Le nouvel ouvrage des éditions Playlist Society parle avant tout d’un pays, la Grande-Bretagne, pétri de principes anciens, de différences de classe et de régionalismes exacerbés. C’est dans un contexte économique porteur qu’est apparu au milieu des années 90 le groupe Oasis, rapidement devenu l’étendard de la Brit pop, avec un succès populaire immense et de véritables hymnes à entonner à tue-tête. Benjamin Durand et Nico Prat parlent avant tout d’une époque et de ressorts sociologiques avec une bande son porteuses d’espoirs pour beaucoup, de quoi ravir les nostalgiques de ce temps pas si lointain où le monde célébrait Wonderwall.

Deux frères dans le vent

Si les morceaux sont connus et les caractères de cochon de la fratrie Gallagher restés dans toutes les mémoires, peu connaissent le background où le groupe Oasis est apparu. Les auteurs rivalisent de justesse pour brosser une histoire sociale des plus pertinentes, depuis la seconde guerre mondiale et jusqu’aux années 2000. De l’inéluctable déclin d’un pays qui dominait autrefois le monde, avec l’autonomie retrouvée des colonies et un pays rentré dans le rang pour devenir une puissance de seconde zone, avec des industries nationales déficitaires et des disparités régionales criantes, le livre offre un luxe de détails. Comme les auteurs l’expliquent avec une clarté limpide, tous les courants musicaux britanniques ont été le reflet de leurs époques. Le punk a été une réponse à la morosité ambiante, la new wave une réaction à la politiques sociale destructrice de Margaret Thatcher, Madchester une envie d’évasion d’une jeunesse fatiguée, la Brit pop une lucarne d’optimisme sur l’avenir. Les 144 pages doivent se lire avec l’esprit ouvert pour réfléchir aux intentions éclairantes de Benjamin Durand et Nico Prat au-delà même de la musique. La discographie d’Oasis n’est cependant pas oubliée, le choc du premier album Definitely Maybe, l’éclatante confirmation What’s the story (morning glory), la déception Be here now jusqu’au lent délitement du groupe à travers ses nombreux changements de personnel et l’esclandre final lors du festival Rock en Seine 2009. Aussi concis qu’intelligent, l’ouvrage séduit tout du long par son avalanche de détails et sa tentative réussie d’explication sociologique. Reste un détail qui fera réfléchir certains, la question du titre, le mot ploucs pouvant prêter à controverse, l’idée de moquerie rattachée au mot ne fait pas débat, mais les ploucs sont plus souvent des paysans. Prolos eut peut-être été plus judicieux dans le contexte du groupe Oasis mais ce n’est qu’un détail qui ne remet pas en cause du tout l’intérêt de la lecture!

L’ouvrage de Playlist Society fait revivre une époque où la musique britannique revint au premier plan, avec Oasis, Blur et Pulp comme fers de lance. Les nombreuses références à des interviews et à des anecdotes renforcent encore un peu plus l’intérêt d’un livre qui se dévore du premier mot au dernier.

Synopsis:

Derrière les tubes des années 1990, devenus des hymnes (« Wonderwall », « Supersonic »…) et les frasques des frères Gallagher, réputés pour leur arrogance et leur tendance à l’auto sabordage, Oasis est avant tout un groupe qui a marqué l’histoire de l’Angleterre, aussi bien pour son impact sur la Britpop, réponse anglaise au mouvement grunge, que pour ce qu’il a représenté pour toute une génération. Issus de la classe ouvrière anglaise déshéritée de Manchester, marquée par la délinquance et le chômage, les membres du groupe auront symbolisé le passage de l’inconsidération à la starification pour une jeunesse abandonnée par le thatchérisme, faisant d’Oasis une aventure tout autant musicale que sociale et politique. Entrelaçant l’histoire du groupe et celle de la politique anglaise, Oasis ou la revanche des ploucs revient sur un moment où les espoirs d’un pays se sont cristallisés autour de la musique.

Editeur: Playlist Society

Auteurs: Benjamin Durand, Nico Prat

Nombre de pages / Prix: 144 pages / 14 euros

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