La pièce Un Picasso fait chavirer le public sur les planches du Studio Hébertot

Un Picasso
Un Picasso, mise en scène d’Anne Bouvier, Studio Hebertot

La pièce Un Picasso fait chavirer le public sur les planches du Studio Hébertot

C’est peut être à un évènement théâtral majeur auxquels ont assisté les spectateurs de la première de la pièce Un Picasso au Studio Hébertot. Lorsque le rideau se lève, le comédien Jean-Pierre Bouvier est assis sur une caisse dans une sorte d’entrepôt. Avec son chapeau et son manteau, il figure un Pablo Picasso soucieux et il a toutes les raisons de l’être. L’occupant allemand est allé le chercher manu militari, et il ne sait pas pourquoi. Le comédien se lève et l’audience retient son souffle. Cette carrure puissante, ce regard habité, ce pantalon de toile, tout son être rappelle l’illustre peintre, ce que la chemise blanche et le marcel blanc confirmeront une fois le manteau tombé. Quand Sylvia Roux descend d’escalier l’air impénétrable, Picasso se prépare à un jeu du chat et de la souris pour sauver ses œuvres de la destruction. Le duel à fleurets mouchetés navigue entre violence organique et confidences comme autant de coups de théâtre dans une pièce qui subjugue 1h15 durant.

Une pièce parfaite

La pièce se joue en huit-clos parmi des caisses de bois contenant des œuvres destinées à apparaitre dans une exposition d’art dégénéré. C’est ainsi que les nazis appelaient les œuvres non figuratives qu’ils abhorraient et cherchaient absolument à détruite pour sauvegarder leur doctrine. Pablo Picasso vit à Paris et en tant que citoyen espagnol il n’a rien à craindre. Face à lui, Frau Ficher semble une représentante zélée de l’orthodoxie nazie. Leur dialogue d’abord musclé met aux prises deux visions de la réalité, l’artiste libre et le système de pensée rigide. Le minotaure espagnol s’emporte en espagnol à coup d’expressions fleuries face à l’intransigeance germanique qui a tôt fait de le calmer. L’alchimie entre la directrice du Studio Hébertot Sylvia Roux et le comédien Jean-Pierre Bouvier récemment nominé au Molière du comédien dans le spectacle La Version Browning fonctionne à merveille. Les interjections succèdent aux flatteries et aux invocations mémorielles qui éclairent la personnalité de chacun des personnages et leur donne une étonnante épaisseur. Et tant va si bien que l’armure de l’inquisitrice nazie va se fendre sous les coups de boutoir du génie perspicace. Picasso va manœuvrer son interlocutrice, jusqu’à la faire se dévoiler totalement pour des surprises en série. Des musiques discrètes marquent les moments charnière d’une lutte philosophique entre le matador et le taureau nazi. Aussi brève qu’intense, la pièce accumule les retournements de situation en utilisant toujours à bon escient le charme opéré par un artiste hors norme. Ses coups d’éclat sémantiques parsèment la pièce pour des phrases gravées à jamais dans la mémoire du public. Le quasi sosie Jean-Pierre Bouvier rend parfaitement justice à l’homme à femmes complexe, joueur et délibérément cavalier. Il fallait une comédienne de poigne face à lui pour faire plus que surnager et donner du corps à la querelle. En plus de surfer sur des évènements historiques et des phrases véridiques, comme le fameux A 12 ans je peignais comme Rafael, la pièce ajoute une épaisse couche de tension pour ne rien cacher de la désinvolture égoïste de l’artiste et de l’impossibilité pour un régime autocratique à rayer de la carte l’art et les idées.

Un Picasso est une pièce qui invoque l’art, l’histoire, la complexité humaine et le triomphe de la volonté sur l’injustice. Une vaste galerie de sentiments se succèdent dans une pièce de seulement 1h15 mais tellement dense qu’elle fait tourner la tête. Les 2 comédiens sont au diapason d’un sujet fort et habilement mis en scène par Anne Bouvier. Si vous cherchez une pièce à voir pour vous emporter et ne plus vous lâcher, Un Picasso est à mettre tout en haut de votre liste, jusqu’au 3 mars 2019 au Studio Hebertot.

Dates :  du 22 novembre au 3 mars, jeudi à 21h, vendredi et samedi à 19h, dimanche à 17h
Lieu : Studio Hebertot (Paris)
Metteur en scène : Anne Bouvier
Avec : Jean-Pierre Bouvier, Sylvia Roux

Note
Originalité
Mise en scène
Jeu des comédiens
Texte
Stanislas Claude
Rédacteur ciné, théâtre, musique, BD, expos, parisien de vie, culturaddict de coeur. Fondateur et responsable du site Culturaddict, rédacteur sur le site lifestyle Gentleman moderne. Stanislas a le statut d'érudit sur Publik’Art.

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