Le choc Géographie Zombie, les ruines du capitalisme aux éditions Playlist Society

Le genre du film de zombie est devenu un incontournable du genre horrifique et pas seulement au cinéma, mais également dans les séries. Depuis le classique La nuit des morts vivants réalisé par George Romero et sorti en 1968 jusqu’à Word War Z, 28 jours plus tard ou Land of the dead, les films s’accumulent et le genre connait une période faste autant qu’un engouement sans cesse renouvelé. Mais qu’est-ce qui se cache derrière cet enthousiasme collectif? Manouk Borzakian réussit à éblouir le lecteur avec une thèse ultra documentée et à l’analyse fine: le film ou la série de zombies est un miroir de notre société, avec ses peurs, ses réflexes tribaux et sa géographie complexe. 128 pages pour réaliser un tel tour de force, c’est peu et pourtant on ressort transformé ce cette lecture non seulement passionnante mais qui interroge sur notre société et nous-mêmes.

Une thèse philosophique à hauteur de cinéphile

Le film de genre s’adresse a priori aux fans, les films de zombie d’autant plus. Des visages sanglants, des courses poursuites à la recherche d’un cerveau bien chaud et juteux, la tension ressentie devant les longues cavalcades désespérées de héros pris au piège, tout cela s’adresse à un public d’initiés. Et pourtant, Manouk Borzakian donne envie de regarder tous les films de zombie cités pour vérifier la justesse de ses thèses. Car selon lui, le zombie est une métaphore caractéristique de l’autre honni, diabolisé et rejeté dans des territoires bien délimités pour ne pas avoir à se mêler à lui. Le zombie devient une victime de l’ostracisme, des difficultés sociales et du racisme et la peur qu’il engendre renvoi aux peurs sociales de nos sociétés occidentales surprotégées. La thèse est osée et l’auteur ne se prive pas de l’illustrer avec des exemples aussi nombreux que précis. L’évocation des premiers films mettant en exergue les mythes vaudous dans une île haïtienne loin de la civilisation laisse place aux références plus modernes avec des films et des séries qui se déroulent en plein cœur des pays industrialisés contaminés. Le genre a évolué en même temps que la notion d’espace, car les héros ont souvent les deux mêmes choix, fuir ou se cloitrer dans des lieux confinés, avec les risques de ne pas réussir à survivre dans aucun des deux cas. Car vivre ou survivre, il devient difficile de séparer ces deux verbes pourtant différents dans un monde où le risque est récurrent. Les 128 pages parlent de cinéma, évidemment, de séries car c’est devenu un divertissement majeur, mais aussi de sociologie des êtres humains, voire de philosophie. L’auteur ne recule devient rien, invoquant pêle-mêle l’histoire comme la paix de Westphalie en 1648, le film Délivrance et ces partis politiques qui construisent leur succès sur des thèses anxiogènes comme la théorie du remplacement. Le film de zombie devient un reflet déformant de la réalité et le genre devient tout d’un coup beaucoup moins gratuit.

C’est décidé, je vais rattraper tous les films de zombie pas encore vus. Grâce à Manouk Borzakian et la lecture de cet ouvrage passionnant, pas roboratif pour un sou et aux thèses finement présentées. Un vrai régal de lecture et de réflexion car oui, si le monde est complexe, il est possible de mieux le comprendre grâce à ce type d’ouvrage aussi savant que passionnant.

Date de parution : le 14 mai 2019
Auteur : Manouk Borzakian
Editeur : Playlist Society
Prix : 14 €
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Note
Qualité de l'écriture
Plaisir de la lecture
Qualité de la documentation
Qualité de l'analyse
Stanislas Claude
Rédacteur ciné, théâtre, musique, BD, expos, parisien de vie, culturaddict de coeur. Fondateur et responsable du site Culturaddict, rédacteur sur le site lifestyle Gentleman moderne. Stanislas a le statut d'érudit sur Publik’Art.

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