La joie des larmes, une philosophie des pleurs de Francis Métivier (Pygmalion)
Francis Métivier est professeur de philosophie en lycée. Il est également Docteur en philosophie avec une thèse sur Le concept d’amour chez Kierkegaard. Son dernier livre, La joie des larmes pourrait être une nouvelle thèse avec pour thème principal : le verbe pleurer.
Pourquoi pleurer ?
Si pleurer apparaît comme une évidence pour tous, le fait de pleurer l’est beaucoup moins. C’est en ce sens que l’auteur nous conduit sur le chemin des pleurs. Les pleurs au cinéma, les pleurs en écoutant de la musique, les pleurs de joie, les pleurs de tristesse, les pleurs mélancoliques, les pleurs sans raison, les pleurs qui font du bien. A travers différents philosophes, de Socrate en passant entre autres par Bachelard, Rousseau, Boileau, Hegel, Nietzsche, sans oublier les musiciens, le lecteur ne cessera d’apprendre sur la signification des pleurs.
Un livre à la portée de tous
Si au premier abord il paraît difficile de « philosopher » sur les larmes, dès les premières pages du livre de Francis Métivier, le lecteur est comme happé par cette écriture si limpide. On comprend mieux pourquoi on pleure au cinéma, pourquoi on pleure en écoutant certaines musiques. On comprend mieux tout simplement nos propres réactions humaines qui peuvent nous surprendre nous-mêmes, que l’on soit homme ou femme. Beaucoup de références littéraires et philosophiques nous aideront à analyser ces fameuses larmes…
Quelques extraits :
Cependant, au-delà de la raison particulière de pleurer – ne plus en avoir -, c’est bien une dimension universelle de la condition humaine qui est à l’origine des pleurs : la conscience de l’irréversibilité du temps qui passe, l’impossibilité de revenir en arrière pour refaire, mieux cette fois, son film, sa vie. P.84
Les larmes sont, comme la parole, une extériorisation de ce qui se trouve en nous – les idées – par ce qui en sort – les mots. p.118
[…] pleurer constitue la preuve d’un double équilibre de l’humain : entre soi et soi-même, l’âme et le corps ; entre soi et la société ; le sentiment et la raison. P.165
Mon corps est moi. Pleurer est ma force. Je pleure parce que je suis une conscience. Il n’y a pas d’inconscient dans les larmes. P.165
Notre faiblesse, c’est notre passé. Il faut le pleurer. P.219
Pourquoi pleurer fait-il du bien? Parce que cela nous aide à dépasser, en les sublimant, les raisons de nos peines.
On dit : «Arrête donc de pleurer comme ça, tout le monde te regarde, tu vas nous faire honte!» Pourtant, pleurer est l’un des comportements humains qui nous mène vers ce que nous avons de plus cher : la liberté et le bonheur. En effet, pleurer nous libère d’un poids, liquide en nous quelque chose de triste, un sentiment difficile, dur comme la pierre. Pleurer est une délivrance, un don spontané, un écoulement de l’âme au travers du corps qui accompagne nos impuretés affectives hors de nous et éclaircit nos idées noires. Pleurer est un médicament doux et naturel.
Les mutations psychologiques et relationnelles de notre civilisation contemporaine se mesurent aussi à la façon dont pleurer a pu évoluer. Hier encore, il fallait retenir ses larmes, il fallait être un homme. Aujourd’hui, pleurer est thérapeutique. La force a changé de camp.
Découvrez la sagesse des pleurs.