille moderne, résolue et déterminée, car guidée par une voix selon elle divine qui l’emplit d’une ineffable confiance en elle et dans sa mission. Elle a pourtant devant elle un tribunal d’ecclésiastiques retors qui s’appuient sur des arguments péremptoires et vides de sens pour la pousser dans ses retranchements. Attaquée sur sa tenue d’homme, accusée de mensonge et de blasphème, elle doit se défendre contre une intransigeance teintée de misogynie crasse encore trop souvent d’actualité en 2021, certaines choses ne changent pas, avait-elle vraiment une chance contre un tribunal d’hommes payés par l’ennemi anglais? 300 000 spectateurs à travers le monde ont déjà assisté à ce spectacle fort en émotion grâce à la prestation puissante de la comédienne et ce texte non pas empli de prosélytisme partisan mais d’un souffle qui peut parler à chacun, croyants comme athées. Le texte parle d’une jeune femme dont la résolution a permis d’infléchir le cours de l’histoire, un exemple à enseigner à tous les jeunes hommes et toutes les jeunes femmes pour montrer que la résolution est un bien rare mais cher.

La pièce Jeanne d’Arc au Théâtre de la Contrescarpe se joue jusqu’au 1er août, Dimanche 25 juillet à 14h30, vendredi 30 juillet à 19h et Dimanche 1er aout à 14h30. Une pièce immanquable pour un beau souffle d’humanisme, à la fois féministe et universel, un vrai moment de grâce théâtral.

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